Santé – L’homme qui écoutait les plantes

Le Temps 08/08/2016
Claude Roggen est bien plus qu’un droguiste. Car c’est dans la nature qu’il va chercher la réponse à nos maux. Là où il n’y a jamais de mauvaises herbes. Rencontre dans la Broye fribourgeoise

plantes

Claude Roggen, droguiste, chasseur de plantes sauvages, ici dans son jardin. (Pierre-Yves Massot / realeyes.ch) © Pierre-Yves Massot / Pierre-Yves Massot / realeyes.ch
1918616-inline-310x205.jpgromarinSe promener dans la nature avec Claude Roggen n’est pas une mince affaire. Né en 1940, le droguiste de Domdidier, dans le canton de Fribourg, est intarissable lorsqu’il s’agit d’évoquer sa passion pour les plantes. Il marche un mètre, se penche, se saisit d’une feuille et écoute ce qu’elle a à dire.

Lavender field in the summer

Premier arrêt: le romarin, dont une branche trempée dans l’eau froide en compagnie de dame mélisse, sauge, menthe, bref tout ce que vous pouvez avoir dans un jardin, fait une boisson des plus rafraîchissantes. Mais le romarin est aussi un vivifiant. Idéal pour les étudiants à l’heure des examens. Et il suffit souvent de caresser ses feuilles, de humer ses mains, pour retrouver un peu d’énergie. Un pas de côté et voici la lavande, qui fait l’effet contraire. Elle est relaxante.
Du noyer dans la culotte
topelementOrigine, nom scientifique, propriétés, utilisation et entre deux, une foule d’anecdotes pour allier apprentissage et plaisir: le druide de Domdidier est une encyclopédie à cœur ouvert. Il désigne le noyer. Sa recette pour apaiser les irritations de l’entrejambe provoquées par les longues marches? Quelques feuilles dans la culotte et c’est reparti. Que les recrues se le disent.
Dans la région, la droguerie de Claude Roggen était déjà bien connue. On y venait pour ses produits, bien sûr, mais surtout pour ses conseils, son savoir, son bon sens de la campagne. L’affaire a prospéré et ses trois enfants gèrent aujourd’hui trois enseignes, à Domdidier, Estavayer-le-Lac et Romont.
secrets DruideEn plus de nombreux engagements dans les sociétés locales et organisations professionnelles, Claude Roggen s’est mis à proposer des randonnées botaniques et à donner des conférences. Ce printemps, il a franchi un pas de plus en publiant Les secrets du Druide, un ouvrage rédigé par les journalistes romandes Cathy Roggen-Crausaz et Annick Monod et illustré par Etienne Delessert*.
Vidéo
fougèresfougèresbPas besoin d’aller très loin, avec Claude Roggen. Les fougères, par exemple. Il y en a en veux-tu en voilà dans les forêts suisses. Elles agissent comme répulsif naturel pour éloigner les pucerons. Elles luttent contre le varroa dans les ruchers. Pour l’être humain, ses feuilles, appliquées en compresses, soignent les rhumatismes.
Se rouler dans les orties
A Domdidier, sa propriété de 4400 mètres carrés est un vrai jardin botanique, qui abrite plus de 70 plantes médicinales. «Certaines ont poussé toute seule», assure-t-il, ravi de les accueillir. Car pour le droguiste, il n’y a pas de mauvaise herbe, ni de plantes invasives. Chaque plante a un rôle à jouer. La très pénible ortie, par exemple, est un excellent engrais après avoir macéré dans l’eau. Et contre les rhumatismes et les douleurs articulaires, rien de tel que se rouler dans les orties.

ortie

Claude Roggen n’a jamais fini d’apprendre. Mais il a commencé avec trois fois rien, c’est-à-dire un commerce, situé au rez-de-chaussée de son logement. «Au début, je vendais de tout: de la peinture, des semences, des balais. Avec mon épouse Vreni, nous devions nous en sortir avec cent francs dans le porte-monnaie pour un mois. Petit à petit, j’ai revu tout l’assortiment. Je me suis également formé, à commencer par la phytothérapie», raconte-t-il.
Le terreau est propice. Il y a, dans le village, un médecin, le Dr Remy Goumaz, qui partage ses soucis face à l’évolution des habitudes de consommation. Alors Claude Roggen persévère. Contre les médicaments peu efficaces ou inappropriés, contre les denrées alimentaires sorties tout droit des usines, sans valeur nutritive, contre les mauvaises habitudes. «Lorsque j’ai découvert qu’on allait donner des tablettes de fluor à tous les écoliers, je me suis mis en colère. Je ne trouvais pas normal de forcer des enfants à prendre un médicament délivré par ordonnance. De plus, il s’agissait d’un pur produit de l’industrie américaine qui fabriquait ces tablettes à partir de résidus d’aluminium, alors que du fluor, il y en a naturellement dans le sel. On en consomme d’ailleurs même trop.» Et le petit droguiste de Domdidier a gagné cette manche.
Retour aux sources

Rogeen

Mais il n’aime pas faire la morale. Il préfère encore sortir son bâton de pèlerin et retourner aux sources. «Au fond de mon cœur, je ne suis pas un commerçant, confie-t-il. Car je n’ai pas fait ce métier pour vendre des cures, comme on me l’a enseigné à l’école. Et je ne propose pas ce que je n’achèterais pas moi-même». Si bien que ses clients ressortaient parfois de sa boutique les mains vides, ou alors avec un petit sachet de graines de lin et la tête remplie de bons conseils.
Pour Claude Roggen, le meilleur remède commence par une saine alimentation, composée de produits frais, le moins transformés possible. «On ne devrait jamais acheter un produit qui nécessite de la publicité pour se vendre. C’est mauvais signe.» Le droguiste est intarissable sur le sujet et il en fait une philosophie de vie. «J’ai toujours considéré que mon rôle était de rappeler ce qu’il faut avoir sur la table pour prévenir bien des maux. Personne d’autre ne le dit car il n’y a rien à gagner.»
On l’a compris, le droguiste ne porte pas dans son cœur l’industrie agroalimentaire et la pharma, capables d’inventer des problèmes pour prétendre ensuite les atténuer à grands coups de pilules ou de yoghourts estampillés «bon pour…». «Alors que tout est dans la nature, poursuit-il. Suffit d’y puiser ce dont nous avons besoin. Malheureusement, la société actuelle s’éloigne de ce savoir ancestral».
* «Les Secrets du druide», Claude Roggen, Editions du Bois Carré, www.boiscarre.ch

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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