La grande ruée vers le privé des cabinets ministériels

Le Canard Enchaîné – 17/08/2016 – Odile Benyahia-Kouider – 
Sauve qui peut, les chaloupes à la mer ! A neuf mois des élections présidentielles, les membres des cabinets ministériels, de l’Élysée à Matignon en passant par Bercy, cherchent par tous les moyens à se recaser tant qu’il en est encore temps. Sur les 42 collaborateurs nommés en mai 2012 par François Hollande à l’Élysée, il n’en reste plus que six à ses côtés. Et tous les « gros poissons » sont partis.
Secumar-free-100-4Boris Vallaud, actuel secrétaire général adjoint de l’Élysée, le recommande sans détour aux conseillers du Château :  » Si vous recevez une offre intéressante, surtout, n’hésitez pas !  »  Même consigne à Matignon. Dans la course aux belles places, un sésame en particulier s’avère précieux : le titre d’ex-condisciple de Hollande dans la promotion Voltaire (1980) de l’ENA. Première directrice de cabinet du Président, Sylvie Hubac a ainsi atterri à la Réunion des musées nationaux, tandis que Pierre-René Lemas, secrétaire général de l’Élysée a hérité de la direction générale de la Caisse des dépôts (CDC). Un très beau camembert ! Il fallait bien remercier l’ancien préfet d’avoir chauffé la place Élyséenne pour une autre « voltarien » plus cher au cœur du Président, Jean-Pierre Jouyet.
Quel que soit le talisman, cependant, nul n’est assuré de rien : les fromages de la République sont de moins en moins nombreux. D’ailleurs, la plupart des membres des grands corps font aujourd’hui « du cabinet » dans l’espoir de pantoufler ensuite dans le privé. Et de monnayer leur carnet d’adresses. Certains multiplient même les aller-retours pour faire monter leur cote, sous l’œil plutôt bien veillant de la commission de déontologie. On les a surnommés les « rétropantoufleurs »…
Michel Sapin a eu le plus rand mal à recruter un nouveau directeur de cabinet pour remplacer Claire Waysand. Le lauréat : Thierry Aulagnon, 66 ans, déjà dircab de Sapin lorsque ce dernier occupait, sous Mitterrand, le même poste à Bercy (1992-1993). Le hic : depuis quinze ans, et jusqu’à l’an dernier, Aulagnon dirigeait la banque d’investissement de la Société générale. Laquelle entretien des relations avec quasiment toutes les grandes entreprises françaises. Sans compter que Bercy doit prochainement se prononcer sur l’épineux dossier d’allégement fiscal dont a bénéficié la Société générale dans le cadre de l’affaire Kerviel. Qu’à cela ne tienne : Sapin a dressé une liste des sujets interdits à son dircab. Et l’heureux élu arrive encore à travailler ?
Sénateur PS de Paris, Davis Assouline a été bombardéau poste envié (et doté de quelques avantages en nature) de « parlementaire en mission » auprès de la ministre de la Culture, Audey Azoulay, et des deux éminences chargées des Sports, Patrick Kanner et Thierry Braillard. Sa mission pour six mois, telle que définie au Journal Officiel ? Préconiser des mesures susceptibles d' »améliorer l’accès du public à la diffusion d’évènements sportifs d’importance majeure et le renforcement médiatique de disciplines sportives ou de pratiques émergentes« . Ouf ! C’est avec angoisse que la France sportive attend désormais devant les téléviseurs les résultats de cette gamberge de compétition.

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