Le Brésil, premier exportateur mondial de biocarburants et champion de la déforestation

Charlie Hebdo – 10/08/2016 – Fabrice Nicolino – 
plantation-production-ethanolLe Brésil est le premier exportateur mondial de biocarburants, ce crime bien propre qui change des cultures alimentaires en carburant automobile. Comment ? Grâce à la canne à sucre. Ainsi, au Brésil, 90 % des bagnoles neuves sont dites Flex, elles roulent aussi bien à l’essence qu’au bioéthanol provenant de la canne à sucre. C’est génial ! Des paysans pauvres, souvent venus du Nordeste, coupent du matin au soir la canne, qui finira dans les réservoirs de Sao Paulo. Pour des queues de cerises, comme il se doit. Quelle surface pour le bioéthanol ? Environ 5 millions d’hectares. Lu la s’est fait une spécialité des voyages commerciaux en Afrique, où il vante en VRP les avantages du biocarburant brésilien. 
Manque de bol, des émeutes de la faim éclatent dans le monde entier au printemps 2008. Les biocarburants sont accusés de faire monter les prix, mais pour le Président Lula, qui en connaît un rayon, ce n’est pas Dieu possible. Citation de la même époque : « Ne me dites pas, pour l’amour de Dieu, que la nourriture est chère à cause du biodiesel ! » Faut-il ajouter que le business est dans les mains de transnationales ?

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L’autre délire de l’agriculture intensive s’appelle le soja (transgénique). Inconnu jusque dans les années 1970, il couvrirait aujourd’hui autour de 25 millions d’hectares, soit bien plus que toutes les terres cultivables de France. Des millions de tonnes sont déchargées chaque année à Lorient ou à Brest, pour nourrir d’OGM notre si beau cheptel à nous.
On ne va pas raconter en deux mots les conséquences en chaîne de telles révolutions. Mais on peut dire deux mots de la forêt amazonienne, bien commun de l’humanité s’il en est. Le soja transgénique et la canne à sucre sont les lèpres qui grignotent inéluctablement tout le reste . Ce qu’on appelle le front agricole ne fait qu’avancer au détriment de la forêt. Les gigantesques pâturages à bovins deviennent peu à peu des cultures arrosées d’engrais et de pesticides, et les éleveurs détruisent la forêt pour reconstituer leurs territoires. Lula n’a cessé de jurer que le soja et le bioéthanol limitent la déforestation.
Cette grande forêt soluble dans le soja
La forêt d’Amazonie appartient-elle aux maîtres provisoires du Brésil ? Elle couvre environ la moitié de tout ce qui reste de forêts tropicales dans le monde, soit environ 5 500 000 km2. Tout président qui se respecte annonce rituellement que la déforestation diminue, que les images satellites montrent de grands progrès, et que la défense de la « Grande Forêt » est ne cause sacrée. C’est bon pour l’image internationale, mais c’est bien entendu un pipeau total.
Bien que les chiffres demeurent incertains, on pense que, entre 1970 et 2004, 575 000 km2 de forêts ont été détruits, soit davantage que toute la surface française. pour l’essentiel la forêt est remplacée par des pâturages destinés à nourrir une folle armada de 220 millions de bovins, plus nombreux que les habitants. Puis il y a le soja transgénique et la canne à sucre, eux-mêmes prenant la place de pâturages, ce qui « oblige » les éleveurs à déforester encore plus.
Qui trinque, outre les animaux et les plantes ? Les Indiens, bien sûr. Les Guaranis, par exemple, étaient environ 5 millions en 1500, à l’arrivée des premiers colons. Ils ne sont plus que 45 000, traqués par les pistoleros des grands propriétaires terriens. Ces derniers, souvent appelés « absentéistes », peuvent posséder 100 000 hectares ou plus, mais vivent à Rio, à New York ou à Londres. De passage à Paris, en 2015, Valdelice Veron, l’une des porte-parole des Guarani résumait ainsi l’affaire : « Le soja et l’éthanol sont produits avec le sang des indiens Guarani-Kaiowa. »

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