Sarkozy attaque la gauche et les « arguties juridiques »: a-t-il oublié 2012 ? C’est indigne par François Jost / La surenchère autoritaire de Sarkozy est inacceptable pour Jean Garrigues

Francois jostL’Obs LE PLUS  27-07-2016 Par François Jost Analyste des médias
LE PLUS. « Les arguties juridiques » conduisant selon lui à une action incomplète contre le terrorisme, « ne sont pas admissibles », a réagi Nicolas Sarkozy suite à l’attentat perpétré à Saint-Etienne-du-Rouvray, avant de s’en prendre à la gauche dans une interview donnée au « Monde ».

FRA: Paris: Attack in Rouen: Nicolas SARKOZY held a press conference

Aurait-il oublié qu’il trouvait « indigne », lorsqu’il était président, de s’attaquer aux institutions ? Petit rappel de François Jost, analyste des médias.
Deux jours après les meurtres commis par Mohamed Merah, en mars 2012, Nicolas Sarkozy, président de la République et candidat à sa succession annonçait qu’il suspendait sa campagne, imposant à ses concurrents de se taire, et déclarait : « Chercher une explication au geste de ce fanatique, ce monstre, laisser entrevoir la moindre compréhension à son égard, ou, pire, lui chercher la plus petite excuse, serait une faute morale impardonnable. Mettre en cause la société, montrer du doigt la France, la politique, les institutions, c’est indigne […]. »
À présent qu’il n’est plus président, mais encore candidat ou presque, polémiquer ne lui semble plus indigne. Hier, c’était la parole de l’État qu’il mettait en cause, l’accusant de mensonge, aujourd’hui, via une interview donnée au « Monde », c’est la gauche en tant que telle. En dépit d’un état d’urgence prolongé et de moyens exceptionnels de sécurité déployés, Sarkozy reprend l’antienne de son laxisme quasi ontologique.
Pour une fois, je m’accorde avec l’ex-président : se lancer dans une critique politique dans un tel moment est indigne.
Les solution simplistes et inefficaces de l’opposition
Qui peut imaginer qu’il soit possible de sécuriser tous les lieux aujourd’hui susceptibles d’être attaqué par les terroristes. Les 45.000 églises, mais aussi les gares, les universités, les hôpitaux, les supermarchés ? Hier, la guerre était menée dans les villes, aujourd’hui elles gagnent les campagnes de sorte que plus personne n’est certain d’être à l’abri de la violence.
Sarkozy le sait et il déploie donc des solutions, qui, comme toujours, sont d’abord répressives, comme si la répression pouvait empêcher, voire impressionner les terroristes potentiels.
Les « décodeurs » du « Monde » ont montré il y a quelques jours dans un article éclairant, combien les solutions proposées par l’opposition étaient simplistes. On y apprend notamment que la remise en liberté et la mise sous bracelet électronique concerne plus de 10.000 personnes en France, que la limitation des peines non carcérale serait impossible aujourd’hui en raison du manque de place dans les prisons, qu’on n’aurait pas pu expulser Mohamed Bouhlel parce qu’il n’entrait pas dans les critères car il avait des enfants français, était marié depuis plus de trois ans avec une Française, qu’on ne peut enfermer préventivement les fichés S, tout simplement parce que parmi eux se trouvent des gens pour lesquelles on n’a pas de preuves solides, etc.
Des « arguties juridiques » ? Des propos indignes 
Les propositions avancées par Sarkozy sont redevables de ces critiques, mais il les balaie de la main : « Les arguties juridiques, les précautions, les prétextes à une action incomplète ne sont pas admissibles. »
Qualifier d’arguties juridique ce qui nous maintient dans l’état de droit et qui met en conformité les mesures prises avec la constitution est indigne. Il y a quelques semaines, les politiques se sont déchirés à propos de la déchéance de nationalité pour les terroristes au nom, précisément, de la démocratie.
Il est très inquiétant de voir la pente adoptée par Sarkozy. Car elle rejoint nos pires cauchemars : la prise de pouvoir par un parti extrême qui irait dans le sens préconisé par l’ancien président : l’adoption d’un régime autoritaire qui, pour le prétendu bien des citoyens, les priverait un peu plus de libertés.
On comprend que ce soit l’aspiration de Marine Le Pen et de sa nièce, mais on peut s’étonner que ce soit celle d’un homme qui trouvait indigne de s’en prendre aux institutions, du temps où il était aux responsabilités.
Édité par Rozenn Le Carboulec  Auteur parrainé par Hélène Decommer
Saint-Étienne-du-Rouvray, Nice : la surenchère autoritaire de Sarkozy est inacceptable
L’obs LE PLUS  27-07-2016 Par Jean Garrigues Historien
LE PLUS. Depuis l’attentat de Nice, et après l’assassinat d’un prêtre dans une église de Saint-Étienne-du-Rouvray, la droite ne retient plus ses coups contre le gouvernement. Nombre de ténors de « Les Républicains » exigent même la mise ne place de mesure d’exception pour lutter contre le terrorisme. Des propos qui fracturent un peu plus la communauté nationale, déplore l’historien Jean Garrigues.
« La droite la plus bête du monde ». Cette formule de Guy Mollet reviendrait-elle au goût du jour ? On serait tenté de le croire au vu des rodomontades et autres déclarations martiales proférées dans l’urgence par plusieurs ténors des Républicains, à commencer par leur chef de parti, au lendemain des attentats terroristes de Nice puis de Saint-Étienne-du Rouvray.
Alors même que 67% des Français déclarent dans un récent sondage être favorables à un « gouvernement d’union nationale », voilà que les matamores de la droite dite républicaine se lancent dans une compétition de critiques au vitriol contre le trio Hollande-Valls-Cazeneuve et de surenchères de propositions répressives, dont une bonne partie est incompatible avec les règles de notre droit.
Faisant fi du respect exigé par le moment du deuil et de l’indispensable unité que réclame la lutte contre Daesh et ses émissaires sanglants, ils saturent l’espace public de polémiques et de petites phrases assassines, qui n’ont d’autre résultat que de fracturer un peu plus la communauté nationale, et surtout de brouiller les cartes de notre citoyenneté républicaine.
Sarkozy semble à côté de l’histoire
À cet égard, Nicolas Sarkozy nous semble à côté de l’histoire lorsqu’il estime qu’en « assassinant un prêtre catholique et en blessant gravement des fidèles dans une église, c’est l’âme de la France qui est touchée ».
Il n’est pas question de nier ici l’horreur de ce crime, pas plus que la place majeure du christianisme dans l’histoire millénaire de notre pays, bien au contraire. Mais un vrai républicain (surtout lorsqu’il se revendique comme le dépositaire de la marque) devrait se souvenir que ce qui fait aujourd’hui l’identité de notre communauté française aujourd’hui, depuis 1792 ou au moins depuis 1870, ce n’est pas l’Église catholique, c’est la République.
En décembre 2007, dans son discours dit du Latran, Nicolas Sarkozy avait déjà pris ses distances avec cette lecture républicaine de notre identité collective en affirmant que « l’instituteur ne pourrait jamais remplacer le curé ou le pasteur dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal ».
À l’époque déjà, cette formule avait été ressentie comme une provocation par tous ceux qui sont attachés à la tradition laïque de notre pays, aux « hussards noirs de la République » exaltés par Charles Péguy. Les pères fondateurs de notre démocratie républicaine, Jules Ferry, Léon Gambetta, Georges Clemenceau, se retournaient dans leurs tombes.
Ce n’est pas une guerre de religion qui se mène
Aujourd’hui, dans le contexte de l’offensive terroriste menée par Daesh contre l’Europe occidentale, une telle déclaration est encore plus déplacée, voire explosive. Elle tend en effet à accréditer l’idée que c’est une guerre de religion qui se mène, alors que c’est une guerre de valeurs et de civilisation entre d’un côté un islamo-totalitarisme et de l’autre côté un système démocratique incarné (entre autres) par la République française.
Aux yeux d’un historien, la formule de Nicolas Sarkozy est donc inacceptable à double titre. D’une part, parce qu’en soulignant une fois de plus les racines chrétiennes de la France, il accroît de facto la tension entre les différentes communautés spirituelles qui composent notre République, opposant chrétiens et non-chrétiens, et prenant le risque de stigmatiser les musulmans de France. Le choc des intégrismes serait dévastateur !
D’autre part, parce qu’il s’écarte de ce « vivre ensemble » républicain qui est le véritable ciment de notre communauté nationale. On ne peut pas à la fois diriger un parti intitulé « Les Républicains » et prendre ses distances vis-à-vis du socle républicain de notre identité collective. Ce n’est pas cohérent !
Nice Truck Attack Church ceremonie in Sainte Reparate cathedral in the old city. Nicolas Sarkozy, Estrosi Erci Ciotti//JDD_0000697/Credit:JEROME MARS/JDD/SIPA/1607171625


