Deux-Sèvres – Patrimoine : Les bornes Michelin sauvées par des passionnés

La Nouvelle République 09/05/2016

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Décapitées, morcelées, les célèbres bornes Michelin étaient vouées à la disparition. C’était sans compter sur une association parrainée par Yannick Jaulin.
borne-4225-400bornes tombée Quasi centenaires, certaines tiennent encore debout au bord des routes, épargnées par les hommes, pas forcément par le temps. Beaucoup ont ainsi été décapitées, en partie ou en totalité. Certaines ont encore perdu leur pied et leur chapeau, recyclées en original bac à fleurs aux couleurs locales… Les célèbres bornes de croisement Michelin à la silhouette caractéristique en « champignon » semblaient vouées à une inexorable disparition, sacrifiées sur l’autel de la modernité autour des années 70. « Il en est resté sur les bords des routes au changement de signalisation. On pense que si la DDE estimait que ça ne gênait pas, elle les laissait », explique André Bianco. En Deux-Sèvres pourtant, un groupe de « résistants » s’est mis en tête de sauver celles qui peuvent l’être et rendre la place qui était la leur.
Entre 100 à 250 € la remise en état
Au rang de ces « résistants », les membres de Deux-Sèvres Auto mémoire, passionnés par tout ce qui touche, de près ou de loin, à l’histoire automobile dans le département. Au beau milieu du mois d’août l’an passé, l’association a lancé en grandes pompes en Gâtine son opération de « sauvetage », baptisée « Bornes out » avec pour parrain le célèbre Yannick Jaulin.
Borne (4) Michel Berthelot + André Bianco
Dernière borne remise en état, celle des Groseillers, ici avec Michel Berthelot et André Bianco à la peinture.
La première borne redevenue « in » fut celle d’Adilly. « Il ne restait que le cube », raconte André Bianco, féru d’histoire de signalisation routière. Dominique Dubin, autre membre de l’association, par ailleurs maçon, s’est appliqué à fabriquer un moule de « chapeau » en forme de pyramide conforme à celui d’origine. Conforme, plus exactement aux bornes installées en Deux-Sèvres qui datent de 1928-1932 car il est sorti différents modèles des usines Michelin, selon les périodes de fabrication. La borne a retrouvé son chapeau et son pied, repartie pour une nouvelle vie et offrant du même coup un joli cachet au bourg. A Amailloux, en ce mois d’avril, une autre est « reborn » et a été réinstallée à sa place d’origine, suscitant une petite cérémonie avec la population réunie autour du maire, ceint de son écharpe tricolore. Une scène rétro digne d’un film de Jacques Tati qui fleurait bon la nostalgie. Et ce n’est pas fini ! Il y a quinze jours, celle de Prailles qui était restée en place a bénéficié d’un toilettage et d’une couche de peinture.
La semaine dernière, devant la petite mairie des Groseillers, un vieux modèle décapité a lui aussi retrouvé son allure et sa vocation d’origine. « Elle servait de pot de fleurs, remplie de géraniums. Elle a retrouvé sa tête et sa couleur, nous l’avons remise dans le droit chemin, se réjouit André Bianco. Il y a juste la plaque en lave émaillée qui est restée un peu tâchée de rouille ».
Ici comme ailleurs, l’association a proposé à la municipalité de remettre en état la borne, moyennant une petite participation financière « de l’ordre de 100 € à 250 € ». La série de réhabilitation va se poursuivre avec déjà des projets du côté de Saint-Aubin-le-Cloud, Boismé… « La semaine dernière encore, nous avons retrouvé deux beaux cubes dans la cour d’un particulier, du côté de Louin. » Le bouche-à-oreille fonctionne et les trouvailles se multiplient… « Quand on leur parle de ces bornes ou panneaux Michelin, les gens sont heureux. D’ailleurs, notre opération suscite beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux, cela va peut-être faire boule-de-neige en France », espère le membre de Deux-Sèvres Auto mémoire.

bornemichelin

repères
> A l’origine des panneaux Michelin, il y a André Michelin.
> André Michelin fonde avec son frère Edouard la société éponyme en 1889 dédiée à la fabrication des fameux pneus.
> Pour inciter les gens à rouler et donc à acheter des pneus, ils vont multiplier les innovations en direction des automobilistes.
> En 1900 naît le célèbre Guide Michelin.
> En 1910, l’entreprise lance sa première carte routière.
> En 1910 toujours dans l’idée de promouvoir ses pneus (et se faire de la publicité), elle commence à fabriquer des plaques émaillées offertes aux communes pour leurs entrées et sorties de bourg portant inscription « Veuillez ralentir » à l’entrée et « Merci » à la sortie.
En 1918 naît la borne d’angle à quatre faces composée d’une plaque en lave émaillée apposée sur un support en béton qui ne sera officiellement agréée qu’en 1931.
Quatre modèles seront fabriqués jusqu’en 1928, année où sera retenu celui que l’on connaît en Deux-Sèvres avec un pied aux formes arrondies, plus large à la base.
> L’association Deux-Sèvres Auto mémoire estime à 300 le nombre de bornes Michelin subsistant sur les bords des routes en Deux-Sèvres, parfois très abîmées.
> Ceci sans compter toutes les bornes ou fragments de borne qui ont quitté le bord des routes, abandonnés ici ou là.
> Le modèle deux-sévrien mesure environ 1,60 m et pèse « entre 250 et 300 kg », solidement scellé 60 à 70 cm sous le sol.
> Les personnes intéressées par l’opération peuvent contacter Deux-Sèvres Auto mémoire via André Bianco au 06.07.51.40.86.
le chiffre
300
borne abandonC’est le nombre approximatif de bornes Michelin qui pourraient subsister en Deux-Sèvres, selon André Bianco. Le membre de Deux-Sèvres Auto mémoire avance cette estimation en croisant celles qu’il a pu photographier et celles repérées sur Google street view. Combien étaient-elles à l’origine ? Impossible à dire, ce petit patrimoine n’étant pas classé et l’initiative étant partie d’une entreprise privée (Michelin). « Il y en avait jusque dans les plus petits croisements, en pleine campagne. » Le bénévole passionné a tenté de contacter Michelin à plusieurs reprises. En vain. Il dit aussi avoir écrit à l’Architecte des bâtiments de France des Deux-Sèvres « pour lui demander s’il y avait un listing de ce petit patrimoine routier et si oui, indiquer que je pouvais fournir des photos ». Sans réponse non plus.
En Loire atlantique – Rond Point de l’Europe :  une très belle restauration à la Chapelle Basse Mer

76701675_p.jpgla chapelle BM

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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