Jeux de Rio : une odeur de soufre

Hara Kiri journal – été 2016 –
Au CIO comme dans toutes les grosses organisations à but lucratif, l’adage « le spectacle doit continuer » est encore et toujours en vigueur. Dernier exemple en date : les Jeux Olympiques de Rio Dans le marasme économique, politique, social et sanitaire le plus total, le Brésil s’apprête à accueillir une compétition qui s’annonce déjà mouvementée.
IMG_0210Ça ne vous aura sans doute pas échappé, les Jeux Olympiques démarrent très prochainement du côté de Rio de Janeiro. Les médias vous rabattent déjà les oreilles à coups de spots publicitaires, de mini programmes niais et d’interviews de celles et ceux qui représenteront la France au cours de cette grande foire au saucisson. Mais en ce moment, le Brésil ressemble davantage au Mexique de 1968 où à l’Argentine de 1978. C’est dire si les athlètes internationaux évolueront dans un climat sain, apaisé et propice à la fête. Mais le principal n’est pas là. Si les orchestres, la sono et les majorettes font assez de boucan, on n’entendra pas les plaintes et la fureur de la rue brésilienne. L’essentiel n’est-il-pas d’avoir de belles images à diffuser aux heures de grande écoute ? C’est exactement sur ce principe que les organisateurs des Jeux Olympiques ont programmé l’évènement. Promis, juré, vous n’entendrez pas parler des manifestations, du putsch qui vient de renverser le gouvernement ou de la violence endémique qui gangrène les favelas du coin.
La violence, partout, tout le temps
Bien entendu la violence et les tueries qui rongent au quotidien la société brésilienne n’ont pas explosé à quelques semaines des JO. Les gens sont vicieux. Mais quand même pas à ce point. Ces tensions sont, en réalité, un élément forgé et entretenu depuis des décennies. Elles sont vieilles comme les inégalités sociales du Brésil. On peut donc dire qu’elles sont peu ou prou aussi vielles que le pays lui-même. Pour la petite histoire, plusieurs sociologues se sont récemment fendus de quelques textes et rapports assez fameux faisant le rapprochement entre les violences des favelas et, plus largement de la société auriverde, avec l’esprit colonialiste qui perdure dans le pays. Ce serait donc une mentalité méprisable qui provoquerait tout ça ? Mais comment ? La société brésilienne est l’une des plus inégalitaire au monde. La pauvreté y est sciemment entretenue et pas un programme viable n’est mis en place pour sortir les plus démunis de la misère noire dans laquelle ils vivotent. A côté des bidonvilles, ce sont les centre-villes luxueux, les gratte-ciel et les grosses berlines qui caracolent sur le bitume brûlant. Il ne s’agit pas ici, d’excuser une attaque à main armée, mais entretenir volontairement un projet de société qui laisse crever des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, ça finit toujours par craquer aux entournures.
Une odeur de soufre. Vous sentez ? Hein ? Si une émeute éclate à deux pas du village olympique, n’allez pas prendre de selfies. Enfin, si un fan vous demande votre opinion sur les putsch et les magouilles actuelles, dites que vous ne comprenez pas le portugais…
Un virus dangereux… Et alors ? 
Vous en avez sans doute entendu parler. Le Brésil et, plus largement la plupart des pays d’Amérique latine sont frappés par un nouveau fléau. Il fait, chaud, les insectes sont plus agressifs qu’un syndicaliste un jour de plan social, les maladies pullulent littéralement. Véhiculé par un moustique, le virus Zika entraîne fièvre, maux de tête, éruption cutanée, fatigue, douleurs musculaires et articulaires et tout ce que le corps humain compte de petites souffrances. Bien que l’épidémie ait été déclarée il y a près de deux ans, ni le CIO, ni le comité d’organisation n’a cru nécessaire de différer ou de délocaliser les Jeux. Pourtant, outre les athlètes et leurs délégations, ce sont des centaines de milliers (peut-être même des millions) de touristes qui viendront se faire piquer joyeusement au mois d’août. Rien de tel pour rentrer au bercail les veines chargées de Zika et d’autres petites saloperies que les clampins risquent de choper au détour d’une ruelle glauque. Mais en attendant le carnage, les préparatifs continuent comme si tout était normal. La peinture, encore fraîche a fini de recouvrir les tags exécutés la nuit précédente. Les forces de l’ordre répètent leurs dernières gammes. Les locaux sont, a peu près installés… Faites entrer le bétail ! 

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