Santé : le jeûne : effet de mode ou prise de conscience ?

Du mensuel gratuit Biocontact – juillet/août 2016 – Thomas Uhl*, naturopathe –
On ne parle que de ça, de détox, de jeûne, de monodiètes. Est-ce un effet de mode ou bien le témoin d’un réel besoin, d’une nécessité de prendre soin de soi ? En tout cas, un vrai phénomène de société dont nous ne sommes qu’au début.

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Depuis quelques années, les médias se sont emparés du sujet, prônant pour certains ses vertus, les détraquant pour d’autres. Quoi qu’il en soit, les projecteurs sont désormais orientés sur le jeûne et ses vertus tant préventives que curatives.
Nous devons d’ailleurs cet engouement au fameux documentaire réalisé par Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade, Le Jeûne, une nouvelle thérapie ?  (Arte). Il est aussi intéressant de souligner que le même documentaire porte le nom suivant en Allemagne : Le Jeûne, les dernières découvertes scientifiques. Les Allemands ont à juste titre au moins 30 ans
d’avance sur le sujet ! Depuis, de nombreuses émissions télévisuelles, radio et journaux en parlent, mettant aussi en avant les derniers travaux de Valter D. Longo, gérontologue italo-américain et professeur de biologie spécialisé en biologie cellulaire et en génétique, sur les vertus du jeûne et de la chimiothérapie conjuguées pour combattre le cancer.
Pour ou contre ? Ce qu’en dit le corps médical…
Le corps médical français est à ce sujet encore très timide. Beaucoup de médecins le conseillent mais encore très peu ouvertement. Dernièrement, la plupart des médecins s’entendent sur le jeûne séquentiel de 16 heures, également appelé jeûne intermittent, dont les vertus sont acceptées par tous. En France, malgré les nombreuses recherches et les résultats cliniques de nos voisins allemands, russes et américains, nous avons encore du mal à intégrer la vision du jeûne dans une
approche tant préventive que curative. Le dernier rapport de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) sur le sujet ne fait pas mention de toutes les études et reste circonspect quant à la méthode possible d’analyse à mettre en place pour réaliser des études scientifiques sur le sujet. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons que souhaiter et encourager une étude française afin de mettre tout le monde sur le même diapason et structurer les offres de jeûne en sécurisant la démarche pour les participants.
En tous les cas, de plus en plus de médecins conseillent le jeûne. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui jeûnent pour leur santé personnelle ! Cependant, cette pratique ne faisant pas encore partie aujourd’hui de l’arsenal thérapeutique, un médecin reste toujours vigilant en conseillant cette pratique qui, autrefois, était une solution de premier choix des médecins. Hippocrate disait même : « Lorsque le corps est chargé d’humeurs impures, faites-lui supporter la faim, elle assèche et purifie. » Enfin, certains centres à la pointe de la recherche le conseillent, mais toujours timidement…
Quelle acceptation dans la société ?
Le regard de la société française sur le jeûne est littéralement en train de changer. Il y a quelques années, jeûner pouvait être synonyme d’appartenir à une secte. Aujourd’hui, même les plus grands chefs d’entreprise s’y mettent, une vraie culture de la détox et du jeûne étant en train d’émerger : des hauts fonctionnaires d’État, des médecins, des managers, des cadres supérieurs, toutes les couches de la société s’y intéressent, des plus riches aux moins aisés. Certes, une crainte réside toujours parmi les personnes n’ayant pas assez d’informations sur le sujet et le fait de s’arrêter de manger pour quelques jours soulève fréquemment quelques inquiétudes. Ces personnes voient en effet l’alimentation d’aujourd’hui comme une vraie avancée scientifique, alors, pour elles, ne pas manger devient presque de la folie, voire un retour en arrière.
Les différentes motivations
La première motivation de pratiquer un jeûne est souvent le besoin de faire un break, de prendre soin de soi et faire, un temps soit peu, le ménage intérieur. Nombreux sont les participants aux séjours de jeûne qui, aujourd’hui, cherchent aussi à prévenir les maux du quotidien et entretenir ce capital si précieux qu’est notre santé ! Par ailleurs, la perte de poids reste pour la plupart de nos contemporains une motivation importante. Cependant, en découvrant les bienfaits du jeûne sur leur santé physique, elle devient vite secondaire pour la majorité des jeûneurs.
L’occasion d’un nouveau départ pour mieux s’alimenter
foret_minLa plupart des jeûneurs témoignent que les effets de cinq jours de jeûne leur procurent au moins six mois de bienfaits. Par ailleurs, une cure de jeûne contribue à entretenir l’envie de prendre soin de soi (plutôt qu’être dans le fameux « il faut »). En effet, faire une cure, s’y préparer, et tout ce que cela engendre en tant qu’organisation, coûts financiers, etc., n’est pas anodin. Aussi, la plupart des personnes sont vigilantes à ne pas détruire ce qui a été entrepris mais veillent plutôt à en prendre soin. C’est aussi une question de bon sens : quand on se sent bien, on a tout simplement envie de continuer à ressentir cet état de bien-être et de le prolonger. De nombreuses personnes profitent alors du jeûne pour arrêter de fumer, ralentir leur consommation de café, de viandes rouges, de produits raffinés… Et le plus spectaculaire, c’est que la plupart témoignent que cela se fait tout seul, avec finalement très peu d’effort. Surprenant !
La popularité des cures de jeûne

