Le vin bio a-t-il meilleur goût que le vin conventionnel ?

Notre-planète.info – 08/09/2016 – Christophe Magdeleine –
bouteille-vin-bioVin bio- Christophe Magdelaine – CC BY-NC-ND
Alors que l’agriculture conventionnelle peine à évoluer vers des pratiques respectueuses du vivant et des milieux, l’agriculture biologique est en plein essor et son marché s’est accru de près de 15 % l’année dernière. La France, deuxième pays consommateur et producteur de vin au monde propose de plus en plus de vins bio. Si ils sont meilleurs pour l’environnement et la santé, qu’en est-il du goût ? Une étude montre que les vins californiens sous label « bio » sont mieux notés par les publications spécialisées américaines. Une étude portant sur les vins français présente des conclusions préliminaires similaires.
Une étude de KEDGE Business School et de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) publiée début août dans le Journal of Wine Economics, révèle que le vin labellisé « bio » a meilleur goût que les vins conventionnels.
Les consommateurs ont beau encore rechigner à payer plus pour des vins de cépages bio, la nouvelle étude menée par Olivier Gergaud et ses co-auteurs, Magali Delmas et Jinghui Lim, respectivement professeur de management et chercheuse à l’Institut de l’UCLA pour l’environnement et le développement durable, prouve que lors de dégustations à l’aveugle, les experts attribuent de meilleures notes aux vins sous éco-label qu’aux vins conventionnels.
Les vins « bio » californiens sont meilleurs que leurs homologues conventionnels
Depuis 2012, les américains (USA) ont ravi la place des Français en terme de plus gros consommateurs de vin au monde. Profitant du climat de type méditerranéen de l’état de Californie, les Etats-Unis se positionnent au 4e rang des pays producteurs de vin au monde, derrière l’Espagne, la France et l’Italie, au premier rang, selon les données 2016 de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin. Un tel palmarès leur donne donc toute légitimité pour comparer les vins et leur goût, suivant leur mode de production.
« Cette étude démontre que les principaux experts américains préfèrent, à caractéristiques données, les vins biologiques à ceux issus de la viticulture conventionnelle. C’est une bonne nouvelle pour les producteurs et les consommateurs qui trouveront dans cette étude une raison supplémentaire de consommer ou produire bio« , explique Olivier Gergaud.
Cette étude repose sur les critiques et notes de plus de 74 000 vins californiens données dans les revues Wine Advocate, Wine Enthusiast et Wine Spectator. Sur une échelle de 100 points, les vins biologiques obtiennent en moyenne 4,1 points de plus que les autres. Cette échelle harmonise les différents systèmes de notation, rétablissant ainsi un équilibre entre les plus généreux et les plus stricts.
Bien que les trois chercheurs se soient uniquement penchés sur les vins californiens, ils pensent que leurs conclusions peuvent s’appliquer à l’échelle des Etats-Unis, puisque la Californie représente 90 % de la production viticole américaine.
Toutefois, les vins « bio » ne représentent qu’1% des vins scrutés dans l’étude. En effet, dans les deux-tiers des cas, les vignobles californiens détenteurs d’un écolabel ne le font pas figurer sur les bouteilles car les consommateurs estiment généralement ces produits inférieurs aux autres en qualité, ce qui est manifestement une idée reçue.
Or, en 2014, Magali Delmas avait démontré que les consommateurs américains refusaient de payer plus pour des vins écoresponsables, ce qui explique son prix plus abordable, contrairement à la France où le vin bio est en général plus cher.
Et les vins bio français ?
Les vins bio français sont de plus en plus nombreux et plébiscités : en 2015, près de 9 % de la Surface Agricole Utile (SAU) dédiée à la vigne l’était sous production biologique, selon l’Agence Bio.
KEDGE Business School mène actuellement une étude sur les vins français. La date de publication n’est pas encore connue mais les premiers résultats présentent des conclusions préliminaires similaires à l’étude californienne : le vin bio français est meilleur que le vin non bio. Un constat partagé par des consommateurs réguliers de vin comme Pascal qui n’hésite plus à payer un peu plus cher son vin de table tant il lui procure plus de plaisir gustatif.
Autrefois, le vin bio, sans conservateurs, était connu pour s’altérer rapidement. Dans les faits, les viticulteurs et les experts louent la qualité des vins issus de cépages bio et/ou biodynamiques et cette perception erronée des vins labellisés est une bonne nouvelle pour les consommateurs, qui bénéficient ainsi de vins de meilleure qualité à un prix plus abordable.
Petit à petit, les viticulteurs se convertissent au bio avec de bons arguments comme l’explique Michel Pastouret :

Interview de Michel Pastouret, vigneron indépendant qui produit du vin bio AOC Costières de Nîmes, depuis 1993 dans le domaine de Pastouret
Un autre atout pour les vins issus de l’Agriculture Biologique : certains sont maintenant commercialisés sans sulfites, un conservateur présent dans les bouteilles de vin mais qui peut entraîner des problèmes digestifs et des maux de tête. Encore un peu cher, ce vin devrait connaître du succès et se démocratiser, entraînant sa baisse de prix.
Le bio améliore le vin
« Les viticulteurs disent que le bio améliore leur vin », déclare Magali Delmas. « Cela donne un goût pur, davantage respectueux du terroir, car en remplaçant les pesticides par de la main-d’œuvre, en soignant manuellement les vignes et en améliorant la composition de la terre, vous retrouvez la biodiversité nécessaire en agriculture, c’est-à-dire les microbes, les insectes, les abeilles et les vers. »
Olivier Gergaud et ses collègues espèrent que cette étude incitera les vignerons à arborer plus fièrement leur label bio et encouragera un plus grand nombre de vignerons à convertir leur exploitation à l’agriculture biologique, plus respectueuse des milieux, du vivant et de notre santé.
A noter enfin que dans le cadre d’une étude précédente publiée dans la revue Family Business Review, Olivier Gergaud et Magali Delmas ont montré que les vignerons désiraient adopter des pratiques écologiques non seulement dans le but d’améliorer la qualité de leurs vins mais aussi pour une autre raison toute aussi noble : léguer un environnement plus propre aux générations futures.
Faute d’argument valable et sérieux, les détracteurs des productions biologiques arguent souvent que le bio n’a pas meilleur goût que le conventionnel. Cette étude leur donne tort, du moins pour le vin.

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