Nicolas Sarkozy joue la carte du nucléaire : Le Président de LR veut abroger l’objectif de réduire à 50 % la part de l’atome dans la production d’électricité.

LE MONDE | 02.05.2016
Au moment où l’Europe célèbre l’anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, survenue il y a trente ans en Ukraine, et cinq ans après celle de Fukushima au Japon, Nicolas Sarkozy plaide pour le tout-nucléaire.
4911963_6_662c_visite-de-nicolas-sarkozy-a-nice-esplanade_cee58369ac5d4f23f80f5a4cf5041af5Dans un entretien au Journal du dimanche publié le 30 avril, l’ancien chef de l’Etat promet qu’en cas d’alternance, il abrogera l’objectif de réduire d’ici à 2025 la part de l’atome de 75 à 50 % dans la production d’électricité. Sur un ton ferme, il balaie cet objectif figurant dans la loi de transition énergétique de 2015, arguant « qu’il n’y a aucune alternative crédible à l’énergie nucléaire ». Affichant sa foi dans l’atome, il défend de nouveaux investissements dans ce secteur « pour développer une nouvelle génération de centrales ».
Sarkozy cible l’électorat conservateur en dessinant une politique énergétique à l’opposé de la gauche
Déjà en campagne pour la primaire à droite pour la présidentielle, sans avoir pour autant déclaré officiellement sa candidature, le président du parti Les Républicains (LR) a exposé son projet en matière d’écologie, sans attendre les conclusions de son parti, qui se penche sur le thème de l’environnement, de l’énergie et de la mer, mardi 3 mai, lors d’une matinée de travail. Largement distancé dans les sondages par Alain Juppé, M. Sarkozy cible l’électorat conservateur en dessinant une politique environnementale et énergétique à l’opposé de celle prônée par la gauche.
Il fustige l’engagement de François Hollande de fermer la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), allant jusqu’à dénoncer une « erreur historique ». Lui défend bec et ongles le maintien de cette centrale, en soulignant qu’elle « rapporte plus de 300 millions d’euros de bénéfices à EDF » et « fournit notamment l’électricité de toute la région Alsace ». Il assure surtout qu’elle « ne pose aucun problème de sécurité », en s’appuyant sur un rapport de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). La liste des incidents qui se sont produits dans la plus ancienne centrale de France, depuis sa mise en service en 1977, est pourtant longue. Cela a poussé l’Allemagne à demander sa fermeture début mars et en fait la cible favorite des antinucléaires français et européens.
Relancer les gaz de schiste …
M. Sarkozy jure par l’atome, rejouant ainsi la même partition que lors de la campagne de 2012, lorsqu’il avait défendu le maintien de Fessenheim lors d’une visite sur le site aux côtés d’Henri Proglio, le PDG d’EDF de l’époque. S’il dit « croire » dans les énergies renouvelables, il n’entend pas pour autant favoriser leur développement : il dit craindre « qu’à force de subventionner ce secteur, on finisse par complètement déstabiliser l’ensemble du marché de l’énergie ». Dans la même veine, l’ancien président de la République estime qu’il est temps de relancer les recherches pour exploiter le gaz de schiste, après avoir interdit en 2011 la fracturation hydraulique – seule technique connue à ce jour pour exploiter les sous-sols – mais accusée de causer des dégâts environnementaux. Il se prononce pour la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et rejette la tenue d’un référendum pour trancher le débat
Cette série de propositions confirme le virage pris par M. Sarkozy depuis 2010, lorsqu’il avait lâché lors du Salon de l’agriculture : « L’environnement, ça commence à bien faire ! » Après avoir soigné sa fibre verte en 2007, en pilotant le Grenelle de l’environnement, il avait brusquement opéré un revirement trois ans plus tard pour courtiser les agriculteurs avant la présidentielle de 2012 et revenir à une doxa plus en phase avec l’électorat traditionnel de la droite.
« De plus en plus cher »
Ses propos ont suscité des critiques aussi bien à droite qu’à gauche. Son rival pour la primaire, Bruno Le Maire, a contesté sa vision sur le nucléaire en jugeant que ce n’était pas « la seule » source d’énergie à promouvoir car « cela coûte de plus en plus cher ». « Que l’on garde la part du nucléaire moderne, innovante, oui, mais qu’on en fasse l’alpha et l’oméga de notre pays, non », a affirmé le député de l’Eure, dimanche, sur France 5, estimant que la France devrait « investir encore plus dans les énergies renouvelables ». « Nicolas Sarkozy s’enferme dans une vision passéiste des enjeux énergétiques », a assené de son côté Rama Yade, ex-secrétaire d’Etat de M. Sarkozy et candidate à la présidentielle.
Mais deux autres adversaires de M. Sarkozy pour la primaire ont abondé dans son sens. « Fixer dans la loi des objectifs de réduction impératifs, c’est s’obliger éventuellement à fermer des centrales qui n’ont pas atteint leur échéance, ce qui est économiquement absurde », a fait valoir Nathalie Kosciusko-Morizet, alors que François Fillon a souligné qu’il était illusoire de lutter contre le réchauffement climatique sans l’énergie nucléaire, « une carte importante » dont dispose la France.
Sans surprise, c’est chez les écologistes que la sortie du président LR a été le plus vilipendée. « Donc le parti des OGM et du gaz de schiste devient aussi celui de l’aveuglement nucléaire. En arrière toute », a déploré, sur Twitter, la ministre Emmanuelle Cosse, ex-patronne d’EELV. La députée Barbara Pompili a dénoncé « un monceau d’âneries » alors que son collègue Denis Baupin y a vu le signe que M. Sarkozy était « un homme du passé », déclarant sur Europe 1 : « Au moment où le monde entier est en train de se tourner vers l’énergie renouvelable, il dit : “Moi je vais continuer le nucléaire.” »
Alexandre Lemarié Journaliste en charge du suivi de la droite et du centre

Sarko bonnet d'âne

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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