Le projet de loi El Khomri est une impasse

L’âge de faire journal alternatif mensuel -Mai 2016 – Eric Berr, des Économistes Atterrés –
Le projet de loi El Khomri puise son inspiration dans la pensée économique libérale la plus pure, qui nie l’existence d’antagonismes sociaux et entérine ainsi le fait qu’il n’y aurait pas de lien de subordination entre employeur et employé.
Mais la vraie vie ne fonctionne pas comme un modèle économique libéral. Dans la varie vie, seuls les employeurs ont le pouvoir d’embaucher ou de licencier, ce qui suppose bel et bien l’existence d’un lien de subordination au sein de l’entreprise, raison pour laquelle le Code du travail a été créé, il y a un siècle, afin de protéger le plus faible. Nier la relation de subordination, donc l’existence d’un rapport de forces, revient dans les faits à renforcer le pouvoir de l’employeur dans les négociations.
sans-titreC’est ce parti pris, assumé par le gouvernement, qui est dangereux. En se positionnant délibérément du côté des (grandes) entreprises, il relègue le salarié au rang de simple variable d’ajustement.  Aveuglé par sa logique de l’offre et ses politiques de compétitivité, qui passent par la baisse du coût du travail et l’assouplissement des règles, donc du droit du travail, le gouvernement nie tout problème de demande. Pourtant, les entreprises le disent elle-mêmes, c’est bien en raison d’une insuffisance de la demande qu’elles n’embauchent pas. Dès lors, il convient de prendre de projet de loi pour ce qu’il est réellement : un pas supplémentaire dans la libéralisation de l’économie et des relations humaines, et en aucun cas un projet cherchant à réduire le niveau du chômage. Qui peut d’ailleurs croire que la réduction de la majoration des heures complémentaires – de 25 % à 10 % – pourrait créer de l’emploi ? De même, l’inversion de la hiérarchie des normes – visant à privilégier les négociations d’entreprises au détriment de la loi – va dans les faits créer des distorsions de concurrence puisque les conditions de travail pourront différer d’une entreprise à l’autre, là où la loi assure les mêmes règles du jeu à tous ?
Précarité et flexibilité
0_aaaa14L’autorisation de referendums d’entreprise, quand à elle, fragilisera la capacité de résistance des syndicats et facilitera l’adoption de mesures augmentant la flexibilité et la précarité pour les salariés. Le Medef affirme avec force que les entreprises ont besoin de visibilité, ce qui est souhaitable en effet. Mais cette visibilité provient du taux de remplissage des carnets de commande, donc de la demande. Ce projet de loi, en fragilisant les salariés sous couvert de flexibilité, pénalise la demande et joue en fait contre l’emploi.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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