Santé – Se soigner autrement

Clicanoo le journal de la Réunion  05/06/2016
De plus en plus de personnes ont recours aux médecines dites alternatives. Des méthodes plus douces, plus naturelles qui seraient source de bienfaits.

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Si, dans une conversation, vous glissez à une personne âgée que vous souffrez d’un rhume, il y a des chances pour qu’elle vous lance un : « Prend une tisane  ! ». Il se peut même, qu’elle vous décline toutes les plantes à consommer et comment les préparer pour aller mieux.
Se soigner avec des décoctions de fleurs et autres racines, une pratique très ancrée à La Réunion. Un savoir qui se transmet d’une génération à l’autre, que l’on aurait pu imaginer étouffer par l’avènement de la modernité. Il n’en est rien. Bien sûr, les pieds d’Ayapana se font un peu plus rares dans les cours mais les Réunionnais continuent à se tourner vers des produits naturels.
Claude Marodon, pharmacien mais aussi passionné et spécialiste des plantes médicinales, en voit de plus en plus franchir les portes de son officine, portés par une volonté de se soigner autrement mais aussi par une « appréhension des effets secondaires des médicaments et un désir d’avoir des ressources traçables et sécurisées ».

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Si beaucoup restent sceptiques et préfèrent s’en remettre à des remèdes plus modernes, d’autres ne doutent pas des vertus de la phytothérapie. A en croire une étude menée en 2011 par L’observatoire sociétal du médicament, 65% des Français font confiance à la phytothérapie, 45% disent y avoir recours, 35% utilisent les plantes en complément de la médecine classique alors que 28% leur donnent la priorité. Comme eux, Claude Marodon reste persuadé que les plantes représentent une bonne alternative. Une conviction confortée par diverses recherches scientifiques qui abondent en ce sens. Le professionnel estime même que, dans certains cas, elles peuvent se substituer aux traitements classiques. « 75% des médicaments sont issus des plantes. Certaines créations de molécules sont de source naturelle. Il faut cependant bien connaître les limites pour permettre de consommer moins de produits chimiques, envisager des complémentarités et soutenir la demande en auto médication », reprend Claude Marodon.
 Pour lui, un accompagnement par les plantes est envisageable pour les maladies psychosomatiques comme le stress, l’eczéma, certaines allergies, les symptômes de la sphère digestive, du système nerveux, de la dermatologie… Des maux répandus, qui souvent pèsent sur le quotidien des patients. Des malades, qui parfois las des méthodes classiques s’orientent vers des médecines alternatives.
Un secteur en pleine expansion, selon les spécialistes. L’intérêt est tel dans l’île qu’un Diplôme Universitaire en médecine traditionnelle et plantes médicinales existe désormais. Une formation qui s’adresse aux professionnels qui souhaitent élargir leur champ de compétences, proposer d’autres formes de soins à des patients de plus en plus demandeurs.
 Un Français sur quatre opterait pour ces soins traditionnels, soit en complément d’un traitement classique, soit parce que la médecine moderne a échoué à les soulager. « Quand ils viennent me consulter, ils me confient en avoir assez des effets secondaires », explique Fanny Sado, naturopathe. Dans son cabinet à l’atmosphère apaisante, elle reçoit des personnes de tous âges, de toutes les catégories sociales qui ont en commun une envie d’explorer d’autres pistes. Pendant plus d’une heure, la professionnelle les questionne sur leur état de santé bien sûr, mais aussi sur leurs habitudes de vie. « Je prends le temps de discuter afin de déterminer avec eux le meilleur accompagnement physique, psychologique et émotionnel ». Une fois le bilan dressé, Fanny Sado adapte ses méthodes de travail à ses patients. « Je dispose de plusieurs outils, comme l’aromathérapie, les massages ou encore l’hypnose humaniste qui est une technique où la personne est toute à fait consciente de ce qui se passe », résume-t-elle. « Je les amène à équilibrer leur système pour développer le pouvoir d’auto guérison que nous avons tous ».
Autre outil auquel elle a recours, l’alimentation. Au fil des années, des mauvaises habitudes alimentaires se sont installées, des aliments modifiés qui peuvent être néfastes pour la santé se retrouvent dans nos assiettes. Certains supportent mal et développent des pathologies. Fanny Sado propose un rééquilibrage en trois phases : préparation, désincrustation pour éliminer les toxines, et revitalisation. Une cure dont la durée dépend de la personne qui tient compte de son style de vie. « Je n’impose rien. Je donne des clés qui peuvent être appliquées facilement et sur la durée. Mon objectif est de la rendre autonome ». Tout un travail dans lequel le physique et le mental ne sont pas dissociés. « Tout est lié », assure Fanny Sado.

