GPI, l’anti PIB, un outil qui mesure les vrais progrès

Charlie Hebdo – 27/07/2016 – Jacques Littauer –
Les critiques de la croissance le savent : rien ne changera tant que le PIB sera la référence centrale de nos économies. Il existe d’autres indicateurs, plus écologiques et plus sociaux. Certains d’entre eux ont même déjà été adoptés par des États américains, dont le Vermont.
PIB-GuinéeLe produit intérieur brut est la star incontestée des médias et des hommes politiques, qui se réjouissent lorsqu' »il y a de la croissance », c’est-à-dire lorsque la valeur du PIB augmente. Ce que mesure le PIB, ce sont les créations de richesses réalisées par les entreprises et les administrations. Mais le PIB oublie la travail domestique (majoritairement effectué par les femmes), le temps passé dans les associations, et il ne dit rien sur les inégalités puisqu’il se concentre uniquement sur le taille du gâteau. Ainsi, depuis 2009, si le PIB des États-Unis a augmenté de 12 %, le revenu médian a, lui, diminué de 3 %. Autrement dit, la totalité de la hausse du revenu intervenue a été accaparée par les plus riches. Enfin, non seulement le PIB oublie les dégradations écologiques, qui ne sont pas retranchées, mais au contraire, il inclut les pollutions, qui le font augmente à mesure, par exemple, que la consommation d’essence augmente.
Tous ces oublis expliquent que, depuis plusieurs décennies, chercheurs et statisticiens travaillent sur des alternatives au PIB. Aux États-Unis, ce travail a abouti à la mise au point de l’indicateur de progrès véritable (GPI ou Genuine Progress Indicator), qui propose d’ajouter au PIB les éléments positifs de l’activité humaine, et d’en retirer les éléments négatifs. Ainsi, le GPI va inclure le travail domestique estimé et les dépenses de santé et d’éducation, mais va retrancher du PIB toute une série de coûts : inégalités, accidents de voiture, pollutions, temps passé dans les transports pour aller travailler, pertes de terrains agricoles… Résultat : tandis que le PIB n’a cessé d’augmenter ces dernières décennies, le GPI stagne, voire diminue, depuis les années 1970. Autrement dit, si la richesse économique s’est bien accrue, le bien-être des individus est, lui, en berne.
La bonne nouvelle, c’est que le GPI a été officiellement adopté par plusieurs États américains, à commencer par le Vermont, terre d’élection de Bernie Sanders, qui a mis sur pied un plan de développement à cinq ans qui a pour but d’accroître le GPI. Il s’agira pour le petit État progressiste de mette l’accent sur des secteurs qui fournissent des emplois, mais qui ne sont pas néfastes pour l’environnement ni pour le lien social – comme la culture, les biotechnologies, l’industrie alimentaire ou la santé. En effet, l’avantage d’avoir recours à un indicateur unique est qu’il permet d’agréger des visions qui restent sans cela éparses, voire contradictoires. En revanche, le GPI a le défaut d’être un indicateur monétarisé : tous ses éléments sont exprimés en dollars, ce qui est problématique si on veut sortir du système économique ambiant. Mais il faut reconnaître qu’un indicateur unique en dollars est aussi une force dans le débat public, puisqu’on peut facilement le comparer au PIB. Surtout, pour que tout cela fonctionne, il faut que médias, associations, partis et électeurs se saisissent de l’indicateur et cherchent à le faire progresser, sans quoi il restera lettre morte.
En France, un pas important a été franchi dans cette direction avec l’adoption l’an dernier de la loi Sas, qui prévoit que le gouvernement remette chaque année au Parlement un rapport « présentant l’évolution de nouveaux indicateurs de richesse, tels que les indicateurs d’inégalités, de qualité de vie et de développement durable« . Si, de l’aveu même de la députée écologique Eva Sas, à l’origine de la loi, le rapport 2015 « tenait plus du document de communication que de l’analyse objective« , on peut espérer que cela se passe mieux cette année. L’un des indicateurs adoptés pourrait être en effet l’indice de santé sociale (ISS), qui mesure par exemple le mortalité infantile, les suicides des jeunes, le chômage, la pauvreté ou encore les délits (et surtout qui, lui, n’est pas monétarisé). Ce qu’il faut maintenant, c’est qu’un nombre limité d’indicateurs alternatifs au PIB soit adoptés officiellement, et que leur évolution fasse la « une » des journaux.

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En France, en 2016 :
– 7 % des ménages à petits revenus ne peuvent chauffer convenablement leur habitation
– 10 % ne peuvent pas y recevoir des proches
11 % ont un logement bruyant –
1 % des logements sont privés d’eau courante et des toilettes –
18 000 personnes vivent dans un des 582 bidonvilles de France –
21 % dans un camp illégal et Hauts-de-France et 37 % en Ile-de-France dont 12 % en Seine-Saint-Denis
(Chiffres du journal de la Fondation Abbé-Pierre – juillet 2016 )

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