Brésil : un coup d’État qui ne dit pas son nom

L’âge de faire – Mai 2016 – Lisa Giachino –
« Ceci n’est pas un coup d’État », titrait le 31 avril un éditorial du journal Le Monde à propos de la procédure de destitution menée contre la présidente du Brésil, Dilma Roussef. Le journal rappelait que « la destitution du chef de l’État est prévue et encadrée par la constitution brésilienne« . Il estimait que « parler d’un coup d’État dans un pays sorti il y a à peine trente ans d’une dictature militaire relève d’un amalgame douteux« .
Latuff-impeachment-400x306« Es un glope » – « c’est un coup d’État« , disait deux jours plus tard, au Paraguay, une militante brésilienne du Programme Mercosur Social et Solidaire (PMSS), lors d’une assemblée générale de ce mouvement qui réunit 16 ONG de cinq pays d’Amérique du Sud. Après les députés, qui ont approuvé la procédure, les sénateurs se prononceront le 12 mai sur la mise en accusation de la présidente, qui se voit reprocher d’avoir maquillé les comptes publics en 2014, afin de dissimuler l’ampleur de la crise économique et de favoriser sa réélection. Le subterfuge n(a rien d’exceptionnel au Brésil, mais Dilma Roussef risque d’être écartée du pouvoir pendant six mois en attendant le jugement final.
« Un risque pour l’économie sociale « 
Zelium_n16_juin_2014.inddSes défenseurs soulignent qu’elle n’est poursuivie pour aucun fait de corruption, contrairement à la majorité des députés qui se sont prononcés en faveur de sa destitution. Les militants de la société civile ne sont pas dupes : ils savent que le Parti des travailleurs, auquel appartient Dila Roussef et son prédécesseur Lula, est corrompu, comme tous les partis du pays. Mais ils estiment que la procédure en cours n’est qu’une manœuvre pour mettre fin à treize ans de gouvernement par le Parti des travailleurs. « Avec l’arrivée de Lula au pouvoir, d’importantes politiques sociales ont été mises en place, comme la construction de logements destinés à des coopératives d’habitants. La procédure encours cherche à criminaliser ces politiques sociales« , estime Felipe Grisa, jeune salarié de l’ONG Assesoar, qui travaille sur l’agroforesterie.                                                                                                                                Nivea Patrocinio est employée de l’association Faces do Brasil, financée par le gouvernement pur organiser l’approvisionnement des hôpitaux en produits locaux, afin de rendre accessible une alimentation de qualité et de créer des débouchés pour le petits paysans. Elle craint que ce type de programme soit remis en cause à l’issue de la crise politique. « Ce qu’il se passe représente un grand risque pour l’économie sociale, dit-elle. Nous savons que le Parti des travailleurs est corrompu, mais tous le sont. Tout cela n’est qu’un prétexte pour détourner l’attention de l’opération Lavo Jato (station de lavage, Ndlr), qui touche tous les partis, y compris celui des Travailleurs.« 
Dessin ci-dessus de Lardon du journal satirique Zelium
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