En Russie, des législatives sous contrôle

Le Monde 15/09/2016

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  1. Poutine n’a rien laissé au hasard pour assurer la victoire de son parti, Russie unie, lors du scrutin de dimanche
Entre deux bourrasques de pluie, Dmitri Goudkov, juché sur une petite estrade devant un supermarché du quartier de Stroguino, dans le nord-est de Moscou, tente de secouer l’apathie ambiante. Candidat aux élections législatives russes, dimanche 18  septembre, il possède la particularité d’être, à 36 ans, l’unique député sortant de l’opposition  » hors système  » qui conteste le parti au pouvoir, Russie unie, et ses traditionnels alliés, communistes ou nationalistes, catalogués dans  » l’opposition-système « , c’est-à-dire loyale au Kremlin.
 » Nous ne combattons pas contre tel ou tel concurrent mais contre la machine de propagande administrative et tous ceux, démoralisés, qui pensent qu’on ne peut rien changer « , soupire M.  Goudkov. Depuis l’arrivée au pouvoir, en  2000, de Vladimir Poutine, jamais Russie unie, présidée par le premier ministre Dmitri Medvedev, n’a été détrônée. Dimanche, le scrutin ne devrait pas révolutionner la composition de la future Douma, la Chambre basse du Parlement russe, 7e du nom depuis l’effondrement de l’URSS. La dernière, surtout, avant l’élection présidentielle de 2018, qui occupe tous les esprits.
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Nouveau visage des élites
Tout est en ordre. Prévues en décembre, les législatives ont été anticipées de trois mois, réduisant ainsi l’écho d’une campagne qui a donc commencé pendant les congés d’été. Les  » gêneurs  » ont été écartés. Le dernier institut indépendant de sondages, Levada, a suspendu son activité après avoir été désigné comme  » agent de l’étranger  » par le ministère de la justice. Golos, le seul organisme russe indépendant de surveillance des élections, qui a décrit cette campagne comme la plus  » ennuyeuse « , s’était vu affublé, deux ans auparavant, de la même étiquette infamante.
Sans cesse harcelé
Au centre de la capitale, dans la cantine de l’institut des relations internationales qu’il a lui-même fondé, Vladimir Jirinovski s’est glissé derrière le comptoir et sert, au sens propre du terme, la soupe à ses étudiants.  » La raison de tous nos maux, c’est le régime d’un seul parti, comme du temps des bolcheviques ! « , clame le chef du parti ultranationaliste LDPR. A 70 ans, il compte se présenter une 6e fois à la présidentielle en  2018.  » Record d’Europe, avec – Jean-Marie – Le Pen « , précise-t-il.
Dmitri Goudkov est sans cesse harcelé par des provocateurs qui le suivent comme son ombre. Cette fois encore, à Stroguino, un tract distribué sous son nez pour le compte d’un obscur concurrent qui se présente  » contre les cons et les traîtres « , l’accuse de  » vouloir rendre la Crimée à l’Ukraine «  et de  » prendre ses instructions aux Etats-Unis « . Isolée, divisée, affaiblie, cette opposition tente de convaincre, non sans mal, qu’une  » alternative est possible « .
Isabelle Mandraud  © Le Monde
Les voix  » fantômes  » de la Crimée annexée
17/09/206
Soucieux de ne pas ajouter au mécontentement de la population, déjà éprouvée par la crise économique, le Kremlin a tout fait pour éviter la répétition du scénario catastrophe des précédentes législatives de 2011, quand des milliers de Moscovites étaient descendus dans la rue pour protester contre la falsification du vote.
Dès le mois de mars, la nomination d’Ella Pamfilova, ex-commissaire aux droits de l’homme, à la tête de la commission centrale électorale, a envoyé un premier signe.
affiche-president-russe-avec-inscription-crimee-shirt-occasion-celebrations-annexion-crimee-16-mars-2015-moscou_0_730_404Pour la première fois aussi, en amont du scrutin de dimanche, Russie unie a organisé des primaires. Quoique assez folklorique, la sélection des candidats du parti au pouvoir n’en constitue pas moins un exercice inédit. Mais, surtout, la Russie s’apprête à accueillir,  » sans restrictions « , ou presque, des observateurs internationaux. Trois cents vont être ainsi déployés par l’Organisation de sécurité et de coopération européenne (OSCE) sur une grande partie du territoire. A une exception près : la Crimée, où se dérouleront, pour la première fois, des élections russes. L’annexion par la Russie de la péninsule ukrainienne, en  2014, n’est pas reconnue par la communauté internationale.
Les résultats du 1,8  million d’électeurs recensés en Crimée et à Sébastopol seront donc comptabilisés par Moscou mais ignorés ailleurs. Des voix fantômes qui soulèvent des interrogations.  » Imaginez que Russie unie obtienne la majorité grâce à l’apport des Criméens, cela peut poser un problème de légitimité du point de vue international pour toutes les futures lois adoptées « , résumait récemment Gueorgui Satarov, ex-conseiller de Boris Elstine et l’un des rédacteurs de la Constitution russe.
Sur place, la pression s’accroît. Alexandre Talipov, candidat du parti Croissance  a rendu publique une note du département culture et tourisme de la ville de Feodossia requérant la  » participation obligatoire «  des employés des services publics à une réunion de Russie unie. Exilés en Ukraine, les responsables politiques de la communauté tatare de Crimée ont, pour leur part, appelé au boycottage du scrutin.
I.M.
© Le Monde

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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