JO 2016 et dopage : le CIO est pris en tenaille entre les ambitions russes et américaines

L’Obs LE PLUS   09/08/2016  Par Patrick Clastres Historien du sport
LE PLUS. Des athlètes russes participeront bien aux Jeux olympiques de Rio, du 5 au 21 août prochain. Malgré les révélations du rapport McLaren, sur l’existence d’un « système de dopage d’État » en Russie, le CIO a décidé de ne pas exclure ce pays.

Pierre-Antoine Grisoni / Strates Patrick Clastres, Lausanne, le 15 octobre 2015

Comment faut-il analyser cette décision ? Décryptage de l’historien Patrick Clastres, professeur à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne.
Le sport a été un terrain privilégié de la rivalité entre l’URSS et les États-Unis durant les années de Guerre froide, et cela d’autant plus que les victoires et défaites sont télévisées à l’échelle du monde. L’organisation des Jeux olympiques, et  le nombre de médailles obtenues, étaient des enjeux de puissance importants pour ces deux empires.

Russian President Vladimir Putin, right, and International Olympic Committee President Thomas Bach watch the closing ceremony of the 2014 Winter Olympics, Sunday, Feb. 23, 2014, in Sochi, Russia. (AP Photo/Charlie Riedel)/OLY122/154282507834/1402231743

Vladimir Poutine et Thomas Bach, le président du CIO, à Sotchi, le 23 février 2014 (C. RIEDEL/SIPA).
Cette rivalité n’a pas totalement disparu, et ce malgré la chute de l’URSS. Les récents développements autour du dopage russe sont révélateurs non pas d’une nouvelle Guerre froide sportive (il n’est plus question d’une opposition entre deux idéologies), mais tout du moins d’un incontestable choc des impérialismes sur fond de concurrence économique exacerbée par la mondialisation.
La Russie est très influente dans le monde du sport
De l’ère soviétique à aujourd’hui, les Russes ont toujours énormément misé sur le sport. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que des soupçons de dopage d’État pèsent sur ce pays. Glaner des médailles est un moyen d’affirmer sa puissance à l’extérieur, mais aussi d’impressionner et galvaniser sa propre opinion publique, et tout ou presque est permis pour y arriver.
Vladimir Poutine est un adepte de ce que l’on pourrait nommer la « stratégie du muscle », celle de la démonstration de force tant sur le plan militaire et politique que sportif. Et les trois sont liés ! Non seulement il exhibe ses muscles et ses talents de judoka, mais il se sert des champions et championnes russes comme des outils de marketing politique. Le président russe considère aussi et surtout ce domaine comme un formidable vecteur du soft power.
Si de moins en moins de démocraties occidentales misent sur l’imaginaire viril du sport pour promouvoir l’image de leur pays, la Russie, elle, n’a pas abandonné ce terrain-là, bien au contraire. La continuité avec la période soviétique est évidente. Mais, plus largement, c’est la puissante Russie des Tsars que Poutine semble déterminé à ressusciter par ce biais notamment, car le sport lui permet de réactiver le nationalisme grand-russe.

FILE - In this file photo taken Saturday, March 8, 2014, Russian President Vladimir Putin, foreground, watches downhill ski competition of the 2014 Winter Paralympics in Roza Khutor mountain district of Sochi, Russia, as Russia's sports minister Vitaly Mutko stands behind. On Monday, July 18, 2016 WADA investigator Richard McLaren confirmed claims of state-run doping in Russia. (AP Photo/RIA-Novosti, Alexei Nikolsky, Presidential Press Service)/FOS105/16200480461831/FILE POOL PHOTO TAKEN SATURDAY, MARCH 8, 2014/1607181535

 Vladimir Poutine lors des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, le 8 mars 2014 (A. NIKOLSKY/SIPA).
Devenus très actifs au sein du monde olympique au fil des années 1960 et 1970, les Russes sont aujourd’hui très influents au sein de plusieurs fédérations internationales sportives (FIS), particulièrement dans les sports de combat. Le ministre russe des sports, qui est président du Comité d’organisation du Mondial 2018 de football en Russie, est même membre du comité exécutif de la FIFA ! C’est du jamais-vu : même les Soviétiques n’étaient pas allés jusque-là…
Dernier signe révélateur de cette ambition sportive des Russes : leur tentative, récente et manquée, de prise de contrôle de SportAccord, le consortium des FIS olympiques et non-olympiques qui conteste de temps à autre au CIO sa légitimité comme institution faîtière du sport mondial.
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 Propos recueillis par Sébastien Billard
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Édité par Sébastien Billard  Auteur parrainé par Louise Pothier

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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