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Un avis que partage Nathalie Auzeméry, spécialiste des Fleurs de Bach, ces extraits liquides de plantes mis au point par le docteur Edward Bach, un immunologiste britannique, dans les années 20, qui n’agissent pas sur les pathologies mais sur les émotions. « Chaque fleur correspond à un état émotionnel« , explique Nathalie Auzeméry qui précise que les liquides qui précise que leur consommation « améliore le psychique de la personne, ce qui entraîne des répercussions positives sur sa santé.
En France, la Star of Bethléhem, qui aide à gérer les chagrins, les chocs, les mauvaises nouvelles est la plus vendue. Elle réconforte, pacifie la situation et permet d’être serein et de l’accepter. » Des vertus qui n’ont pas été vérifiées scientifiquement, reconnaît-elle. « Il existe aucune étude. Leur efficacité se mesure qu’aux retours positifs des personnes qui accordent leur confiance aux Fleurs depuis près 80 ans ». Face à ce discours, certains objectent l’argument de l’effet placebo. « Il y en a forcément, mais comme pour tous les autres remèdes ».
« Dès qu’un lien de confiance est établi avec un praticien, dès que le patient sait qu’on va l’écouter et qu’on va s’occuper de lui, il va mieux », renchérit Fanny Sado. Si toutes deux restent convaincues des bienfaits des méthodes qu’elles utilisent, d’autres se montrent plus réfractaires. Ces pratiques émergentes, qui sont cadrées afin d’éviter les dérives, n’écartent pas la médecine classique. « Je n’y suis absolument pas opposée. Elle apporte beaucoup mais les traitements ont des effets secondaires », reprend la naturopathe qui prône une collaboration avec les généralistes et les spécialistes, dont certains se montrent plus ouverts que d’autres sur les médecines alternatives. « Ils sont même de plus en plus nombreux à s’intéresser à d’autres formes de traitements, à rechercher des solutions thérapeutiques pour des malades qui font des réactions secondaires aux médicaments », ajoute Claude Marodon qui souligne qu’il « s’agit même d’une directive de l’Organisation mondiale de santé qui demande de contribuer à la meilleure connaissance des ressources des médecines naturelles, douces, ou alternatives et d’y répondre avec les médecines locales proches des habitants. C’est une recherche d’équilibre et nous comptons bien y contribuer par la diffusion de la connaissance ».
Gabrielle Séry
– 16 plantes  inscrites à la pharmacopée française
Les bienfaits des plantes locales sont prouvés depuis plusieurs années déjà, mais ils ont été tardivement reconnus par la médecine française pour des raisons historiques. Il faut remonter aux temps du Code Noir, pour expliquer la longue absence des produits de l’Outre-Mer dans la pharmacopée française. A cette époque les esclaves avaient interdiction d’utiliser les végétaux pour soigner leurs maîtres. Cet oubli a été réparé depuis le premier août 2013, date à laquelle l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) reconnait officiellement les vertus médicinales de 16 plantes locales, dont 15 endémiques. On y retrouve notamment l’ayapana, remède naturel utilisé depuis plusieurs générations par les Réunionnais pour lutter contre les troubles digestifs. Le change écorce, dont les feuilles ont des propriétés diurétiques et drainantes, figure aussi dans la liste tout comme le bois de reinette, qui soigne les calculs rénaux.

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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