En Turquie, la mainmise d’Erdogan s’accentue

Le Monde 24/05/2016
Sous la férule du président Recep Tayyip Erdogan, le régime turc s’affermit à marche forcée. Dimanche, Binali Yildirim, un fidèle du chef de l’Etat, a été désigné à la tête de l’AKP, le parti islamo-conservateur au pouvoir, et chargé de former un nouveau gouvernement. Il était le seul candidat en lice. The New York Times, The Atlantic

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Le président turc, Recep Tayyip Erdogan (à droite), serre la main de Binali Yildirim, le nouveau chef du Parti de la justice et du développement (AKP) et, de facto, premier ministre, au palais présidentiel d’Ankara, le 22 mai. AFP
Agé de 60 ans, M. Yildirim, qui hérite de facto de la fonction de premier ministre, remplace Ahmet Davutoglu, tombé en disgrâce aux yeux de M. Erdogan (même s’il s’en défend), notamment pour avoir pris seul l’initiative sur le dossier des migrants et contesté publiquement le placement en détention provisoire de journalistes pendant leur procès.
Cette nomination marque une étape supplémentaire vers la mise au rebut du parlementarisme au profit de « l’hyper-présidentialisation » que Recep Tayyip Erdogan appelle de ses vœux. Avant d’être adoubé par les caciques de l’AKP, Binali Yildirim a d’ailleurs affiché sa totale allégeance. The Wall Street Journal, The Washington Post
Dans son discours, celui qui, jusqu’à présent, occupait le poste de ministre des transports a ouvertement plaidé en faveur d’une refonte de la Constitution, l’objectif étant de consolider un peu plus l’assise du président en lui conférant des prérogatives élargies. BBC
« Le problème avec la Constitution est qu’elle ne trace pas de frontière claire entre ce qui relève de l’autorité du premier ministre et ce qui est du ressort du président », justifie Nurettin Canikli, chef du groupe AKP au Parlement, cité par Al-Jazira.
Les partisans inconditionnels du chef de l’Etat – pour l’essentiel des citoyens pieux et conservateurs – estiment que sa mainmise est légitime. A l’inverse, ses contempteurs, qu’ils se trouvent dans le pays ou à l’étranger, redoutent que, sans contre-pouvoir, M. Erdogan ne soit tenté de réprimer encore plus sévèrement ceux qui ne partagent pas ses vues.
Pour Nuray Mert, chroniqueuse au quotidien Hürriyet, un nouveau modèle est en train d’émerger en Turquie. Et celui-ci n’augure rien de bon, dans la mesure où il fait fi de toutes les institutions traditionnelles de l’Etat.

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