Grèce : l’arnaque du siècle

Charlie Hebdo – 18/05/2016 – Jacques Littauer –
La Grèce est toujours aux prises avec sa dette, qui ne cesse de croître, « malgré » l’accumulation de « réformes structurelles » adoptées pour plaire aux créanciers. Pourtant, on n’arrête pas de les aider, les Grecs, non ? NON. L’argent va prêté va aux banques et aux créanciers, pas à l’État Grec.
82535534_p« Malheureusement, dans les discussions avec le FMI, les droits humains ne sont pas discutés, même pas en note de bas de page. » Voilà la terrible déclaration de Panagiotis Roumeliotis, qui représentait la Grèce auprès du Fonds en 2010-2011, devant la Commission pour la vérité de la dette. Pour cette Commission, qui réunissait des experts (économistes, juristes, fonctionnaires…) grecs et étrangers,le bilan est sans appel : les dettes réclamées à la Grèce sont « illégales, illégitimes et odieuses« . Illégales car le Parlement grec a dû voter des lois avec un pistolet sur la tempe; illégitimes car ces dettes n’ont bénéficié qu’à une minorité de créanciers privés, en premier lieu les banques grecques et étrangère; et odieuses au sens que les prêteurs ne pouvaient ignorer que les conditions attachées à leurs prêts impliquaient nécessairement la violation des droits humains fondamentaux.
Car ce sont bien ces droits humais fondamentaux – au travail, à la santé, à la vie même – qui ont été remis en cause par les cataclysmiques erreurs (mais est-ce le bon terme ?) des organismes internationaux dans la gestion de la crise grecque. Ainsi, tandis que le FMI prévoyait un retour de la croissance dès 2012, celle-ci se fait toujours attendre, le PIB ayant connu une chute vertigineuse d’un quart entre 2007 et 2014, un fait sans précédent depuis la crise des années 1930. Et cela malgré un nombre impressionnant de réformes : baisse du salaire minimum, remplacement de seulement un fonctionnaire sur cinq partant à la retraite, nombreuses privatisations et, récemment, baisse du montant des retraites et hausse de l’impôt sur le revenu. D’ailleurs, en 2013, l’OCDE (L’Organisation de coopération et de développement économiques) écrivait que « depuis 2009-2010, la Grèce a la taux le plus élevé de l’OCDE de réponse aux réformes structurelles recommandées« .
Oui, mais voilà : à force d’être obsédés par la dette (175 % du PIB tout de même), on a demandé à ce pays de réduire drastiquement ses dépenses publiques, ce qu’il a fait. Or, ces dépenses, ce sont des revenus pour les entrepreneurs du pays (que l’on pense au rôle de la commande publique dans le BTP, par exemple) et des aides sociales que les chômeurs, les retraités, les familles peuvent dépenser et qui font tourner l’économie. Moins de dépenses publiques, c’est moins d’argent qui circule dans l’économie, c’est donc moins de croissance, ce qui ne peut que pousser à la hausse le fameux ratio dette/PIB. Un cercle vicieux qui explique pourquoi il n’y a pas de solution à la crise si les bêtises actuelles persistent, tout cela se payant pas un coût social effrayant.
1127-MIXEt il y a pire : seulement 5 % de l’argent versé par les européens pour « aider » la Grèce vont effectivement au gouvernement du pays ! En effet, les 95 % restant repartent illico, sous forme de remboursement de la dette, de versements d’intérêts, de paiements aux créanciers privés et de recapitalisation des banques. On comprend mieux pourquoi on peut continuer longtemps  à « aider » la Grèce à ce rythme là… Mais, malheureusement, rien ne change, la Vouli, le Parlement grec, a dû encore adopter le 8 mai dernier une nouvelles série de réformes (réduction des retraites les plus élevées, augmentation des cotisations retraite, hausse des taxes, hausse de l’imposition des moyens et hauts revenus) pour que le pays reçoive une nouvelle tranche d’aide de la part des créanciers. qui se rembourseront avec… 
Le pari du Premier ministre Tsipras, c’est que des discussions s’ouvrent enfin sur la réduction de la dette, que le FMI, contrairement à l’Union européenne, juge inéluctable, Christine Lagarde ayant déclaré que la dette de la Grèce est devenue « insoutenable« . Il se murmure même que le FMI aurait menacé de quitter la table des discussions si rien n’était fait dans ce sens. Et Tsipras serait ravi du départ du Fonds, qui fait figure d’épouvantail en Grèce. Mais Merkel a besoin que le FMI reste pour assurer sa position dans son pays, et l’idiot international, le ministre des Finances allemand, ne croit toujours pas à la nécessité de réduire la dette grecque… La sortie de crise n’est pas en vue…

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