Politique – Nicolas Sarkozy ou la spirale populiste

Le Monde | 22.09.2016

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Ils sont sept sur la ligne de départ, mais on n’en entend qu’un : Nicolas Sarkozy, le roi de  » l’épicé «  qui, avec ses provocations, ses -polémiques, ses formules à l’emporte-pièce, est parvenu à rendre presque transparents ses concurrents de la primaire de la droite, au premier rang desquels le sage Alain Juppé, toujours favori dans les sondages, mais favori de qui ?  » Du centre et de la gauche « , ironise en substance Nicolas Sarkozy qui, lui, drague la droite, la vraie, et recourt pour cela aux ficelles les plus gauloises pour se mettre dans la poche ceux qui se sentent menacés, envahis, mal dans leur France, perdus dans la mondialisation, en crise d’identité, en quête de réassurance.

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L’acteur, qui souvent rappelle Louis de Funès, connaît son jeu sur le bout des doigts. Il y prend un réel plaisir, car la scène le régénère, lui qui a bien failli disparaître dans les affres de l’affaire Bygmalion.  Mais, pour que la pièce se déroule, le public de fidèles qui s’agglutine presque chaque soir dans une salle ne suffit pas, il faut des amplificateurs : d’abord, les chaînes d’information en continu, qui ont un besoin vital de nourrir chaque jour le molosse médiatique et font mousser jusqu’à épuisement chaque pavé dans la mare. Les socialistes, ensuite, qui ont choisi Nicolas Sarkozy comme  » leur  » adversaire à la présidentielle à cause de l’effet repoussoir que l’ancien président de la République exerce sur l’électeur de gauche et qui s’ingénient à faire monter la mayonnaise autour de ses propositions.
L’exutoire libérateur
Et c’est ainsi que, durant tout un jour, parce que l’ancien président de la République avait assuré, péremptoire, que nos  » ancêtres sont gaulois « , fut convoqué l’historien Ernest Lavisse, chantre du roman national, qui officiait sous la IIIe  République, comme si le pays n’avait pas suffisamment à faire avec les défis du XXIe  siècle. C’est l’évitement du sérieux, la prime à la transgression. La transgression qui en appelle sans cesse une autre, car il faut conserver l’attention du peuple. Le  » peuple  » convoqué dans sa dimension souveraine, qui ne supporterait plus le diktat des bien-pensants ni l’apaisement des bienheureux et trouverait dans l’exaspération de ses frustrations l’exutoire libérateur.
Nicolas Sarkozy n’invente rien. Avant lui, un autre grand acteur politique, Georges Marchais, avait usé des mêmes ficelles pour tenter de prendre le leadership à gauche. Le communiste, qui était une bête de scène audiovisuelle, l’avait fait avec brio en combattant tous ceux qui prétendaient le bâillonner, mais sans jamais parvenir à ses fins parce que, à un moment, fini de rire, il faut être sérieux.
Et c’est tout l’enjeu de cette primaire que de -révéler l’état réel de la droite : une caricature -d’elle-même ou un camp prêt à relever le défi, alors que jamais la gauche n’est apparue aussi faible. Or, il existe des fragilités dans le programme des sept, et notamment l’attitude face à la dette, aux déficits, à l’Europe, qui requièrent une franche explication. Après tout, les électeurs y ont droit aussi.
Lire aussi :   Deux profs d’histoire détricotent les propos de Nicolas Sarkozy sur les « Gaulois »
Françoise Fressoz  éditorialiste
Ceux qui proposeront leurs votes …  ?

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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