Animaux – Les chiens distinguent mots et intonations … comme les humains : L’étude invite les propriétaires de chiens à la modestie …

Le Monde 31/08/2016 Nathaniel Herzberg Reporter sciences
Une étude hongroise montre que le cerveau canin prête attention à la fois à ce que nous disons et à la manière dont nous le faisons.

4990248_6_3faf_les-chiens-devant-l-appareil-a-irm_0b1bfa696207544538c5f9dd49573016

Que ceux qui se sont amusés à dire un jour à un chien  » sombre crétin «  sur un ton enamouré ravalent leur condescendance. La queue pouvait bien bouger, l’animal n’était pas dupe.
Une étude publiée cette semaine dans la revue Science montre que le cerveau canin prête attention à la fois aux mots et aux intonations, autrement dit à ce que nous disons et à la façon dont nous le disons.  » Exactement comme les humains « , sourit Attila Andics, éthologue à l’université Eötvös Lorand de Budapest et premier signataire de l’article.
Spécialiste du langage et du comportement chez les animaux, Attila Andics et son collègue Adam Miklosi tentaient depuis longtemps de cerner les régions du cerveau mises en jeu chez le meilleur ami de l’homme lorsqu’il était soumis à une information. Il y a deux ans, les deux chercheurs avaient ainsi montré comment un pleur ou un aboiement déclenchait une réponse particulière dans l’hémisphère droit de l’animal, plus précisément dans la zone de l’audition. Normal, direz-vous, puisqu’il percevait l’information avec les oreilles.

beagle

Cette fois, les scientifiques hongrois ont soumis les chiens au langage humain. Le résultat est spectaculaire : comme nous, les canidés traitent les mots et leur sens avec leur hémisphère cérébral gauche, tandis qu’ils analysent l’intonation avec l’hémisphère droit. Pour en apporter la démonstration, les scientifiques hongrois ont d’abord appris à 13 chiens de différentes races à rester immobiles dans un tunnel d’images à résonance magnétique (IRM).  » C’est à peu près tout ce que ces chiens avaient de particulier « , précise Attila Andics. Rien à voir avec ces super-cabots surentraînés, célébrés dans les livres des records, capables de distinguer des centaines de mots prononcés par leurs maîtres.

4990247_6_2ac8_deux-chiens-apprennent-a-rester-immobiles_469d29f843982af32a03ca0ff2e5a8cc

A ces quidams canins ont été proposées différentes expressions. Des mots doux –  » gentil garçon « ,  » super « ,  » bien joué « , que leurs propriétaires assuraient employer ; et d’autres, pour eux a priori moins signifiants –  » pourtant « ,  » néanmoins « . Le tout prononcé soit d’une voix chaleureuse, soit avec une parfaite neutralité. La combinaison des deux variables a permis de constater que, quel que soit le ton utilisé, l’hémisphère gauche était activé lorsque les mots avaient clairement un sens pour l’animal. Et que, à l’inverse, peu importait le sens, l’hémisphère droit surréagissait lorsque l’intonation exprimait du sentiment.

chien-bl-noir-remue-juste-la-queue

 » Naturalisation de la culture « 
Andics et ses collègues auraient pu se contenter de ce résultat, déjà majeur. Ils ont voulu voir quelle partie du cerveau se trouvait plus particulièrement stimulée lorsque les mots doux étaient prononcés d’une voix joyeuse.  » Nous nous sommes aperçus que le centre de la récompense, celui qui réagit au plaisir sexuel ou à la nourriture, était alors activé. Et seulement dans ce cas, précise le chercheur. Si seule la signification ou l’intonation est positive, il n’y a pas d’activation. Le chien ne se contente donc pas de segmenter deux informations pour traiter le langage humain, il combine aussi les deux résultats. « 
L’étude invite les propriétaires de chiens à la modestie. Leur animal n’est pas seulement leur meilleur ami. Il reste aussi un vieux cousin, notamment pour ce qui est du traitement du langage. De quoi passionner, au-delà des éthologues, une grande communauté de chercheurs. Neurologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Lionel Naccache salue  » un dispositif simple, un schéma très propre et un résultat très clair, appuyé sur une nouveauté expérimentale : parvenir à réaliser l’IRM d’un animal non sédaté « . Un travail qui, derrière le chien,  » ouvre de grandes perspectives pour la compréhension de l’origine du langage chez l’homme « .
Pour Attila Andics, la conclusion est claire :  » Le circuit qui permet de traiter le langage était déjà présent chez l’ancêtre commun de l’homme et du chien, il y a quelque 100  millions d’années. Certains pensaient qu’un big bang dans le cerveau humain avait permis au langage de pouvoir se mettre en place. Non, c’est juste une invention… comme la roue.  Et si c’est vrai pour le chien, c’est très probablement vrai pour des animaux beaucoup plus proches de nous, comme les primates. « 
Lionel Naccache le dit autrement.  » Les travaux récents ont montré que les bases de l’empathie, de la coopération, de la cognition, du maniement des nombres existent bien au-delà de l’espèce humaine. Nous nous inscrivons dans un arbre évolutif qui nous dépasse très largement et qui impose des contraintes. Une sorte de naturalisation de la culture.  » Le chien, assistant du philosophe ?

achien-soins

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans animaux, Science, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.