C’est l’été – Rêver : 48 heures au lac de Côme

Le Monde
Un hôtel mythique, la Villa d’Este, comme posé sur l’eau, des villages charmants aux ruelles habitées par les ombres de Visconti et de Verdi, les abords de ce lac italien invitent à la romance dans un décor de cinéma.

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La Villa d’Este, au bord du lac de Côme, a vu passer la fine fleur de l’aristocratie européenne des cent cinquante dernières années, vite rejointe par les plus grandes stars d’Hollywood.
Sports de plein air, balade en bateau, découverte des jardins, ici la vie ressemble au -cinéma, et la lumière hésite entre les chefs-d’œuvre de -Luchino -Visconti et Gatsby le Magnifique. La majesté du lac et le charme de la petite ville de Côme font le reste. C’est l’endroit rêvé pour marcher sur les pas des couples de légende : Rita Hayworth et Orson Welles, le duc et la duchesse de Windsor, ou encore Onassis et la Callas…
JOUR 1

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10 heures : luxe, calme et volupté On a roulé moins d’une heure -depuis l’aéroport de Milan-Malpensa. Grille discrète, entrée par l’arrière, côté jardin, la Villa d’Este (1) ménage ses effets. Le vaste hall d’entrée et son double escalier magistral révèlent ensuite une enfilade de salons vertigineuse. Face à nous, la terrasse et ses mosaïques dominent le lac. Dans des vases, partout, des bouquets de chrysanthèmes jaunes et blancs. C’est Tolomeo Gallio, un cardinal de 38  ans, protecteur du royaume de Hongrie qui fit construire la villa en  1568.

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La Villa d’Este doit son nom et la splendeur de ses jardins à Caroline de Brunswick-Wolfenbüttel, épouse du prince de Galles, le futur George IV d’Angleterre. Elle devint propriétaire de la villa en  1814 et l’aima tellement qu’elle ne devint jamais reine que de ce bord de mer d’eau douce. Devenue hôtel en  1873, la villa ajouta à sa tradition aristocratique une riche clientèle américaine. Depuis, malgré quelques mauvaises passes, les puissants n’ont plus quitté les lieux.

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11  heures : à l’ombre des mûriers Imaginé à la Renaissance, le jardin de la ville fut  » anglicisé  » par -Caroline de Brunswick. Il s’enroule à flanc de montagne derrière la villa, qu’il domine en partie tant la pente est raide. On y entre par le Nymphée, magnifique fantasmagorie construite au XVIe  siècle par Pellegrino Pellegrini, constitué de milliers de carreaux de marbre de couleur et surplombé par une double cascade. La balade se poursuit sous des pins centenaires. Les lauriers-roses, les rhododendrons et les jasmins rivalisent de couleurs et de parfums. Devant la villa, les tables sont dressées à l’ombre des mûriers. Au bord du lac, on ne sait qui tient l’autre des glycines ou du ponton à bateaux.

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12 h 30 : rien que de l’eau La piscine semble flotter sur le lac. A cet endroit-là du monde, la lecture d’un journal imprimé sur du papier a encore du sens, c’est d’ailleurs l’activité principale des bronzeurs matinaux. De l’autre côté de la terrasse, la Villa Cima, récemment restaurée, est une folie à tous points de vue. Construite au bord du lac en  1814 par Caroline de Brunswick pour loger le comte et la comtesse Pino, à qui elle venait d’acheter la propriété, elle  » offre  » quatre chambres raffinées à qui peut débourser 10 000  euros pour une nuit.

Bellagio

15  heures : Bond et Clooney Une vedette à moteur aux allures vénitiennes nous attend sous un ciel nuageux pour une promenade en bateau en direction de Bellagio (2). Passé Torno, un village charmant situé sur la pointe est de la rive, les baraques prétentieuses de Berlusconi et de la famille royale d’Arabie saoudite se cachent dans l’ombre. Côté soleil, on vogue au large de la villa L’Oleandra, propriété de George Clooney, qui précède la villa Balbianello, sur la presqu’île de Lenno, où ont été tournés Star Wars, épisode II et -Casino royal. Non loin, le très beau jardin de la maison de Sir Richard Branson s’offre aux regards. Il faudrait s’arrêter pour voir les jardins de la villa Carlotta, mais la pluie veut être de la partie. Soudain, le lac -devient fou sous le vent et la grêle. Dans le canot en acajou qui -craque, on ferme les ouvertures. La tempête est aussi brève que -furieuse. Quand on accoste à -Bellagio, une fine pluie a déjà -remplacé les grêlons.

