3 bonnes raisons de regarder « Les jobs en or de la République » – Ce soir 23h20 sur France 3

LCI – 21/09/2016 –

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Des millions dépensés pour faire plaisir aux copains. « Pièces à conviction » fait sa rentrée sur France 3 mercredi 21 septembre avec un documentaire édifiant et exaspérant sur les « Jobs en or de la république », présenté par Virna Sacchi qui succède à Patricia Loison.
1 Parce qu’on découvre l’existence de portes dérobées : Pendant que certains galèrent à passer les concours de la fonction publique, d’autres attendent tranquillement d’être nommés en conseil des ministres. A la clé : des postes à la cour des comptes, au conseil d’Etat ou dans les préfectures. Dans le documentaire « Les jobs en or de la République », on découvre par exemple que 20% des hauts fonctionnaires sont nommés par les politiques. Officiellement, leur nomination sert à assurer la diversité des profils. Mais aujourd’hui, même Jean-Pierre Chevènement, à l’origine de ce système mis en place en 1984, dénonce la méthode : « Pour service rendu, on donne à des gens qui sont inégalement compétents la charge d’exercer des responsabilités « .
2 – Parce que de Président en Président, rien ne change : La cour des comptes a beau tirer la sonnette d’alarme, le nombre de préfets ne cesse d’augmenter depuis 30 ans. Et pour cause, tous les présidents de la République, de François Mitterrand à François Hollande, et tous les Premiers ministres y sont allés de leurs nominations. Résultat : sur 250 préfets seuls 127 sont affectés à un poste territorial. « Il y a plus de préfets que de postes à pourvoir », reconnaît Claude Guéant. Ce qui n’empêche pas ces hauts fonctionnaires de toucher entre 6000 et 12000 euros par mois, sans compter une retraite mensuelle de 4000 euros assurée. Titularisés au bout de deux ans de fonction, les préfets sont ensuite indéboulonnables.
3 – Parce qu’on découvre des situations ubuesques : Le Conseil d’État, la plus haute juridiction du pays, regroupe 300 hauts fonctionnaires spécialisés en droit administratif. Parmi eux : un tiers ont été nommé par des politiques. Si le documentaire s’interroge ainsi sur l’impartialité de Jeanette Bougrab ou d’Arno Klarsfeld, nommés par Nicolas Sarkozy, il pointe également du doigt le manque d’expérience en droit d’autres. Quid, en effet, d’Henri Loyrette, ancien président du musée du Louvre, nommé par François Hollande ? Même constat au Conseil économique, social et environnemental, qui regroupe 233 conseillers, issus de la société civile, en charge d’émettre des rapports censés éclairer le gouvernement, le Sénat et l’Assemblée nationale. On y trouve, par exemple, le rappeur Rost dont le morceau « L’avenir c’est nous » a rythmé la dernière campagne de François Hollande. Pour ces heureux nommés : la garantie de toucher pendant 5 ans 3200 euros nets par mois pour siéger une fois par semaine.
“Les jobs en or de la République” sur France 3, ou la France aux mille fromages (Télérama / Yohav Oremiatzki)

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Ce soir, à travers le thème de la nomination des hauts fonctionnaires, le magazine s’attaque à un de ses sujets de prédilection : la transparence des institutions et l’argent public. Si la majorité des vingt mille grands commis de l’État doivent leur « job en or » à leurs compétences, une partie d’entre eux sont devenus préfets, conseillers d’État ou inspecteurs généraux pour des raisons plus ou moins glorieuses : copinage, favoritisme, geste politique… En effet, chaque année, le président de la République et ses ministres nomment ou mutent des centaines de hauts fonctionnaires à discrétion. La haute fonction publique sert donc parfois à recaser des proches du pouvoir en leur assurant un emploi à vie. Rien de nouveau sous le soleil de la « République irréprochable ».
Sans parler d’une enquête particulièrement détonante, force est de constater que Stéphane Girard parvient à délier les langues sur un sujet qui fâche. Déjà auteur en 2015 de deux films pour Pièce à conviction sur le train de vie des parlementaires (Nos très chers députés et Nos très chers sénateurs), le journaliste conserve la même démarche : ne pas accuser, mais simplement permettre au débat de s’amorcer. Son enquête s’ouvre d’ailleurs de manière consensuelle, histoire de ne pas se mettre à dos l’ensemble de la fonction publique d’entrée de jeu. Il reste de bons élèves au sommet de la pyramide administrative, rappelle Stéphane Girard. Comme ce stagiaire de l’ENA que l’on accompagne durant son premier jour de stage à la préfecture du Nord auprès de Michel Lalande, récemment nommé préfet des Hauts-de-France et présenté comme un exemple de la méritocratie républicaine. A le voir au four et au moulin, on comprend mieux son niveau de rémunération (entre 125 et 135 000 euros par an).
Plus instructif : quelques responsables politiques de premier plan comme Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée sous Nicolas Sarkozy, jouent (à demi-mot) le jeu de la transparence. L’actuelle ministre de la Fonction publique Annick Girardin admet, quant à elle, des « problèmes de management ». Au final, que ce soit au Conseil d’Etat ou au Conseil économique, social et environnemental, sous la droite ou sous la gauche, « rien n’a changé » conclut justement Stéphane Girard.

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