Internationale – Entre l’Iran et les Etats-Unis, l’illusion de la détente

Le Monde 14 /07/2016
Le souffle de l’optimisme serait-il retombé, cédant la place à une froide réalité politique ? Il y a tout juste un an, le 14 juillet 2015, la communauté internationale se félicitait bruyamment de l’accord conclu à Vienne (Autriche) entre le groupe dit des « 5+1 » (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Russie et Allemagne) et l’Iran à propos de son programme nucléaire controversé.

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Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry (à gauche), s’entretient avec son homologue iranien, Mohammad Javad Zarif, à Vienne (Autriche), le 16 janvier. Kevin Lamarque / AP
Cet accord, obtenu de haute lutte à la suite d’un âpre jeu de marchandage diplomatique prévoyant la levée partielle des sanctions internationales pesant sur Téhéran contre son renoncement à l’arme atomique, devait ouvrir la voie à une nouvelle ère fondée sur la confiance. Mais qu’en est-il réellement ?
The New York Post dresse un comparatif des promesses émises et des résultats obtenus. Son jugement, à l’instar de celui du Washington Examiner, est implacable. Pour le quotidien américain, il est clair qu’il y a eu duperie, et ce à plusieurs niveaux. Il en veut pour preuve, entre autres, que les informations sur les activités nucléaires de la République islamique, censées être transparentes, ne le sont pas.
Pour Garrett Nada, analyste du Moyen-Orient au sein de l’Institut des Etats-Unis pour la paix, la principale pierre d’achoppement est la différence d’interprétation entre les parties. De fait, souligne-t-il, Téhéran et Washington s’accusent régulièrement de « violer l’esprit de l’accord ». Ce qui lui fait dire que, dans un proche avenir, toute coopération au-delà du nucléaire est, au mieux, limitée. Newsweek
Aux yeux des hiérarques iraniens – à commencer par le premier d’entre eux, le Guide suprême Ali Khamenei –, l’Oncle Sam ne demeure-t-il pas le « Grand Satan » ? Résolument optimiste, le politologue irano-américain Kaveh L. Afrasiabi estime, lui, que le rapprochement avec l’Iran représente un « plus indéniable » pour la paix régionale et mondiale, ainsi que pour la non-prolifération. Eurasia Review
En écho à certains politiciens et diplomates américains, qui ont récemment pris la plume pour appeler à des liens resserrés avec l’Iran, Tyler Cullis et Trita Parsi, du Conseil national irano-américain, plaident pour une levée de l’embargo (imposé dans les années 1980, sous la présidence de Reagan), arguant des dividendes que les Etats-Unis pourraient en tirer en matière d’influence. The Washington Post
Mais à en croire Lawrence J. Haas, chercheur au Conseil américain de politique étrangère, il ne faut pas s’y tromper : in petto, l’Iran demeure profondément anti-américain. Ce qui, conclut-il, ne devrait surprendre personne de la part d’un régime né il y a presque quarante ans d’une révolution (1979) qui faisait des Etats-Unis l’ennemi irréductible. U.S. News & World Report

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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