Le Code du travail à Sainte-Hélène

Charlie Hebdo – 01/06/2016 – l’Édito de Riss –
Il y eut une époque où tout était simple. Les patrons étaient de bons patrons, sévères mais justes, et les ouvriers de bons ouvriers, travailleurs et pas pleurnicheurs pour un sou. Tout se passait si bien que les salariés n’avaient pas besoin de s’unir pour réclamer quoi que ce soit. La loi Le Chapelier leur interdisait de le faire, et tout le monde était content. En ce temps-là, on pouvait faire confiance aux patrons car ils ne voulaient que le bonheur de leurs ouvriers. « Le maître est cru sur son affirmation pour la quotité des gages, pour le paiement des salaires de l’année et pour les acomptes donnés pour l’année courante », disait ainsi l’article 1781 du code civil de 1804 de notre Napoléon bien-aimé. Tout aurait dû continuer ainsi pour les siècles des siècles et permettre à la France de devenir la première puissance économique du système solaire.
visuel-code-du-travailIl n’en fut rien. La France vit son économie dépérir, affaiblie par des organisations syndicales infâmes, et finit là où elle se trouve aujourd’hui : dans le caniveau. Avec des relations entre patrons et ouvriers comme le prévoyait le Code napoléon de 1804, la France aurait dû devenir riche et prospère. Il n’en fut rien. La France a donné tellement de droits aux salariés qu’elle est devenue un pays pratiquement sous-développé, sans eau, sans électricité, sans téléphone, sans éducation nationale, sans dentistes, sans médecins, sans voitures à moteur, sans avions à hélice, sans TGV, sans stations-services, sans tiercé, sans Euro Millions et sans distributeurs de cacahuètes au comptoir. Ce pays de cocagne où devait couler le miel, vous ne le verrez jamais, car les syndicats en ont décidé autrement. Ils vous ont pris en otages, ils vous ont pris votre liberté, ils vous ont pris votre vie…
Pour donner à la France une deuxième chance, il lui faudrait un homme à poigne. Les États-Unis ont eu Reagan, les Anglais ont eu Thatcher, les Allemands ont eu Schröder. La France attend son nouveau Napoléon qui lui donnera le code du travail que réclame le XXIème siècle. Valls ou Macron ? Sarkozy ou Juppé ? Clemenceau fut « le Père la Victoire ». De Gaulle fut « l’homme du 18 juin ». Qui saisira cette belle occasion de laisser à son tour son nom dans l’Histoire ? Marthe Richard « ferma les bordels ». On attend celui ou celle qui réformera le Code du travail.
code_du_travailLes syndicats contestataires pointent l’article 2 de la loi El Khomri, qui permettra au patron de négocier directement avec les salariés l’aménagement du temps de travail sans tenir compte des accords de branche. C’est la fameuse inversion des normes. Une entorse qui épargne pour le moment les salaires et les règles de sécurité. Pour le moment.
Il faut se représenter ce que signifie être salarié dans une petite entreprise. La moitié des entreprises en France ont moins de 50 salariés et n’ont pas de représentation syndicale. Il y a quelques années, dans une société où j’avais été embauché comme intérimaire, le patron avait réuni à l’approche de Noël tous les salariés dans la cour de l’entreprise pour leur annoncer une nouvelle importante. Debout au milieu du cercle de ses employés, tenant de sa main gauche le Code du travail, il s’est adressé à eux en ces termes : « La fin de l’année a vu arriver une activité plus importante que prévu. pour y faire face, et comme le code du travail m’y autorise [il a ouvert le code et lu l’article invoqué pour bien monter que le droit était de son côté], j’ai pris la décision d’annuler tous les congés qui avaient été accordés à ce jour. » Pas un bruit dans l’assistance. Pas un murmure. Seulement des mines serrées et des yeux fixant le sol plutôt que d’oser affronter le regard du maître des lieux. Une belle négociation directement établie entre les salariés et le patron, sans l’ombre d’une parole contestataire. Personne ne savait ce que disait réellement cet article du Code du travail, et personne n’osa en savoir plus. Tous les salariés qui avaient pris des réservations pour les vacances de Noël avec leur famille durent annuler leur projet immédiatement. Dans la camionnette qui nous ramenait vers le site de travail, quelques-une râlaient, beaucoup se taisaient.
2-code-retour-19eLa loi travail veut donner de la flexibilité aux entreprises. En réalité, cette flexibilité existe déjà. Entre des salariés qui ne connaissent pas leurs droits ou sont mal défendus et des patrons qui se foutent du Code du travail ou le lisent de travers, les normes ont depuis longtemps été inversées. En cas de litige, c’est la parole du patron qui prévalait automatiquement sur celle du salarié, disait le vieux code Napoléon. Dans une négociation directe avec des patrons de petites entreprises, où les délégués sont faibles et les syndicats absents, la loi El Khomri risque de n’être qu’un article de plus au code Napoléon de 1804.

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Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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