Nicolas Sarkozy,Estrosi Erci Ciotti//JDD_0000697/Credit:JEROME MARS/JDD/SIPA

Le plus grave, c’est que les conséquences des polémiques soulevées par Nicolas Sarkozy, Eric Ciotti, Christian Estrosi ou Laurent Wauquiez, à savoir la surenchère autoritaire, la fracturation communautaire et la désunion nationale, sont précisément les objectifs, voire « les buts de guerre » poursuivis par l’islamo-fascisme.
2017, moteur de surenchères belliqueuses
Cela ne veut pas dire qu’il faut anesthésier le débat public au nom de la discipline républicaine, bien évidemment.
De 1914 à 1917, Georges Clemenceau ne ménagea pas ses critiques à l’encontre des gouvernements d’union sacrée, les jugeant incapables de mener le pays à la victoire. On peut d’ailleurs estimer que ses critiques furent souvent injustes, et qu’elles visaient aussi à le ramener au pouvoir. Mais force est de constater que les attaques du « Tigre » se situaient toujours dans le strict périmètre des valeurs républicaines, dont il était l’un des plus farouches défenseurs.
On aimerait que cet exemple soit médité par les chefs des Républicains, et que l’obsession présidentielle de 2017 ne soit pas le seul moteur de leurs surenchères belliqueuses. Certains, à l’image du président du Sénat Gérard Larcher, donnent le spectacle réconfortant d’une opposition républicaine et responsable. C’est le comportement d’un homme d’État, et non d’un candidat en campagne.
Il faut que chacun s’imprègne de ce modèle, car c’est ce qu’attendent les Français.
Édité par Sébastien Billard
Sur le web : Saint-Etienne-du-Rouvray : Sarkozy appelle à « mener la guerre »

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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