Europe – A la frontière entre la Grèce et l’Albanie, la vie au ralenti des réfugiés

Par Adéa Guillot pour Le Monde

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A Doliana, village de trois cents habitants, deux cents réfugiés syriens et afghans se sont installés fin mars, sur une initiative du maire. Ils devaient rester quelques semaines, qui sont devenues des mois.
A perte de vue, des montagnes, des forêts, du vert. Et un silence impressionnant. En Epire, la nature est puissante. Elle isole, impose son rythme aux habitants de ces villages retirés du nord-ouest de la Grèce, situés à quelques dizaines de kilomètres seulement de la frontière albanaise.

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 A Doliana, trois cents habitants, on vit lentement. Depuis toujours. Bien sûr, il y a eu cette accélération soudaine des années 1990-2000, où le pays entier, et l’Epire avec, a eu soif. Soif de neuf, de mieux, de prospérité. La croissance économique le permettait. A Doliana, c’est l’époque où la vague migratoire albanaise nourrit le secteur de la construction en plein essor. Et puis la crise économique éclate en 2010. A Doliana comme ailleurs, le chômage explose. Les jeunes partent à la ville ou en Allemagne. L’école ferme ses portes ; plus assez d’enfants. Les vieux se résignent à voir leur village s’assoupir doucement.

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Jusqu’au 18 mars 2016. Ce jour-là, l’Union europénne (UE) et la Turquie signent un accord visant à stopper le flux de réfugiés continuant de débarquer sur les îles grecques de la mer Egée. Contre 6 milliards d’euros et la promesse de réinstaller directement depuis son territoire 72 000 Syriens, la Turquie s’engage à lutter contre les réseaux de passeurs et à retenir sur son territoire les quelque deux millions de réfugiés syriens qui y vivent. Pour dissuader les candidats à l’exode de rejoindre la Grèce malgré tout, un processus de renvoi des réfugiés arrivés sur ses îles doit se mettre en place. Ainsi, tous les migrants débarquant après le 20 mars sur les côtes grecques sont voués à être renvoyés en Turquie.
L’Etat grec a deux jours pour vider les camps des îles de Lesbos, Leros, Chios ou Samos, déjà pleins. Il faut faire de la place, car un régime juridique différent s’appliquera aux réfugiés selon leur date d’arrivée – avant ou après le 20 mars – et l’on ne peut pas les faire cohabiter. D’incessantes rotations de ferries sillonnent la mer pendant quarante-huit heures. Une foule compacte débarque au port du Pirée. Il faut désormais, et dans l’urgence, répartir près de 45 000 personnes à travers tout le territoire. Des bus partent pour les quatre coins de la Grèce.
Costas Kapsalis, 54 ans, maire de Doliana depuis vingt-cinq ans, ancien instituteur

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Des journées rythmées par les tâches ménagères pour les femmes
Des semaines de bombardements
« L’éducation est la clé »
Nombreuses photos dans ce reportage
Trois générations dans la même chambre : Nishmea Ibrahem protège le sommeil de sa petite-fille.

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Photos Loulou d’Aki

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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