Abattoirs – Comment nous tuons les bêtes : l’association de protection animale L214 a révélé plusieurs cas de maltraitance dans des abattoirs français

Le Monde | 20.09.2016

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Editorial. Ce sont des images insoutenables qui ont jeté l’opprobre sur le milieu des abattoirs. Celle d’un veau, dans l’établissement du Mercantour (Alpes-Maritimes), accroché au rail par la patte arrière, qui tente de se relever pendant deux minutes, à moitié décapité, la tête dans un bac de sang. Celle, aussi, à Pézenas (Hérault), d’un mouton qui reçoit un coup de couteau dans l’œil avant d’être égorgé. Celles, encore, au Vigan (Gard), d’employés qui rient en électrocutant des cochons. Celles d’agneaux jetés contre un enclos.
A quatre reprises en huit mois, l’association de protection animale L214 a révélé des cas de maltraitance dans des abattoirs français. Ces vidéos, tournées en caméra cachée, ont ébranlé l’opinion. A juste titre. Il ne s’agit pas ici de débattre du bien-fondé de la consommation de viande, de son impact sur les animaux, l’environnement ou la santé – thèmes cruciaux déjà largement discutés. Il s’agit de faire respecter la loi
Or la réglementation est très claire en la matière : le code rural français et le règlement européen de 2009 sur la protection des animaux au moment de leur mise à mort énoncent que « toute douleur, détresse ou souffrance évitable [leur] est épargnée ». Les abattages conventionnels prévoient un étourdissement des bêtes – à l’aide d’une pince à électronarcose, d’un pistolet d’abattage ou de CO2 – et une deuxième tentative si la première échoue, afin de leur éviter d’être conscientes au moment de la mort. Des dérogations sont prévues pour l’abattage rituel, halal et casher, lors duquel des sacrificateurs égorgent – d’un seul geste – les bêtes en pleine conscience.
Conclusions sévères
Le débat a gagné l’Assemblée nationale. En mars, elle a créé la première commission denquête parlementaire sur la question. Elle vient de rendre son rapport. Conclusions sévères : les inspections ont révélé, dans les « boîtes noires que constituent les abattoirs », de « nombreux dysfonctionnements souvent mineurs, parfois majeurs, auxquels il est indispensable de remédier ».
Les députés recommandent de rendre obligatoire la vidéosurveillance dans l’ensemble des endroits « critiques » des abattoirs, d’augmenter les effectifs des services vétérinaires, d’alourdir les sanctions en cas de non-respect des règles pour « mettre fin au sentiment de quasi-impunité de certains opérateurs ». Il s’agit de réduire autant que possible la souffrance animale lors de l’abattage.
L’animal est un sujet que la loi doit considérer comme tel, nous a appris la grande philosophe Elisabeth de Fontenay dans son magistral « Le Silence des bêtes, la philosophie à l’épreuve de l’animalité » (Fayard, 1998). Nous tuons des millions de ces sujets tous les ans, en France. Le moins que l’on puisse exiger est que cela ne se fasse pas à l’abri des regards, mais de façon connue de tous et dans les conditions fixées par la loi. Ce serait faire preuve d’un minimum d’humanité à l’adresse de l’animalité.
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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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