L’empire du Milieu s’élargit sur les bords

Charlie Hebdo – 20/04/2016 – Patrick Chesnet –
Depuis une quinzaine d’années, la Chine s’est engagée dans une politique d’expansion maritime sans précédent, accaparant depuis un domaine qui repousse ses frontières en mer bien au-delà des limites autorisées par les règlements internationaux.
Le gouvernement chinois n’est pas content. Mais alors pas du tout. La raison ? Le communiqué commun présenté à la presse, le 11 avril, par les ministres des Affaires étrangères des membres du G7 réunis au Japon. Texte dans lequel les Sept s’avouaient « préoccupés par la situation dans les mers de Chine orientale et méridionale » et invitaient les pays de la région à « s’abstenir de revendications territoriales et de construire des avant-postes à des fins militaires ».
Une condamnation à peine voilée à l’adresse de Pékin, qui, deux jours plus tard, convoquait en urgence les diplomates allemands, américains, britanniques, canadiens, italiens, français et japonais en poste dans la capitale chinoise. Pour leur délivrer un message on ne peut plus clair : « Occupez-vous de la reprise de la croissance économique au lieu de nous chercher des poux ! »

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Les poux en question, ce sont ces bancs de sable, ces îlots rocailleux, parfois situés à plus de 1 600 km des côtes chinoises, que la République populaire considère comme siens en vertu d’allégations historiques plus ou moins fumeuses. Et sur lesquels elle est aujourd’hui  en train de faire sortir des flots – à coups de remblaiements et d’aménagements artificiels  des ports et des pistes d’atterrissage pour gros porteurs, des stations de surveillance radar et des rampes de lancement de missiles. Des hôtels pour touristes, aussi. Bref, un accaparement de fait des mers à grande échelle. Pas de quoi s’inquiéter relativise cependant la République populaire de Chine, qui justifie l’érection de cette « grande muraille de sable » par son droit « comme tout État« , à protéger son « intégrité territoriale !« 
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Pékin installe des missiles sur des îles de la mer de Chine, revendiquées par plusieurs pays.
Car, vous ne le savez peut-être pas, mais la Chine fait aujourd’hui face à de sérieuses menaces. Pis, c’est même pratiquement la planète entière qui semble s’être liguée contre l’empire du Milieu à ses frontières maritimes, si l’on en croit les zélateurs paranoïaques du Parti communiste et du nationalisme chinois. Ceux qui veulent s’attaquer à la patrie de Mao ? Les Américains, bien sûr. Qui, depuis octobre dernier, envoient régulièrement  des bâtiments de guerre flirter à la limite des eaux territoriales de ces « îles chinoises » afin, disent-ils, de « protéger la sécurité et la liberté de navigation » dans la région. Et qui annoncent le stationnement de bombardiers à long rayon d’action de l’US Air Force en Australie ou préparent le retour des GI aux Philippines en vertu d’un accord signé en mars dernier avec le gouvernement local…
Insolence suprême
Il y a aussi les japonais. Lesquels refusent non seulement de reconnaître leur rôle dans les atrocités commises lors de la seconde guerre mondiale, mais ont à l’évidence manipulé les membre du G7 par « intérêt égoïste » et jeté aux oubliettes leur politique d’autodéfense. sans compter qu’ils parlent de pacifisme, quand l’un de leurs sous-marins s’est rendu, pour « une visite de courtoisie« , début avril, dans l’archipel philippin.
1200x630_319309_les-iles-spratleys-sources-de-tensionLes îles Spratleys en mer de Chine méridionale sont situées sur une des principales routes commerciales du monde. Les eaux profondes de cette région sont riches en ressources naturelles.
Même les Malaisiens, Vietnamiens, Taïwanais, Philippins, Indonésiens et autres Brunéiens -eux qui, il n’y a pas si longtemps encore, payaient tribut à l’empereur – s’en mêlent et, quand ils ne revendiquent pas  la propriété des îles en question, accusent Pékin d’installer illégalement des plate-formes pétrolières offshore dans ce qu’ils considèrent comme leurs eaux territoriales, affrontent régulièrement les bateaux de pêche battant pavillon chinois qui franchissent allègrement meurs frontières maritimes, ou se retrouvent pour des exercices militaires conjoints en mer. Insolence suprême : ils osent même porter leurs griefs devant l’opinion mondiale, comme ce fut le cas en 2013, quand le gouvernement philippin en appela à la Cour permanente d’arbitrage de La Haye. Laquelle décidait en octobre 2015 de recevoir cette plainte… Procédure d’ailleurs boycottée dès ses débuts par les autorités chinoises, qui ont immédiatement prévenu qu’elles ne respecteraient pas les décisions du Tribunal international, entité dont la république populaire est pourtant partie prenante. Pékin a d’ailleurs averti : « Quiconque nous cherche nous trouvera. » d’un autre côté, une bonne vieille guerre dans la région, ça nous changerait un peu du Moyen-Orient…

A propos werdna01

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