Apprenez la novlangue avec Olivier Besancenot

Là-bas si j’y suis – mardi 19 juillet 2016 – interview de Daniel Mermet –

journaliste : Daniel MERMET / réalisation : Sylvain RICHARD / vidéo : Jonathan DUONG et Jeanne LORRAIN
« Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic, on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet et voila qu’après quelques temps l’effet toxique se fait sentir« . Le philologue Victor KLEMPERER a montré comment le système nazi avait engendré un langage qui a contaminé insidieusement les esprits et a réussi à imposer l’idéologie totalitaire comme une évidence naturelle. Ce qu’il appelait « l’adoption mécanique de l’idéologie par les mots ». Car le langage est l’outil de la pensée, celui qui contrôle le langage contrôle la pensée et donc l’opinion. Cette fausse monnaie langagière est produite et répandue par les communicants politiques et par les médias mais sans douleur et sans fracas. Aussi est-il important à tout âge d’apprendre à déjouer ces pièges quotidiens répandus et diffusés comme un invisible poison dans l’air que l’on respire.
Quelques exemples dans le langage néo-libéral qui s’est imposé depuis une trentaine d’années :
- Décideurs : classes dominantes
- Compétitivité : dumping social
- Courage de réformer : détruire le droit social
- Grogne sociale : grève
- Pression fiscale : impôts
etc.
Je peux dormir, mon journal explique et pense pour moi…
dm-3Jadis dans la bonne bourgeoisie de province, lors du sacro-saint déjeuner du dimanche, on commentait le sermon entendu à la messe de onze heures. Oh, ça ne faisait pas débat, on appréciait, on approuvait. Parfois d’ailleurs le curé était invité à déjeuner, savourant une onctueuse cuisse de poulet. Puis on passait à autre chose, chacun vaquait à ses affaires et à ses intrigues. « Tu es mon berger, ô Seigneur », disait un cantique. Par conséquent nous sommes les moutons ; notre curé nous conduit et nous le suivons. Longtemps les éditocrates ont remplacé le curé du dimanche. Je peux dormir tranquille, mon journal pense pour moi.
Aujourd’hui, de plus en plus connectés, de plus en plus mis « au courant » par l’info en continue, nous suivons en « temps réel » les épisodes du feuilleton minute par minute. Mais quel sens ce chaos peut-il bien avoir ? Pourquoi ? Comment ? Que dois-je penser ? Qui sont les méchants et les gentils ? Des experts médiatiques me le disent, des savants spécialistes me fournissent la réponse. Je puis retourner à mes affaires et à mes intrigues, je peux dormir, les élites pensent pour moi.
Contre cette soumission, il faut partout donner des cours « d’auto défense intellectuelle » selon l’idée de Noam Chomsky, développer l’esprit critique, le goût de la contestation, non pas remplacer une doctrine par une autre mais penser par soi-même, apprendre l’autonomie de penser. Pas facile quand la foule unanime et anonyme appelle au lynchage du suspect, pas commode quand le premier ministre français sans être contesté lance cette stupidité historique  » Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille, car expliquer c’est déjà vouloir excuser » Mais la résistance s’installe peu à peu, penser hors des clous, construire d’autres projets, dessiner un autre cadre. Le bouquin de Besancenot encourage cette auto-défense qui est la principale raison d’être de LÀ-BAS !  Daniel Mermet
Petit-dictionnaire-de-la-fausse-monnaie-politiquePetit dictionnaire de la fausse monnaie politique – Olivier BESANCENOT – Livre & ebook – Cherche Midi –
ISBN: 9782749147963 /ISBN numérique: 9782749147970 /Date parution: 28/04/2016 /
Dimensions: 200 x 120 mm /Nombre de pages: 144  / Prix : 10€
La manipulation par les mots.
Mondialisation financière, crise économique, sociale et politique sans fin, réchauffement climatique, guerres, attentats, catastrophes humanitaires… Notre société change et bascule dans une nouvelle ère. Le bouleversement est profond et anxiogène. En témoigne ce petit abécédaire langagier qui en dit long sur l’air du temps : « l’unité nationale », « la République intransigeante », un « Je suis Charlie » spontané et solidaire détourné en slogan inquisiteur, la force du travail métamorphosée en « coût du travail », les vagues de licenciements en « plans de sauvegarde de l’emploi », les cotisations sociales en « charges », les préjugés racistes en « problème de l’immigration », « assimilation », « musulmans de France », etc., autant de nouvelles formules dont on ne cherche plus à analyser ni l’origine ni la portée. Trop répétitives pour être spontanées, ces expressions de la pensée dominante inondent les estrades politiques, les plateaux télé, tournent en boucle sur les ondes et irriguent la plume de nombreux éditorialistes. Aucun sujet ne doit plus échapper à cette standardisation lexicale qui traque l’esprit critique. Les terribles attentats de janvier et novembre 2015 marquent une étape supplémentaire pour la langue de l’ordre et du marché dans sa tentative de confisquer notre libre arbitre.
Une violence verbale contre laquelle nous pourrions aussi nous dresser.   O. Besancenot

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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