L’Écologie, n’est elle plus devenue qu’une promesse de campagne ?

Le Canard Enchaîné  – 28/09/2016 – Jean-luc Porquet – 
Rarement on aura reçu autant de signaux contradictoires en si peu de temps : à l’approche de la présidentielle, Hollande tente de rallier à la foi les écolos et les anti-écolos. Un vrai festival. 
Voyez le nucléaire. D’un côté, on nous dit que la fermeture de l’archaïque centrale de Fesseinheim immine comme jamais, reste plus qu’à attendre l’avis du comité d’entreprise, puis le feu vert du conseil d’administration, et Ségolène pourra enfin, tout sourire envers les écolos, signer triomphalement le décret de fermeture juste avant le premier tour, ouf. Et montrer ainsi que la France fait résolument le choix des énergies renouvelables… 
De l’autre côté, Hollande se félicite qu’EDF puisse enfin construire deux réacteurs nucléaires à Hinkley Point (Grande-Bretagne), un engagement à (très) long terme. Un projet pharaonique et tellement risqué (21 milliards d’euros !) qu’il pourrait faire s’effondrer notre champion atomique national, comme l’a prophétisé son directeur financier avant de claquer bruyamment la porte.
cake-01Mais les nucléocrates affirment que c’est la seul façon de relancer la filière, Hollande soutient à grands coups de subventions le sauvetage d’EDF et d’Areva, et la construction à 300 km des côtes françaises de cette énorme chaudière. Heureusement qu’en cas d’accident à Hinkley Point, le nuage radioactif s’arrêtera sagement à nos frontières, par respect pour son pays d’origine !
promesses-electorales-ekMême cacophonie pour le réchauffement climatique. D’un côté, Ségolène presse l’Europe de signer enfin les accords de la COP21 conclus l’an dernier à Paris, à la grande satisfaction de Hollande, qui se présente désormais comme l’ennemi mondial N° 1 du gaz carbonique. De l’autre, le préfet de Loire-Atlantique vient de signer, ce 14 septembre, les arrêtés permettant de lancer le chantier de Notre-Dame-des-Landes – notamment celui qui autorise les bétonneurs à détruire un territoire où vivent des espèces menacées. Aéroport qui, comme émetteur de gaz carbonique, vase poser un peu là. Même embrouillamini pour les boues rouges : Valls pour, Ségolène contre. Pour les néonocotinoïdes : interdits, mais à la saint-glinglin. Pour la protection des océans : d’un côté, la France vote pour l’interdiction de la pêche en eaux profondes, de l’autre, Ségolène prétend défendre l’océan, « patrimoine commun de l’humanité » (« Le Figaro », 16/9).
Mais qu’importe… Barbara Pompili, secrétaire d’État chargée de la biodiversité nous explique dans une belle tribune de « Libération » (16/9), comment il faut analyser ce shmilblick : « Prenez garde à ce que, tout occupés à accabler ceux dont vous jugez qu’ils n’ont pas assez progressé sur la voie de l’écologie, tout occupés à ne décrire que le verre à moitié vide, vous ne facilitiez l’arrivée au pouvoir de ceux [qui sont] décidés à le vider totalement.« 
Et de citer en exemple Sarkozy, désormais aussi climatiosceptique  que Trump, et qui, en prime, veut jeter le principe de précaution aux oubliettes, confier l’environnement aux chasseurs, forer partout pour trouver du gaz de schiste, etc. Certes, l’argument de Pompili a de quoi troubler. Mais encore faudrait-il que le verre soit à moitié plein.

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Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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