Les Anglais vont-ils bouter l’EPR ?

La Décroissance – septembre 2016 – Stéphane L’homme –
L’industrie nucléaire devait nous apporter un avenir radieux, nous offrir une électricité abondante, propre, à très bas prix, nous garantir l’indépendance énergétique et blablabla. Il semblerait bien que la grande duperie ne prenne plus.Tant et si bien que le record du projet nucléaire le plus désastreux est en passe d’échapper à EDF : la Grand-Bretagne, qui vient de déclarer son indépendance, se demande s’il est raisonnable de lancer un calamiteux chantier de réacteurs EPR.
Depuis plus de 50 ans, c’est toujours la même histoire : le lobby nucléaire a tout prévu, tout manigancé… et finalement l’affaire dérape, dérive et finit dans le décor. On peut citer des exemples célèbres comme l’aventure dramatique du surgénérateur Superphénix. Face à des manifestations massives, regroupant jusqu’à 70 000 personnes, L’État déclencha une répression suffisamment violente pour tuer un manifestant – Vital Michalon, le 31 juillet 1977 – et désamorcer la mobilisation. De puissantes campagnes de désinformation ont assommé la population avec des plaisanteries comme « Avec Superphénix, nous allons produire plus de matières fissiles que nous en consommerons« , ou « Nous allons créer des emplois » et même, essayez de ne pas vous étouffer de rire, « Nous allons produire une énergie propre et illimitée« . La voie était donc libre mais le danger venait en réalité… des atomistes : ils ne parvinrent jamais à faire fonctionner leur cher joujou, lequel fut fermé en 1997. 

48th-anniversary-of-first-tv-broadcasting-of-les-shadoks-6231897669632000-5728116278296576-ror

Un scénario comparable se déroule à Cadarache (Bouches-du Rhône) où le réacteur Iter, en construction depuis 2007, est censé parvenir à la maîtrise de la fusion nucléaire. Cette fois, la mobilisation ne fut pas suffisante pour « justifier » la mort d’un manifestant. De puissantes campagnes de désinformation ont à nouveau assommé la population avec des plaisanteries comme « Avec Iter, nous allons mettre le soleil en bouteille » ou « Nous allons créer des emplois » et même, reprenez votre respiration, « Nous allons produire une énergie propre et illimitée« . Mais, à nouveau, les atomistes s’occupent de tout : budget explosé, chantier sans fin, malfaçons innombrables, et surtout impasse technologique; ce n’est plus qu’une question de temps, mais inévitablement, il faudra bien reconnaître l’échec complet du projet.
Exit l’EPR
hinkc-nostickerNous pourrions raconter divers autres « exploits » atomiques mais il en est un qui mérite toute notre attention, d’autant qu’il est au cœur de l’actualité : le projet d’EDF de construire deux réacteurs EPR en Grande-Bretagne, à Hinckley Point. Le critère préliminaire, à savoir l’absurdité totale de l’affaire, est incontestablement au rendez-vous : considérant les déconfitures inouïes des premiers chantiers de réacteurs EPR, en Finlande, à Flamanville (Manche) et en Chine, seuls des atomistes et des politiciens français, bornés et aveugles, peuvent encore croire en ce machin.
Cette fois encore, le lobby nucléaire avait mis toutes les chances de son côté. En particulier, il lui fallait trouver du côté britannique des gens aussi stupides ou malhonnêtes (ou les deux) que du côté français et c’est carrément le Premier ministre qui avait été recruté : David Cameron avait donc validé le projet et offert à EDF des conditions financières improbables, en particulier une garantie d’achat de l’électricité à un tarif absurdement élevé et ce pendant pas moins de … 35 ans ! Tout avait donc été prévu pour un nouveau « triomphe » de l’industrie nucléaire française, propre à reléguer Superphénix, Iter et Flamanville au rang d’aimables plaisanteries.
Mais subitement, par la grâce du Brexit, tout s’est effondré. En « habile » politicien, M. Cameron organisa ce référendum dont il était certain de sortir vainqueur… mis qui vit les électeurs britanniques choisir finalement la sortie de l’Union européenne. EDF ne put que constater le départ de son pantin et l’arrivée de la dénommée Theresa May qui, paraît-il, ne fait que ce qu’il lui plaît. Un peu vite comparée à l’infâme madame Thatcher, la nouvelle dirigeante britannique ne tardait pas à faire savoir qu’elle reportait toute décision sur Hinckley Point, le temps d’étudier de près le dossier.
La Chine, qui devait participer au financement du projet dans des conditions incroyablement favorables accordées par EDF et Cameron, menace désormais la Grande-Bretagne de lourdes rétorsions économiques si tout est annulé. Mais May semble déterminée à mettre le holà, appuyée en cela par les milieux économiques. Non, ces gens ne se sont pas subitement transformés en activistes antinucléaires, ils craignent les conséquences du désastre industriel et financier programmé par EDF : que la France continue de se ruiner avec les inepties de son lobby nucléaire, fort bien, mais aucune raison pour Londres de se laisser entraîner dans l’abîme.
Il reste à attendre la suite de l’affaire, mais les dirigeants d’EDF sont pessimistes : ils vont probablement échouer dans leur projet de gaspiller des dizaines de milliards, de ruiner simultanément la France et la Grande-Bretagne, d’aider les Chinois à mettre la main sur des secteurs stratégiques, de contrecarrer le développement des énergies renouvelables et des économies d’énergie. La déprime les guette : à quoi bon être pronucléaire si l’on n’arrive plus à nuire gravement ?
sans-titre
      « Si les romains avaient eu l’énergie nucléaire, nous garderions encore leurs déchets« ,                                                          affiche contre l’EPR de Hinckley Point en Angleterre  – http://www.stophinkley.org/
Lire aussi :
Le projet nucléaire d’EDF en Grande-Bretagne contesté (Politis – 23/03/2016)
Criblée de dettes, EDF, l’ancienne fierté nationale devient un problème politique (Le Canard Enchaîné – 27/04/2016)
Le si merveilleux naufrage d’EDF et Areva (Charlie Hebdo – 24/02/2016)

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Energie, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.