TNT chaîne 27 – Franceinfo ringardise BFM et les JT. Son lancement m’a fait très bonne impression

2691323265286L’Obs LE PLUS  03-09-2016  Par François Jost Analyste des médias (1)
LE PLUS. La France compte désormais quatre chaînes d’information en continu. Jeudi 1er septembre, Franceinfo, la chaîne tout-info du service public, a été lancée. Fait-elle mieux que ses concurrentes privées , BFM-TV, I-TELE et LCI ? Notre chroniqueur François Jost juge ses débuts plutôt prometteurs. Explications.

Franceinfo's journalists sit at their desks on September 1, 2016, prior to the launch of the new public news channel Franceinfo at the Maison de la Radio, the French public service radio broadcaster Radio France's headquarters in Paris. Franceinfo, formerly a 24-hour news radio station operated by Radio France, will become as of September 1, 2016 integrated into a new triple media 24-hour platform comprising of a rolling news channel, a reworked news radio station and a news website operating under the same name, the same logo and airing some shared content provided by four public broadcasting groups : France Televisions, Radio France, France 24 and the INA for archival images. The new public news channel will be broadcast on channel 27 of TNT. / AFP PHOTO / MIGUEL MEDINA

Les journalistes de Franceinfo, le 1er septembre 2016 (M. MEDINA/AFP).
Il est bien sûr trop tôt pour juger la nouvelle Franceinfo, mais je dois dire que le lancement de la chaîne m’a fait très bonne impression. On peut certes jouer au petit jeu favori des twittos, critiquer tel ou tel aspect de la mise en scène ou de la mise en image, mais, quoi qu’il en soit, ce qu’on peut voir sur le canal 27 ringardise sévèrement BFM, I-TELE, LCI et les « grands messes » du 20 heures. En zappant sur France 2, l’homme-tronc perdu dans son grand studio vide m’a semblé d’un autre siècle.
 Le changement ne vient pas seulement du fait que les journalistes marchent dans l’open space de la rédaction, mais aussi de leur look et de leurs attitudes : il n’ont plus cet aspect figé des présentateurs, maquillés et coiffés comme des poupées Barbie ou des Playmobil, qui semblent avoir été choisis plus pour leur physique que pour leurs compétences et qui n’ont qu’une chose en tête : leur apparence pour la caméra.
 Les duos de journalistes de BFM, où l’un regarde devant lui sans savoir quelle attitude adopter pendant que l’autre parle, sont définitivement ridiculisés par ce contact simple entre celui qui informe et le spectateur.

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 Une hiérarchie de l’information sérieuse
La représentation de la newsroom au travail n’est pas tout à fait nouvelle, mais il s’agit plus ici de montrer une activité sereine que de reprendre le stéréotype éculé des journalistes qui courent dans tous les sens.
 Autre point important, le fait que la présentatrice ou le présentateur tienne à la main son texte, sans jouer sur le prompteur qui rend transparente l’écriture du journal. Tout est fait pour montrer que l’information se fabrique et qu’elle ne tombe pas du monde entier sans que s’interpose une transformation humaine (on remarque en arrière-fond beaucoup de discussions entre collaborateurs qui connotent une réflexion sur telle ou telle dépêche).
 Chacun aura remarqué les tons pastel, les canapés pour les interviews et ces grandes travées qui dominent la rédaction, mais l’essentiel n’est pas là : ce qui compte, c’est d’abord le traitement de l’information. De ce point de vue, la promesse était forte : il s’agissait de montrer une autre façon de faire de l’information, de prendre du recul par rapport au direct. Dans l’ensemble, elle est tenue.
 D’abord par une hiérarchie de l’information sérieuse : jeudi soir, à 20 heures, la rentrée sous haute surveillance, la première sortie de Macron, le Gabon, un pays déchiré. Certes, on a évité de justesse le marronnier de la rentrée scolaire, mais l’angle de la « sécurité » justifiait le premier reportage.
Un partenariat avec l’INA très précieux
 Le deuxième changement important, c’est la disparition des voix off dans les reportages au profit de phrases qui s’inscrivent sur l’image. Certes, des esprits chagrins regretteront qu’il y ait beaucoup à lire dans l’écran, mais c’est sans compter les avantages de cette nouvelle façon de commenter les images.
 Comme on sait depuis Roland Barthes, l’image est polysémique, le sens y flotte, et le rôle du texte est de « l’ancrer » dans un sens précis. Bien sûr, la voix peut le faire, mais sa relation au visuel est beaucoup plus lâche dans les reportages télévisés, d’autant plus que souvent les journalistes utilisent des « images-prétextes », qui n’ont guère de rapport avec le commentaire, mais qui sont juste destinées à combler un vide. Rien de tel ici, les textes permettent à la fois de suivre l’argumentation (« Pourtant ») et de diriger le spectateur vers ce qu’il doit regarder dans l’image.
 On sait que les téléspectateurs ne retiennent d’un reportage que le début et la fin. Il est permis d’espérer qu’avec cette méthode ils en retiennent un peu plus.
Le troisième changement – et c’est pour moi le plus nouveau –, c’est la contextualisation des informations. Grâce à la présence de l’INA dans le partenariat de Franceinfo, des archives viennent éclairer le présent. Jeudi, on a pu voir un reportage sur la « dysnastie Bongo », qui permettait de comprendre beaucoup mieux la situation actuelle du Gabon ou un autre de jeter un œil sur l’histoire de la rentrée des classes.

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 Quel positionnement pour le 13h de France 2 ?
 Un dernier point distingue les « sujets » de Franceinfo de ceux de leurs confrères : l’utilisation non seulement du texte, mais aussi de l’image pour commenter les faits. Ainsi, ce vendredi matin, un plan humoristique vient « trouer » un sujet sur des promesses de Hollande. Il ne faudrait pas que ces inserts fassent pencher l’information vers l’infotainment, dont on sait où elle commence mais jamais où elle finit.
 Il y aurait encore beaucoup à dire et, surtout, à analyser la place de cette nouvelle chaîne dans l’offre globale du service public. Depuis quelques jours, en effet, le 13h de France 2 penche dangereusement du côté du magazine comme si l’information sérieuse était réservée à la nouvelle venue. Il faudra y revenir.
 Édité par Sébastien Billard  Auteur parrainé par Hélène Decommer
(1) François Jost est professeur à la Sorbonne Nouvelle Paris III, où il dirige le  Laboratoire Communication Information Médias (EA 1484) et le Centre d’Etudes sur l’Image et le Son Médiatiques (CEISME) et où il enseigne l’analyse de la télévision et la sémiologie audiovisuelle. Professeur invité dans de nombreuses universités à travers le monde. Spécialiste de l’image, il a écrit ou dirigé une trentaine de livres sur le cinéma et la télévision. Il a contribué, ces dernières années, à développer en France les études théoriques sur la télévision. Il dirige la revue Télévision (CNRS éditions). Derniers livres parus: De quoi les séries américaines sont-elles le symptôme? (CNRS éditions). Les Nouveaux méchants (Bayard). 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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