Berlin et le massacre des Arméniens

LE MONDE | 03.06.2016
Editorial du « Monde ». La démocratie passe par un exercice de mémoire : reconnaître son passé, le qualifier, le dire avec les mots qu’il faut. Ce n’est pas de la repentance, juste un exercice de vérité qui finit par faire partie d’un récit national adulte.
La France a eu bien du mal à s’y prêter, qu’il s’agisse de ses guerres coloniales, de la collaboration avec l’occupant ou de quelques autres épisodes de son histoire. Mais, au fil des ans, elle s’y est contrainte. L’Allemagne post-hitlérienne, elle, a été exemplaire et l’est encore, comme en témoigne le vote intervenu, jeudi 2 juin, au Bundestag, concernant le génocide arménien – et contre lequel gouvernement d’Ankara a tort de fulminer.
A la quasi-unanimité

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A l’initiative des Verts, avec l’appui de la CDU (les chrétiens-démocrates d’Angela Merkel) et du parti social-démocrate SPD, le Parlement a approuvé à la quasi-unanimité une « résolution » portant sur « la commémoration du génocide des Arméniens et autres minorités chrétiennes dans les années 1915 et 1916 ».
La reconnaissance du génocide arménien par l’Allemagne indigne la Turquie
20minutes 03 juin 2016
 Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a prédit des conséquences sur les rapports bilatéraux

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Des manifestants tiennent un drapeau géant de la Turquie en face de la porte de Brandebourg à Berlin , Allemagne , le mercredi 1er Juin , 2016. Ils protestent contre une résolution du parlement fédéral allemand qui reconnait le génocide arménien. – Michael Sohn/AP/SIPA
Comme il fallait s’y attendre, le vote de la reconnaissance du génocide arménien à la quasi-unanimité par les députés allemands jeudi, a provoqué la colère de la Turquie. Elle a rappelé son ambassadeur à Berlin et a menacé d’une riposte. b « Cette résolution va sérieusement affecter les liens turco-allemands », a averti après le vote le président turc Recep Tayyip Erdogan qui effectuait une visite au Kenya.
L’Allemagne, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, a cherché à calmer le jeu, en déclarant qu’elle espérait qu’il n’y aurait pas de « réactions excessives » d’Ankara. Le chef de la diplomatie a souligné que les députés allemands avaient voté « en toute indépendance ».
Des manifestations de protestation
Ce vote complique des relations déjà tendues avec Ankara notamment sur l’application d’un accord controversé entre l’Union européenne et la Turquie, porté par Berlin, qui a considérablement réduit l’afflux de migrants en Europe. Partenaire incontournable sur ce dossier, la Turquie menace de ne pas appliquer ce pacte, faute d’obtenir à ses conditions une exemption de visas Schengen pour ses citoyens.
Des manifestants nationalistes, certains en tenue traditionnelle ottomane, se sont rassemblés devant le consulat allemand à Istanbul, brandissant des pancartes où l’on pouvait lire « le génocide arménien, le plus gros mensonge en 100 ans », ou faisant le signe des « Loups gris », mouvement d’extrême droite turc.
Une résolution qui n’engage pas le gouvernement Merkel
Plus virulent encore, le ministre de la Justice turc Bekir Bozdag, cité par le quotidien Milliyet, a renvoyé l’Allemagne à son passé nazi : « D’abord, vous brûlez des juifs dans des fours et ensuite vous venez accuser le peuple turc de cette calomnie de génocide ». Le chargé d’affaires de l’ambassade d’Allemagne a également été convoqué au ministère turc des Affaires étrangères, selon des sources diplomatiques allemandes.
La chancelière allemande Angela Merkel a quant à elle souligné peu après le vote auquel elle n’a pas participé que son gouvernement voulait favoriser « le dialogue entre l’Arménie et la Turquie » et que les trois millions de personnes d’origine turque vivant en Allemagne en « étaient et restaient » des citoyens à part entière.
La résolution du Bundestag constitue un pas supplémentaire vers une reconnaissance officielle en Allemagne du génocide des Arméniens, après que le président allemand a, le premier, utilisé le terme de génocide l’année dernière. Mais le texte n’engage pas le gouvernement d’Angela Merkel.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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