Solidarité – Les migrants de Calais crient leur bonheur d’être à Poitiers

La Nouvelle République 03/10/2016
Ils sont trente-huit, viennent d’Afghanistan, du Soudan ou du Koweït. Beaucoup ont choisi de construire leur nouvelle vie en France. Rencontre.

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Tamin, 25 ans ; Antoine, le moniteur-éducateur ; Noorulah, 20 ans ; Zabi-Hullah, 26 ans ; Zyarmac-Arab, 19 ans, dans un appartement de l’immeuble, rue de la Chauvinerie. Quatre migrants parmi les 38 présents aujourd’hui. – (Photo Patrick Lavaud
C’est un immeuble comme les autres. Simple. Une habitation à loyer modéré dans un quartier tranquille de Poitiers, Bel Air, où la vie quotidienne glisse sans aspérité entre personnes retraitées. Les rendez-vous convenus rythment leur journée.

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Iran, Turquie, Bulgarie, Serbie, Hongrie, Italie pour 5 ou 6.000 dollars selon les passeurs
Depuis une dizaine de mois, rue de la Chauvinerie, une animation inhabituelle est venue casser les codes sociaux des habitants, les anciens, ceux qui s’inquiètent de l’étranger vivant à quelques pâtés de maisons de chez eux. Ils sont Afghans, Soudanais, Koweïtiens, dans ces logements autonomes – diffus dans le jargon de l’association Audacia –.

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Dans le langage administratif, c’est un centre d’accueil et d’orientation (CAO), un dispositif d’urgence réservé à ceux qui viennent de la « Jungle » de Calais. Cet endroit où personne ne voudrait vivre mais où les migrants, eux, pour la plupart, entassés dans des tentes de fortune à quinze, vingt ou trente personnes, attendent leur tour, en file indienne, pour prendre une douche : « Nous avions 6 minutes par personne et il y avait beaucoup de monde sur la ligne », témoigne Tamin, 25 ans, Afghan.

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Il est arrivé à Poitiers, voilà quelques mois déjà. Son sourire découvre ses dents blanches, son regard ne s’interdit rien, surtout pas l’envie de s’en sortir. Il y a, chez Tamin, un mélange de douceur et de détermination. Il n’a rien, vit comme ses camarades avec 4 € par jour, le montant du pécule distribué par Audacia en attendant que sa demande d’asile soit acceptée par les autorités ad hoc.
Son premier geste est de vous offrir le thé en guise de bienvenue. Le livre de santé bilingue (français/arabe) trône sur la table dans une pièce vide. Ses compatriotes, Noorulah, 20 ans, Zabi-Hullah, 26 ans, Zyarmac-Arab, 19 ans, nourrissent le même rêve que lui : rester en France pour construire leur vie ; l’Angleterre, rayée de leur mémoire, ne s’inscrit plus parmi la priorité de ce long voyage qu’ils ont effectué avant de poser les pieds dans le pays des droits de l’homme. Iran, Turquie, Bulgarie, Serbie, Hongrie, Italie, pour 5 ou 6.000 dollars. Le droit de passage. Une fortune amassée par la famille restée en Afghanistan.

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«  Poitiers est très bien, on se sent aidés  »
Zabi aime le commerce et la boxe, Zyarmac ne jure que par la couture, Noorulah préfère la peinture alors que Tamin, déjà expérimenté dans le secteur commercial, ne parle que de la grande distribution. « Nous sommes heureux ici », disent-ils tous avec sincérité. « Poitiers est très bien, on se sent aidés. » Une rencontre avec les voisins a apaisé les consciences.
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Antoine, 33 ans, moniteur-éducateur, est avec eux pour les accompagner dans leur demande d’asile. Mais pas seulement. Une relation authentique s’est installée entre lui et eux. « Je partage de temps en temps leur repas, ils cuisinent très bien », assure l’éducateur. Privés de jobs (ils ne sont pas autorisés à travailler), ils occupent leur journée en participant à des activités sportives (volley-ball), maraîchères (ils cultivent des légumes dans des jardins partagés), artisanales (la recyclerie La Regratterie), à des cours d’informatique (à la Blaiserie). Et, surtout, apprennent le français. Leur nouvelle priorité.
Didier Monteil .
Vienne – Poitiers –

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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