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En France, quelques personnalités ont été des précurseurs, comme Désiré Mérien avec le jeûne hygiéniste, qui consiste en un jeûne hydrique, à base d’eau et beaucoup de repos. Dans ce type de jeûne, l’effort est proscrit, ce qui s’oppose à la pratique du jeûne et randonnée, développée notamment par Gisbert Bolling, créateur de la Fédération française jeûne et randonnée qui compte aujourd’hui 35 organisateurs répondant tous à une charte de fonctionnement. D’autres organisations voient aussi le jour, comme le mouvement « Jeûne et Bien-être », « VitaDetox & Cie » …
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Jeûner hors de chez soi, éventuellement associé à la randonnée, au sein d’un groupe de personnes qui partagent la même démarche et se soutiennent, apporte un vrai plus.
Des séjours de jeûne sont organisés depuis 25 ans en France, mais l’engouement général pour cette pratique date de 2012, année de sortie du fameux documentaire sur le jeûne. Si la majorité des cures de jeûne proposées aujourd’hui sont accompagnées par des naturopathes qualifiés, et des accompagnateurs de montagne diplômés pour les séjours de jeûne et randonnée, il est toujours bienvenu, avant de choisir un centre, de se renseigner sur les compétences et qualifications des accompagnateurs.
Entre gratuité et séjour de luxe…
Jeûner, une démarche peu onéreuse ? Tout dépend, de la structure que vous choisissez. Aujourd’hui en France, vous trouverez des propositions de cures de jeûne en centre d’hébergement depuis la formule gîte ou chambre d’hôte jusqu’à la formule 5-étoiles. Il y en a pour tous les budgets, allant de 400 euros pour les séjours sous tente à 3 000 euros dans des lieux et sites d’exception.
Mais si, pratiqué chez soi, le jeûne est gratuit, mieux vaut pour une première fois, afin de s’initier à cette démarche, être accompagné pour en comprendre les mécanismes physiologiques Et si notre santé le permet, pourquoi pas le réaliser ensuite chez soi ? Cependant, l’entreprendre hors de chez  oi, éventuellement associé à la randonnée, au sein d’un groupe de personnes qui partagent la même démarche et se soutiennent, apporte un vrai plus, tel un rendez-vous annuel pour prendre soin de soi.
* Et si je mettais mes intestins au repos ? De Thomas Uhl, éd. Solar.
On le sait désormais, la santé passe aussi par nos intestins. L’alimentation industrielle, le stress et la sédentarité contribuent à l’encrassement des intestins et favorisent les maladies dites de civilisation (fatigue,obésité, diabète, problèmes cardiovasculaires). Et si, surmenés comme nous, nos intestins demandaient un peu de mise au repos pour mieux repartir et retrouver forme et vitalité ? Dans cet ouvrage, le naturopathe Thomas Uhl explique comment une détox, une monodiète ou un jeûne sont bénéfiques à la vitalité de l’organisme et rééduquent le métabolisme à se contenter du strict nécessaire. S’appuyant sur de nombreuses études scientifiques, l’auteur tord le cou aux idées reçues sur le jeûne thérapeutique ou séquentiel, souvent sujet à controverses. Un ouvrage indispensable pour comprendre comment fonctionnent nos intestins, en action ou au repos.
La pratique du jeûne en Allemagne
Le jeûne thérapeutique et préventif est beaucoup plus développé en Allemagne que partout ailleurs en Europe et dans le monde. Certaines assurances maladie privées allemandes remboursent même les frais liés à une cure de jeûne dans des établissements spécialisés comme des cliniques privées ou des hôpitaux publics. Le jeûne thérapeutique est reconnu par le système allemand et donne droit à une spécialisation médicale, ajoutant le jeûne à l’arsenal de soins.
Sans titreLa fameuse clinique Buchinger-Wilhelmi, au bord du lac de Constance, à la frontière entre l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche, fait référence en la matière. Chaque année, environ 5 000 personnes s’y rendent pour réaliser un jeûne sous surveillance médicale. Plus de 250 000 personnes ont déjà jeûné dans cette fameuse clinique. Pour comparaison, on compte environ 6 000 personnes par an en France qui entreprennent un jeûne !
Certains hôpitaux universitaires comme à Essen ou à Berlin proposent aussi des jeûnes thérapeutiques. Depuis 90 ans, les troubles tels que l’arthrite, le surpoids, le diabète, les migraines, les allergies, les rhumatismes y sont traitées. En ce qui concerne les organisations de jeûne et randonnée, il en existe plus de 300 ! (Soulignons ici le père du jeûne et randonnée en Allemagne, Christopher Milch.)
Au vu de la généralisation de la pratique du jeûne en Allemagne, on y compte plus de 2 millions de jeûneurs chaque année.
Une liste des lieux, classés par régions, où vous pouvez jeûner, ou apprendre à jeûner

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