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16  heures : Bellagio, c’est beau Le petit port de Bellagio charme immédiatement. On file se réchauffer autour d’un chocolat au Café Rossi, sous les arcades qui bordent la promenade. On monte par des escaliers dans les ruelles commerçantes du village. Les enseignes modernes côtoient des boutiques figées dans le temps. Il faut visiter la villa Melzi, rendue célèbre par le compositeur Franz Liszt. Sa fille, Cosima Wagner, naquit ici le  24  décembre 1837. La maison de Verdi, elle, était sur le lac.

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20  heures : cravate exigée C’est un rituel à la Villa d’Este : veste et cravate sont de rigueur pour dîner à La Veranda, le restaurant gastronomique de l’hôtel. Comme dans un bon club londonien, un large choix de cravates attend les étourdis sur un plateau d’argent dans l’entrée. Les maîtres d’hôtel ont l’efficacité et la réserve parfaite de ceux qui ont vu défiler du beau monde. L’omble du lac est délicieux mais vous pouvez aussi -demander de simples spaghettis à l’ail et à l’huile, comme Gianni Agnelli en son temps. Après le dîner, on sort sur la terrasse pour admirer le lac devenu noir.
JOUR 2
9 h 30 : délicieux chou chevelu On rejoint le centre de Cernobbio, le village où est située la Villa d’Este, à pied. Le mercredi matin, le marché (3) est… très italien, archi-sympathique et foutraque. Au milieu des paires de chaussettes à 5  euros et des bassines en plastique de toutes les couleurs, on trouve des maraîchers qui étalent fièrement leurs merveilles. La puntarella est sublime. Cette délicieuse salade croquante en forme de chou chevelu va bientôt disparaître des étals mais reviendra cet automne et tout l’hiver.

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10 h 30 : mémoires du  » Guépard  » Pour ceux que le cinéma de Visconti transporte, la visite de la villa Erba (4), la maison de vacances de la famille Visconti di Modrone, à Cernobbio, toujours, est incontournable. Le petit Luchino y vécut une enfance si heureuse que le souvenir de ces murs hante tout son cinéma : la salle de bal du Guépard a été choisie pour sa ressemblance avec celle de ce palais construit par le grand-père de -Visconti à l’extrême fin du XIXe. Son accès au lac est un ponton dont on retrouve le souvenir dans une scène célèbre des Damnés et, autrement, dans Ludwig. A la fin de sa vie, Visconti passa beaucoup de temps ici.
Midi : l’archi sous Mussolini -Direction Côme, au sud. Bien avant le boum de l’aviation civile, un projet de construction d’une piste d’aéroport sur les voies de chemin de fer fut sérieusement étudié. Les bâtiments de l’architecte rationaliste Giuseppe Terragni, notamment la Casa del Fascio et le Novocomum (5), témoignent de cette modernité malheureuse des années 1920 et 1930, liée au fascisme. La Fondation Giuseppe Terragni organise des événements et des visites pour mieux comprendre ce moment essentiel de l’urbanisation de Côme.
13  heures : poulet sans os C’est un petit restaurant très simple- -caché dans les ruelles du vieux Côme mais il vaut le détour. -L’Osteria del Gallo est une gargote familiale qui propose un  » poulet sans os « , sorte de paupiette -juteuse et goûteuse. Les dessins des petits-enfants des proprié-taires ornent les murs et une -épicerie permet de rapporter de bons produits.
14  heures : Pline et pile On continue la visite de Côme en flânant dans les rues de la vieille ville ou en prenant le funiculaire pour Brunate, d’où l’on domine toute la plaine lombarde jusqu’aux Apennins par beau temps. Côme est la capitale italienne de la soie, la ville des deux Pline et aussi celle de Volta, le génial inventeur de la pile. Ne pas rater le Faro Voltiano, phare octogonal bâti au sommet du Monte Tre Croci en  1927 pour célébrer le 100e anniversaire de la mort du physicien. La cathédrale vaut le détour, tout comme les -rives du lac, d’où on rejoint l’Aero Club Como.
16  heures : Côme un avion Apparus sur le lac en  1913, quand l’aviateur Roland Garros remporta le Prix du Circuit des lacs italiens, les hydravions n’ont plus jamais quitté ces cieux transparents. Créé en  1930 à dix mètres du lac, entre le port de plaisance et le stade de football, l’Aéroclub de Côme (6) -attire des pilotes du monde entier, qui peuvent voler sur l’une des treize  machines de la flotte. Un appareil se met à l’eau. Il fallait réserver pour faire un tour, dommage. Une belle excuse pour revenir sonder les eaux de Côme.
Thomas Doustaly Journaliste au Monde
Plus d’informations sur Côme et le lac : www.lakecomo.it et www.visitcomo.eu

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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