Barroso, le Portugais qui gagne plein d’Euros

Le Canard Enchaîné – 13/07/2016 – J.-M. Th. –

José Manuel Barroso, President of the European Commission, at the press conference about the European Union during the 37th G8 summit in Deauville, France.

Bonne semaine pour les Portugais. Christiano Ronaldo a remporté l’Euro de foot et José Manuel Barroso va les accumuler chez Goldman Sachs. L’ancien patron de la Commission européenne devient conseiller de la firme américaine à l’origine de la crise des subprimes. La banque qui a été grassement rémunérée par La Grèce dans les années 2000 – 300 millions de dollars selon le « New York Times » – pour l’avoir aidée à masquer sa dette souveraine. Et qui, une fois la crise venue, n’a pas hésité à spéculer contre Athènes. Bref, une vraie banque d’affaires qui ne s’encombre pas de morale, manquerait plus que ça. Pour mieux filouter demain l’Union européenne, elle ne pouvait donc rêver meilleure recrue que celui qui a présidé la Commission pendant dix ans et en connaît toutes les ficelles. La preuve que « L’Europe ne sert pas les peuples mais la grande finance« , a aussitôt réagit Marine Le Pen, trop heureuse que l’ancien Premier ministre portugais alimente ainsi à si bon compte bancaire le populisme.
Le camarade Barroso n’a enfreint aucune règle, puisque rien n’oblige les anciens membres de la Commission à rendre des comptes dix-huit mois après la fin de leur mandat. Et rien ne l’oblige non plus à avoir davantage de grands principes que Schröder, parti pantoufler chez Gasprom, ou Blair et Sarkozy, qui vendent leurs conférences aux plus offrants.
Qu’il parte dans l’un des établissements financiers les plus sulfureux des États-Unis pour l’aider à résister au Brexit ne rassurera certes par sur le sens de l’intérêt général des dirigeants européens. De la part du Portugais, qui, sous son règne a laissé l’idée européenne se délier, rien de surprenant. Avant lui, Mario Draghi avait aussi cédé à l’attrait du porte-monnaie. Entre 2002 et 2005, vice-président de Goldman Sachs en Europe, il avait popularisé le « swap », le produit financier qui a permis à la Grèce de dissimuler sa dette souveraine. Cela lui a valu de devenir président de la Banque centrale européenne (BCE) est la principale institution monétaire de l’Union européenne…
Goldman aime  aussi les commissaires européens, qui a recruté Mario Monti en 2005, après Peter Sutherland en 1995. L’Allemand Otmar Issing, ancien chef économiste de la BCE est conseiller de Goldman depuis 2006, et les Grecs Lucas Papademos et Tros Christopoulos, ancien de la banque centrale d’Athènes, l’ont été également.

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Personne ne résiste à Goldman Sachs, qui sait mettre le nombre de zéros nécessaires pour convaincre les grands de l’Europe de servir ses intérêts. « Desservir les citoyens, se servir chez Goldman Sachs« , a résumé le ministre du Commerce extérieur français, Matthias Fekl. Aucun autre responsable en exercice du vieux continent ne l’a encore rejoint dans la critique. Personne ne veut injurier l’avenir et une éventuelle reconversion… Rien d’étonnant à ce que les électeurs de l’Union soient parfois tentés de mettre tous leurs dirigeants dans le même Sachs.

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