Qu’un sang impur…

Charlie Hebdo – 27/07/2016 – Gérard Biard –
On y est presque. Encore un petit effort et et le terrorisme islamiste aura gagné un de ses paris. Nous n’en sommes pas encore au franc climat de guerre civile espéré par Daech et tout ceux qui misent sur des violences « inter communautaires » pour faire avancer leur idéologie et leur agenda politique, mais force est de reconnaître que l’attentat de Nice a cassé l’ambiance d' »union nationale » qui prévalait tant bien que mal jusqu’ici. Il commence à monter dans l’air un sale parfum de représailles, de lynchage et de levée de fourches qu’il devient de plus en plus difficile de masquer à coups de rassemblements républicains et d’appel à vivre-ensemble.
virus-sarko-berth-charbCertes, on compte sur la Côte d’Azur davantage de nostalgiques des « corvées de bois » et autres ratonnades qu’ailleurs. Mais le constat ne vaut pas que pour le sud du pays. D’autant que la droite, lancée dans une concurrence thématique toujours plus effrénée avec l’extrême droite, alimente une défiance envers l’État – et non envers le seul gouvernement , ce qui serait de bonne guerre électorale – qui, dans le contexte, revient à jouer avec des allumettes à côté d’un baril de poudre. Car ce sont bien l’État et les institutions qui sont visées quand le Premier ministre est sifflé et hué lors d’une minute de silence en hommage aux victimes. Et ce sont encore eux qui sont attaqués nommément, quand le député LR Alain Marsaud proclame que « l’État ne remplit pas sa mission » et n’est « pas capable » de protéger ses citoyens. Citoyens qu’il invite à prendre « eux-mêmes en charge leur propre sécurité« , en sortant armés ou en formant des groupes d’autodéfense… 
Qu’un parlementaire appelle à s’affranchir d’un principe constitutionnel – seul l’État est dépositaire de la violence légitime – n’est malheureusement pas une nouveauté, et Marsaud n’est pas le premier à confondre citoyen et milicien. Mais le faire aujourd’hui frôle l’inconscience. Ou alors, c’est que le cocktail testostérone-cholestérol rend sourd et aveugle. Il faut l’être pour ne pas entre les appels à la haine qui résonnent de plus en plus fort, et pour ne pas voir les charognards du chaos se lécher les babines. C’est une chose de dénoncer les manquements des services de l’État dépassés par les évènements ou l’éventuelle incompétence de certains hauts fonctionnaires qui ont du mal à passer de l’état de torpeur à l’état d’urgence, c’en est une autre de souffler sur les braises.
IMG_0211L’actualité, et pas seulement celle des attentats, est imprégnée d’une rage qui ne demande qu’à s’exprimer très concrètement – les manifestations contre la loi travail, par exemple, où les violences ne furent pas que policières, en ont fait l’éclatante démonstration. Et les deux accélérateurs de particules à conneries que sont Facebook et Twitter y sont sans doute pour quelque chose. Les réseaux mal nommés sociaux, qui se sont imposés comme l’alpha et l’oméga de la liberté d’expression – en évacuant du débat l’essentiel : l’important n’est pas ce qu’on dit, ce qu’on écrit, mais pourquoi on le dit, pourquoi on l’écrit -, ont gravé dans le marbre la devise de leurs utilisateurs : « j’dis c’que j’veux ». On sait que la parole précède toujours les actes. L’ennui, c’est que la vitesse qui préside désormais nos sociétés fait que le passage à l’acte se mesure en temps informatique : la nanoseconde.
On a beaucoup communiqué sur le fait que trente « musulmans » sont morts sur la Promenade des Anglais. Comme si on avait besoin de ça pour savoir que le terrorisme islamique tue aussi les fidèles de Mahomet. On ne répond pas à une volonté de fragmentation de la société par une accréditation de cette fragmentation : ne sont morts à NIce que des citoyens, français ou étrangers.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article a été publié dans Débats Idées Points de vue, réflexion. Ajoutez ce permalien à vos favoris.