Lettre ouverte d’un simple citoyen. –  » Je ne peux pas me taire « 

La Nouvelle République  20/08/2016
Ahmed Ben Djillali est Français. Musulman. Conseiller municipal. Parce que les attentats l’ont meurtri, il a pris la plume. Lettre ouverte d’un simple citoyen.
Pourquoi cette «  Lettre ouverte d’un simple citoyen  » ?
 « La succession des attentats avec Merah, les assassinats de trois enfants dans une école juive, la tuerie de l’Hyper Cacher, le massacre à Charlie Hebdo, l’attentat de Nice… Et plus récemment, le prêtre de plus de 80 ans qu’on a égorgé dans une église alors qu’il prêchait la bonne parole. C’est ce qui a déclenché ma démarche. On s’attaque à un symbole de la croyance, ça me touche au plus profond de mon âme. Je ne peux pas me taire. On ne peut pas se taire. »

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Ahmed Ben Djillali : « On ne peut pas se taire devant ces attentats atroces. »
Vous vous exprimez en tant que simple citoyen mais pas seulement…
« Je suis conseiller municipal à Châtellerault et je m’exprime aussi en tant que père de famille. On ne peut pas accepter ces choses-là. »
«  Les terroristes islamistes sont des assassins  »Les musulmans doivent-ils prendre la parole plus souvent pour condamner ces atrocités ?
« Je suis citoyen français. Je suis élu de la République. Je suis de confession musulmane. On ne peut pas accepter ce genre d’actes au nom de l’islam. Ce ne sont pas des musulmans ! Les terroristes islamistes sont des assassins. Ils tuent aussi des musulmans. La communauté musulmane en France est victime de ces actes et montrée du doigt avec les amalgames que certains peuvent faire. »
Comment ressentez-vous le climat à Châtellerault ?
« C’est une ville paisible qui, comme partout en France, a son lot de délinquance. Je fréquente la mosquée de Châtellerault, notamment le vendredi, jour de sermon. Les jeunes musulmans s’interrogent sur ce qui se passe, ils condamnent. On est montré du doigt parfois. On est Français. Il n’y a aucun discours haineux. »
Sauf si certains pratiquent la «  taqiya  » ou l’art de la dissimuler ses croyances, ses intentions…
« C’est toujours possible mais sur ce que je vois, sur ce que j’entends ou ce qu’on me rapporte, ce n’est pas ça. C’est plutôt de la condamnation. »
On parle beaucoup (trop ?) du burkini en ce moment et des arrêtés de mairies pris pour les interdire. Quel est votre avis ?
« Est-ce compatible avec la société ? Est-ce un phénomène de mode ? Est-ce que ça crée un conflit ? Prendre un arrêté pour ça, est-ce la solution ? Je n’en sais rien. C’est aux femmes concernées de se poser ces questions. Je reprendrais les propos de Jean-Pierre Chevènement qui invite [les musulmans] à la discrétion. »
Parle-t-on trop de l’Islam ? Les médias ont-ils une responsabilité ?
« On en parle beaucoup en effet mais il faut faire attention car, derrière, politiquement, ça fait monter les extrêmes. »
Le 28 août, le groupe Tri Yann va se produire à Châtellerault avec un important dispositif de sécurité et notamment l’interdiction des poussettes, des casques, des chaises pliantes… Qu’en pensez-vous ?
« Il faut continuer à vivre. Il ne faut pas tomber dans la panique. En même temps, il faut un minimum de sécurité et interdire tout ce qui peut servir de projectiles. On se doit d’assurer la sécurité des concitoyens, c’est de la responsabilité du maire. »
Que comptez-vous faire après cette lettre ?
« S’il y avait de nouveaux faits, je me montrerais encore plus. Il faut sortir du bois, se réunir ensemble et réfléchir pour faire quelque chose. Il faut en parler avec ses amis, ses voisins. Pour condamner unanimement ses actes atroces commis soi-disant au nom de l’islam. »
il a écrit :
 » Ces assassins ne sont pas et ne peuvent pas être des musulmans « 
Voici l’intégralité de la « Lettre ouverte d’un simple citoyen » signée Ahmed Ben Djillali :
« Bonjour, je vais d’abord me présenter. Ahmed Ben Djillali, devenu Français étant mineur car mes parents d’origine marocaine ont fait le choix de la France. Depuis 2008, je suis conseiller municipal de la ville de Châtellerault et suis très fier d’entamer mon second mandat. Participer à la vie locale est une vraie source d’enrichissement. Etre élu de terrain m’engage quotidiennement auprès des Châtelleraudais. »
« Je ne peux me taire face aux deux drames qui viennent de frapper la France : l’attentat de Nice et celui de Saint-Etienne-de -Rouvray. Deux symboles sont attaqués, celui de la République au travers de sa Fête nationale et celui de la croyance religieuse. Je suis meurtri en ma qualité d’élu, profondément peiné et endeuillé en tant que croyant. »
« Le jour du 14 Juillet, j’étais au balcon avec famille et amis afin d’admirer le magnifique spectacle du feu d’artifice de Châtellerault. Pour terminer cette belle soirée, nous sommes rentrés pour regarder celui de Paris à la télévision. Il était splendide. Mais en bas de l’écran apparut un flash spécial. L’horreur venait de se produire à Nice. Une ville que je connais bien. »
« Le 26 juillet, à 12 h, dans le cadre de mon activité professionnelle j’ai dû vérifier le bon fonctionnement d’une antenne satellite. En manipulant les chaînes, un flash spécial en bas de l’écran, un drame survenu à Saint-Etienne-du- Rouvray. Par deux fois des sensations de colère, de rage, de haine m’ont envahi. »
« Quels assassins venaient de tuer lâchement des civils, des familles, des enfants, des innocents ? Une crainte, une interrogation est venue à mon esprit : pourvu que les auteurs de ces atrocités ne soient pas des «  Arabes  ». Malheureusement les faits ont confirmé mes craintes. Je suis de confession musulmane et je ne peux pas accepter que ces individus puissent commettre de tels actes au nom de l’islam. C’est inacceptable et impossible à concevoir. Un texte du Coran dit ceci : «  Qui tue un être humain a tué toute l’humanité  ». Tout mon entourage familial et amical a condamné cet acte odieux et inacceptable. Ces assassins ne sont pas et ne peuvent être des musulmans. Ils ne représentent pas l’islam. Ils ne représentent qu’eux-mêmes dans l’horreur, la barbarie et l’indignation. »
« Le poète Tahar Djaout a dit : «  Le silence, c’est la mort, et toi, si tu te tais, tu meurs et si tu parles, tu meurs. Alors, dis et meurs !  » Nous n’avons pas d’autre choix que de nous réunir, de dire, d’agir collectivement pour faire cesser ces abominations. Plus que de discours c’est des actions concrètes qu’il nous faut mener. Comment ? A nous de les définir et d’agir à notre mesure, en simple citoyen. »
Recueilli par Denys Frétier Vienne – Châtellerault – Attentats
Notes complémentaires : Des centristes s’installent au pays des centristes – 10/06/2016
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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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