Japon : Naruhito, futur empereur dans les pas de son père

Le Monde | 09.08.2016

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Le prince discret qui succéderait à l’empereur
L’évocation, lundi 8 août, par l’empereur du Japon Akihito de son désir d’abdiquer met en lumière le prince héritier, d’un naturel plutôt discret mais n’hésitant pas à afficher des convictions fermes.
Agé de 56 ans, Naruhito pourrait bientôt devenir le 126e empereur et poursuivre l’œuvre entreprise pas son père, à qui il se prépare à succéder d’ici à 2018. Il s’entendrait très bien avec le souverain actuel, ce qui devrait garantir une transition en douceur que ce dernier souhaite.
Il faudra d’ici là que le gouvernement nippon résolve un casse-tête, car si les Japonais comprennent le souhait du populaire mais vieillissant souverain, l’abdication n’est pas prévue par la loi de 1947 sur la maison impériale.
Comme Akihito, son fils est favorable à un allégement du fonctionnement de l’institution. « A sa manière et suivant les tendances du temps, il devrait s’efforcer de rapprocher encore plus la monarchie du peuple », estime Kenneth Ruoff, directeur du Centre d’études japonaises de l’université de Portland (Etats-Unis) et auteur de The People’s Emperor (Harvard East Asia Monograph, 2001) sur le rôle des empereurs nippons depuis 1945.
« Mondes inconnus »
Passionné et diplômé d’histoire, Naruhito porte un regard similaire à celui de son père sur le passé militariste nippon. Le 23 février 2015, lors de la conférence de presse annuelle donnée pour son anniversaire, il avait appelé à « considérer le passé avec humilité ». Rappelant qu’il n’avait lui-même « pas connu la guerre », il avait souligné…
Passionné et diplômé d’histoire, Naruhito porte un regard similaire à celui de son père sur le passé militariste nippon. Le 23  février 2015, lors de la conférence de presse annuelle donnée pour son anniversaire, il avait appelé à  » considérer le passé avec humilité « . Rappelant qu’il n’avait lui-même  » pas connu la guerre « , il avait souligné l’importance pour  » les générations qui ont vécu la guerre «  de transmettre  » correctement à celles qui ne les ont pas connues, les expériences et l’histoire tragiques du Japon « .
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Cette prise de position, l’année du 70e anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale, avait été perçue comme une critique voilée de la tendance révisionniste observée au sein du gouvernement du premier ministre, Shinzo Abe. Comme son père, il est attaché à la Constitution et au rôle que ce texte lui assigne, être un  » symbole de l’Etat et de l’unité du peuple « .
Né en  1960, Naruhito, l’aîné du couple impérial, fut le premier prince à être élevé par ses parents. Son père, Akihito, avait souffert d’être, selon la tradition, séparé dès ses 3 ans de ses parents pour être éduqué par des chambellans et des précepteurs. Dès sa jeunesse, Naruhito se passionne pour les routes et les transports.  » Comme ma vie ne me laisse que peu de chances de sortir librement, a-t-il déclaré, les routes sont pour moi un lien précieux vers des mondes inconnus. « 
Cet intérêt pour le monde extérieur se traduit dans ses choix d’études. Diplômé d’histoire au début des années 1980 de l’université Gakushuin, il passe ensuite deux ans au Merton College de l’université britannique d’Oxford, où il rédige une thèse sur la navigation et le commerce sur la Tamise au XVIIIe  siècle.
Ce joueur d’alto, également coureur et randonneur, garde un souvenir particulier de ce séjour en Grande-Bretagne, où il a pu s’étonner des manières relativement détendues de la famille royale britannique.  » La reine Elizabeth II se verse le thé et sert les sandwiches « , s’étonne-t-il alors. A sa résidence est accroché un poster de l’actrice américaine Brooke Shields.
Naruhito est marié à Masako Owada, une roturière rencontrée lors d’un thé donné en novembre  1986 en l’honneur de l’infante Elena d’Espagne. Fille du diplomate et ancien président de la Cour internationale de justice, Hisahi Owada, diplômée d’Harvard et d’Oxford et promise à une brillante carrière diplomatique, elle a accepté, fin 1992, sa troisième demande en mariage.
La princesse Masako dépressive
Elle avait auparavant refusé car, habituée à une réelle indépendance, elle redoutait les pesanteurs de la vie au sein de la famille impériale. Pour cette union, le prince héritier a également dû surmonter les réticences de l’agence de la maison impériale, responsable du protocole, qui voyait d’un mauvais œil son statut social.

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Marié en grande pompe en  1993, le couple a une fille, la princesse Aiko, née en  2001, mais pas de fils. La pression qu’elle subit depuis pour donner au Japon un héritier mâle a largement contribué à la dépression dont souffre depuis 2003 la princesse Masako. Ses problèmes l’ont obligée à fortement réduire ses activités officielles, qu’elle reprend progressivement depuis 2012.
En mai  2004, Naruhito avait publiquement défendu son épouse et fustigé son entourage, la lourdeur protocolaire ayant à ses yeux  » agi pour annihiler la carrière diplomatique de Masako et étouffer sa personnalité « . Cette défense de la liberté et de la dignité de sa compagne avait surpris.
La question du rôle que la nouvelle impératrice pourrait jouer est posée.  » Elle pourrait surprendre agréablement, estime le professeur Ruoff. C’est très difficile à prévoir. «  Masako pourrait s’inspirer de l’actuelle impératrice Michiko. Egalement roturière et ayant souffert d’une dépression, elle a su se faire apprécier du peuple.
© Le Monde
Par Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance)
Japon Le couple impérial Akihito et Michiko, entouré de la princesse Masako et du prince héritier Naruhito le 2 janvier 2016.  © © Yuya Shino / Reuters

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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