Le PLUS – « Sarkozy » ment effrontément sur sa campagne : 3 raisons de lui couper le micro

L’Obs LE PLUS 10-06-2016 Par Olivier Picard Chroniqueur politique
LE PLUSJour après jour, Nicolas Sarkozy explique qu’il n’est pas en campagne, et jour après jour il fait effrontément campagne aux yeux de tous. Pour notre chroniqueur politique, Olivier Picard, la question posée aux médias est la suivante : combien de temps allons-nous nous prêter à ce petit jeu ?

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Nicolas Sarkozy dans les locaux d’Europe 1, le 9 juin (PHILIPPE LOPEZ / AFP)
Nicolas Sarkozy ment. 
Jour après jour, il explique qu’il n’est pas en campagne, et jour après jour il fait effrontément campagne aux yeux de tous. Un tour de France. Lundi à Reims, mercredi à Lille, ce jeudi matin au micro d’Europe1De vrais meetings. De vraies interviews de candidat. De vrais numéros de bateleur électoral.
Vous allez penser : allez, c’est de bonne guerre!
Une stratégie médias qui nous méprise
Eh bien non, justement. Ce n’est pas de bonne guerre. Et la question qui est posée aux médias est la suivante : combien de temps allons-nous nous prêter à ce petit jeu ? Oui, combien de temps allons-nous accepter d´être ouvertement manipulés par une stratégie médias qui nous méprise?
Bien sûr, à chaque occasion, nous dénonçons le stratagème – Canteloup s’en est encore moqué ce matin avec une drôlerie et une audace irrésistibles – et nous signifions à l’intéressé que nous ne sommes pas dupes.
Nous, journalistes, sauvons ainsi la face. Enfin, c’est ce que nous croyons…
Car pendant ce temps-là, Nicolas Sarkozy accumule les minutes d’antenne, les litres d’encre dans les journaux, et gagne, au bout du compte, le match de la présence médiatique.
Peu importe ce qu’il dit
Ce premier round ne lui assure pas la victoire finale, évidemment, dans la primaire de Les Républicains, mais il pèse plus lourd que des mauvais sondages. Alain Juppé, largement distancé sur ce terrain là, le comprendra peut être trop tard : une présidentielle, c’est une bagarre de chiffonniers dans laquelle tous les coups sont bons.
L’essentiel, c’est de rester debout sur le ring le plus longtemps possible… A l’image. Et ça, « Sarko » l’a parfaitement compris.
Peu importe ce qu’il dit. On l’a déjà écrit, il dit à peu près n’importe quoi, glissant dans le populisme le plus abject, indigne de ce qu’il est (il vaut mieux que ça, évidemment) de son passé, de son statut d’ancien chef de l’Etat.
« Sarko 2 » – puisque ses propres supporters l’appellent comme ça – assume toutes les critiques. Il a délibérément choisi de se trumpiser en pariant une fois de plus sur le réflexe identitaire et sur l’efficacité de l’outrance. Et, comme chacun sait, un Trump français, ça trompe énormément.
3 raisons de lui couper le micro
C’est cette malhonnêteté qui devrait lui valoir un boycott assumé des médias jusqu’à ce qu’il enlève le masque grossier avec lequel il a choisi d’avancer en faisant un bras d’honneur à trois catégories d’interlocuteurs :
1) Il balade ses propres fans 
Le bon reportage du Petit Journal à Reims nous a montré un Nicolas Sarkozy refusant de dire la vérité à ses afficionados venus quémander un autographe à leur champion. Les scènes, à répétition, n’ont pas été glorieuses.
2) Il triche avec son propre parti
Il utilise les moyens de Les Républicains et son statut de président pour faire sa propre promotion. Il n’est pas en campagne, on vous dit…
3) Il mélange les genres
Il prétend être dérangé et harcelé par les journalistes qui le pressent de se déclarer ouvertement, mais au fond, il est ravi qu’ils soient là. Toute cette publicité gratuite qui en même temps lui offre un traitement bienfaisant pour son ego…
Pour ces trois raisons, au moins, Nicolas Sarkozy mériterait qu’on lui coupe provisoirement le micro et qu’on éteigne les caméras.
Ces pratiques d’un autre âge
Les lourds soupçons qui pèsent sur sa campagne de 2012 n’ont pas suffi. Cette fois, il fraude encore avec la vérité, fut-ce tout à fait légalement.
 « Ils » le font tous, plus ou moins? Raison de plus pour mettre un coup d’arrêt à ces pratiques d’un autre âge qui infantilisent les citoyens et ruinent ces moments essentiels que devraient être les campagnes électorales. Des rendez-vous que les politiques volent aux Français. Nous, journalistes, devons-nous continuer à être complices de ce forfait là au nom de la neutralité et de l’éthique ?
Pour ma part, je pense que non.
Quand le crédit de la classe politique touche le fond, entrainant avec elle la considération (au plus bas) pour notre (beau) métier, il est temps de réagir et d’imposer des règles du jeu enfin adultes avant de repartir pour un tour, et même pour plusieurs.
Édité par Paul Laubacher  Auteur parrainé par Aude Baron

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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