Primaire : la droite lancée dans une surenchère libérale

LE MONDE | 10.05.2016

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Tombés dans une surenchère sécuritaire après les attentats, les candidats à la primaire de la droite pour la présidentielle se sont désormais lancés dans une autre course à l’échalote, qui concerne cette fois leurs projets économiques respectifs.
Dans l’optique du scrutin des 20 et 27 novembre, les principaux prétendants rivalisent de propositions, toutes plus libérales les unes que les autres.

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François Fillon a donné le ton en présentant, dès juin 2014, un « projet de rupture » revenant sur plusieurs acquis sociaux : 110 milliards d’économies à réaliser, fin des 35 heures, retraite à 65 ans, suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), facilitation des licenciements économiques… En assumant de telles mesures, l’ex-premier ministre a fait tomber des tabous dans un parti où personne n’osait promettre la fin de l’ISF, de crainte d’être taxé d’être un « ami des riches », comme le fut Nicolas Sarkozy lors du précédent quinquennat. « Fillon a joué le rôle de brise-glace », observe un candidat à la primaire. La radicalité de l’ex-premier ministre a eu pour effet de décomplexer ses rivaux, qui lui ont emboîté le pas, de crainte d’être distancés sur le créneau de l’ardeur réformatrice.
Concours de la mesure la plus radicale
Le cas d’Alain Juppé est instructif. Même s’il se disait sceptique, en janvier 2014, sur la dérive libérale de M. Fillon, le maire de Bordeaux s’est lui aussi finalement aligné sur le discours « thatchérien » de son concurrent dans les mois qui ont suivi, en préconisant à son tour des économies à hauteur de 100 milliards d’euros, la suppression des 35 heures et de l’ISF, la retraite à 65 ans… Le favori des sondages aura l’occasion de détailler son programme économique mardi 10 mai, lors d’un meeting au Palais des congrès de Paris, à la veille de la publication de son livre Cinq ans pour l’emploi (JC Lattès). Mais l’esprit de son projet économique est déjà connu : il visera essentiellement à relancer la compétitivité des entreprises par une politique de l’offre, et non à redonner du pouvoir d’achat aux classes populaires et aux classes moyennes. M. Sarkozy et M. Le Maire ne sont pas en reste : tous deux plaident également pour un plan d’économies massif (100 milliards pour l’un, 90 pour l’autre) ; la suppression de l’ISF ou la retraite à 65 ans (Sarkozy veut repousser l’âge légal à 64 ans), ainsi que l’alignement des régimes du privé et du public et la suppression des régimes spéciaux.
A cela s’ajoute la baisse des prestations sociales : les quatre favoris de la primaire sont favorables à la dégressivité des allocations-chômage et à la création d’une allocation sociale unique. Concernant la fonction publique, ils rivalisent aussi de propositions chocs. M. Sarkozy veut supprimer 300 000 fonctionnaires en cinq ans ; M. Fillon le double ; M. Le Maire promet un million de postes en moins en dix ans, en abrogeant le statut de fonctionnaire territorial… M. Juppé, lui, ne s’est pas encore engagé sur un chiffre précis, mais plaide pour un retour au non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Dans ce concours, Hervé Mariton revendique la première place. « Le seul vrai libéral, c’est moi ! », assure le député de la Drôme, qui va jusqu’à promettre 130 milliards d’économies, en proposant notamment de supprimer le code du travail ou les subventions publiques au logement social.
Consterné par « cette surenchère permanente », le séguiniste Henri Guaino se désole de voir « toute l’opposition courir après les solutions libérales » pour tenter une « synthèse entre Thatcher et Schröder ». « Oui, il faut de la liberté, mais la liberté, ce n’est pas l’idéologie néolibérale telle qu’on la subit depuis une trentaine d’années ! », a tonné le député LR des Yvelines et ex-conseiller de M. Sarkozy à l’Elysée, fin avril, sur LCI.
Un risque électoral ?
En tenant un discours libéral pour séduire l’électorat de droite – composé essentiellement de cadres supérieurs et de retraités – dans l’optique de la primaire, l’opposition prend en effet le risque d’effrayer les Français – en particulier les fonctionnaires –, qui pourraient se sentir menacés en cas d’alternance. D’autant que, dans l’opinion, les principales mesures prônées par la droite ne font pas recette : 53 % des Français sont opposés à « supprimer les 35 heures » et 65 % à « reculer l’âge de la retraite », selon un sondage Odoxa diffusé le 19 avril.
Conscients de ce risque électoral, MM. Juppé, Sarkozy et Le Maire tentent d’apparaître moins rigoristes que M. Fillon, en tenant un discours plus modéré –, bien qu’ils prônent eux aussi des mesures d’austérité. Le maire de Bordeaux assure ne pas vouloir « remettre en cause le système social à la française ». « Le but, ce n’est pas de faire mourir la France guérie » avec des mesures pouvant avoir « un effet récessif », a souligné le président des Républicains (LR), le 30 mars, qui est le seul à avoir promis un contre-choc fiscal avec une baisse des impôts pour les particuliers, à hauteur de 25 milliards d’euros. « Mon objectif n’est pas d’infliger une purge aux Français », a réaffirmé pour sa part le député de l’Eure, le 19 avril, lors du Club de l’économie du Monde… avant d’annoncer des mesures d’austérité quelques jours plus tard.
Certains, à droite, ont conscience que ceci peut porter préjudice à la présidentielle. « S’il est bien adapté pour la primaire, notre discours ultralibéral sera aussi un excellent moteur de remobilisation de l’électorat de gauche », analyse un proche de M. Fillon. François Hollande ne s’y est pas trompé, et s’est déjà emparé de cet angle d’attaque. Le 3 mai, lors d’une réunion de la Fondation Jean-Jaurès, le chef de l’Etat a fustigé les candidats de droite « qui veulent tout défaire ». Sous-entendu : la gauche, elle, ne cassera pas le modèle social. Un avant-goût du débat structurant de la campagne de 2017 ?
Alexandre Lemarié Journaliste en charge du suivi de la droite et du centre

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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