Le mensonge, meilleur ami du politique

Charlie Hebdo – 21/09/2016 – Guillaume Erner –
Le mensonge en politique, c’est au moins aussi vieux que Machiavel. « Jamais on ne vit homme plus efficace au moment de promettre une chose et de s’engager par des serments solennels – et qui tînt moins sa parole« , écrivait-il dans Le Prince. Quelques siècles après, il y eut « Supermenteur », alias Jacques Chirac. Qu’est-ce qui a changé depuis ? Eh bien, les hommes politiques mentent de plus en plus.
L’illustration parfaite de cette tendance s’appelle Donald Trump. Pas facile de découvrir dans le délire qui lui tient lieu de discours une vérité. Les deux favoris de l’élection présidentielle américaine ont été « fact-checkés » dans le but de savoir qui mentait. Les résultats sont meurtriers pour Trump, ou, hélas, devraient l’être. Ainsi fin juin, le « Thrut-O-Meter » du style Politi-Fact avait découvert dans ses déclarations 35 vérités ou demi-vérités. En outre, on dénombrait chez lui 28 mensonges, 65 supermensonges et 30 délires. Hillary Clinton était beaucoup plus sobre : 88 vérités ou presque, 16 mensonges, 15 supermensonges et un seul délire. Et après cela on s’étonne qu’elle risque de perdre…

verite_mensonge

La vie est injuste : plus vous mentez, plus vous gagnez. Les Anglo-Saxons ont même inventé une expression pour cela : post truth politics, la politique au-delà de la vérité. Pourquoi s’embêter avec le véridique quand le faux rend plus service que le vrai ? Illustration : parmi les divagations du bonhomme, il en est une où il explique posément que les fondateurs de Daech sont Barack Obama et Hillary Clinton. Autre exemple, un chiffre invoqué pour la campagne du Brexit, celui de 350 millions. Inutile à la rigueur de dire 350 millions de quoi, puisque ce qui compte dans les chiffres, c’est leur caractère en apparence indiscutable. En l’occurrence, il s’agissait de 350 millions de livres par semaine, le coût supposé de l’appartenance à l’Union européenne pour la Grande-Bretagne. Un chiffre lancé durant la campagne par le parti Ukip et martelé d’un bout à l’autre. Avec une solution à la clé : quittons l’Europe et ces 350 patates seront réinvesties dans le système de santé britannique, lequel est aux soins intensifs. Oui mais voilà, depuis la victoire du Brexit ces 350 millions se sont évaporés. Personne n’en retrouve la trace, et pire, il en est de même pour les dirigeants du parti Ukip – et en premier lieu son ex-leader, Nigel Farage. D’ailleurs, Farage ne se souvient même plus d’en avoir parlé. Bah ! ce n’est pas grave; ça ne fera qu’un mensonge de plus, et comme les mensonges font gagner les élections…
img_0395La politique « au-delà de la vérité », alias PTP est à l’origine un terme anglais, mais pas d’inquiétude, elle se traduit aisément en français. Notre classe politique sait fort bien manier le bullshit*. Nicolas Sarkozy constate ainsi qu’il n’y a pas eu d’attentat sous sa présidence, de 2007 à 2011, oubliant celui qui s’était déroulé en 2012 avant la fin de son mandat Pourtant, les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban font un total de 8 morts dont l’agresseur. François Hollande, lui s’est fait élire comme chef de guerre contre la finance, avec Emmanuel Macron, issu de la banque Rothschild, comme lieutenant. Car il y a différents mensonges politiques, de la promesse de campagne qui n’engage que ceux qui y croient à la foutaise destinée à emballer un bilan, type « ça va mieux ». Un processus cumulatif : plus les mensonges de campagne sont gros, plus la déception des électeurs sera grande, et plus les bobards devront être XXL. 
Avec une surprise toutefois : Internet, dont on attendait un vrai contrôle des médias, n’empêche pas nos politiques de mentir. Pourquoi cela ? Parce que, sur le Web, les individus recherchent ce qu’ils veulent trouver. Du coup, les internautes se confortent dans leurs convictions, que celles-ci soient fondées ou délirantes, informées ou complotistes. C’est ce que l’on appelle un bais de confirmation. Et voilà pourquoi les contre-vérités tissent leur toile, tandis que les mensonges endorment la démocratie.
* »bullshit » est une expression d’anglais américain qui signifie littéralement « merde de  taureau» ou «merde de bison », elle est l’équivalent de « foutaise » ou « connerie ». Elle sert à dénoncer un mensonge ou une exagération.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans Politique, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.