En France, de nombreux endroits du littoral sont grignotés par la mer

Charlie Hebdo – 05/10/2016 – Antonio Fischetti –
Il n’y a pas que les îles du bout du monde qui risquent d’être englouties par les eaux. Partout, les littoraux sont grignotés par la mer.
On ne reviendra pas sur les déclarations de Sarkozy sur les gaulois et le réchauffement climatique. Mais il faudrait tout de même relever le paradoxe qui consiste à défendre l’identité française tout en nient le rôle sur le réchauffement. En effet, les côtes reculent devant la mer.
img_0466Pas partout certes, et le Mont-Saint-Michel est bien connu pour l’ensablement de sa baie. Mais globalement, selon l’Institut français de l’environnement, un quart des côtes françaises reculent devant la mer, et seulement un dixième gagne du terrain. sur elle. autrement dit, petit à petit, l’Hexagone s’effrite. Le phénomène est particulièrement spectaculaire dans certaines régions, où de nombreux bâtiments doivent être abandonnés, car construits trop près des côtes, et menacés d’effondrement par l’avance de la mer. Un cas emblématique est celui de l’immeuble le Signal à Soulac-sur-Mer, en Gironde : il était à 200 m de l’océan lors de sa construction en 1967, et se trouve aujourd’hui quasiment les pieds dans l’eau. L’usure est très marquée sur les côtes aquitaines, qui reculent d’un à deux mètres par an, mais on la trouve un peu partout, de la Normande à la Côte d’Azur. Et même sur toute la planète, de l’Amérique du sud à l’Asie. Sur les côtes africaines, dans le golfe de Guinée, l’érosion du littoral peut même atteindre une dizaine de mètres par an.
Plusieurs raisons à cela. L’une est naturelle : l’action des vagues. A priori, on n’y peut rien. Seulement, les constructions côtières n’arrangent pas les choses; elles ne renforcent pas le littoral, comme on pourrait le penser, mais au contraire l’affaiblissent, à en croire Rafael Almar, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement : « Les vagues entraînent des mouvements du sable, et cela produit un ajustement naturel. Mais quand il y a des constructions, on transforme un environnement dynamique en quelque choses de statique. » A l’état naturel le littoral est un organisme vivant qui s’équilibre de lui-même, mais bétonné, il se fige et n’est plus soumis qu’à une seule usure.
De plus, l’érosion côtière est accélérée par le changement climatique. On sait qu’il provoque la montée des eaux. D’abord, à cause de la fonte des glaciers continentaux, comme ceux du Groenland. Mais les océans grossissent aussi parce qu’ils sont plus chauds. Il est bien connu que la chaleur dilate les corps. L’eau n’échappe pas à la règle. Cela ne se voit pas dans une baignoire, mais à l’échelle planétaire, l’effet est net. Plus chauds, les océans occupent plus de place, et grignotent donc davantage les côtes.
Certaines infrastructures peuvent aussi contribuer à l’érosion. En Afrique, à Abidjan ou Lagos, la construction de ports en eau profonde provoque une accumulation du sable en amont des courants, et une érosion en aval. Autre impact, celui des barrages hydroélectriques. Normalement, les rivières apportent les sédiments, qui se répartissent sur le littoral. Mais avec les barrages, ces sédiments bienfaiteurs n’arrivent plus aux embouchures, et les côtes sont fragilisées. Ajoutons à cela l’extraction des sables côtiers pour le bâtiment (pratique interdite en France, mais répandue dans de nombreux pays), et on aura une bonne vision des fronts multiples qui assaillent les côtes.
LLa résidence Le signal à Soulac, à la pointe du Médoc, menacée par l’érosion de la plage
Limiter les dégâts
En France, l’érosion du littoral touche surtout les classes aisées, car ce sont elles qui généralement possèdent les résidences côtières menacées. Mais à l’échelle du globe, l’impact est bien plus vaste. Plus de la moitié de la population mondiale vit sur les littoraux, et les ravages économiques et sociaux sont immenses : quartiers entiers à déplacer, populations à la rue, catastrophes agricoles à cause des avancées d’eau salée dans la terre… 
Dans les pays occidentaux, des moyens sophistiqués sont mis en œuvre pour limiter les dégâts. Au Capbreton, dans les Landes, des systèmes pompent le sable, pour le transférer, depuis les plages où il est excédentaire, vers d’autres où il manque (coût : 225 000 euros par an). Aux Sables-d’Olonne, en Vendée, un drain enfoui sous le sable aspire l’eau pour réduire la force des vagues. D’autres systèmes retiennent la sable comme une ventouse, pour éviter qu’il ne reparte au large… Quand il s’agit de préserver une économie touristique, on met le paquet. De sorte que les Bretons et les Landais ne risquent pas encore d’être noyés comme les Polynésiens ou les Bengalis. Mais de tels systèmes sont évidemment trip coûteux pour les pays pauvres. Les littoraux sont devenus des malades environnementaux, qu’on ne peut sauver qu’en les plaçant sous assistance artificielle. Malheureusement, la médecine des plages est comme la médecine des gens : seuls les riches en bénéficient.

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