Les gros céréaliers réclament (encore) du blé

Siné Mensuel – octobre 2016 – Antoine Lopez –
La gestion des deux dernières crises agricoles en France, le lait et les céréales, révèle que la politique menée marche sur la tête. Les gros agriculteurs sont grassement subventionnés mais perdent leur chemise. Une gabegie…
A en croire la FNSEA, l’accord avec Lactalis sur l’achat de la tonne de lait à 290 euros est satisfaisant et augure d’une sortie de crise. Rappelons que la colère des éleveurs est partie de la décision du numéro 1 mondial des produits laitiers d’acheter leur lait à 256,90 euros la tonne contre 363 euros un an auparavant. Sous la menace d’un boycott de ses marques (Président, Société, La Laitière, Bridel, Lactel, Rondelé…), Lactalis a cédé. est-ce une bonne affaire pour les éleveurs ? Pas pour tous.
Les exploitations aux installations amorties, les fermes des réseaux d’agriculture durable ou bio – où les vaches sont au pré une bonne partie de l’année, nourries l’hiver avec les fourrages de la ferme – vont gagner leur vie (avec des disparités régionales) car leur coût de production est inférieur au prix d’achat du lait. Par contre, les jeunes qui s’installent avec de gros investissements (terre, troupeau, bâtiment, matériel) et les grands élevages industriels qui misent sur la course à la compétitivité (un maximum de lait par vache et par hectare) via des vaches nourries aux aliments achetés (céréales, soja OGM) et une robotisation coûteuse vont continuer de travailler à perte avec un coût de production oscillant entre 340 et 490 euros la tonne. Soit une perte moyenne de 0,10 euros par litre. Alors, comment ces éleveurs s’en tirent-ils ? Avec l’argent public (subventions, allègements fiscaux, sociaux et environnementaux), ce qui permet de masquer la faillite du modèle agro-industriel. Jusqu’à la prochaine crise.
C’est la misère
ob_2d2296_axavier-beulin2386378767-1A les en croire, les céréaliers sont aussi en péril. une récolte désastreuse en France (à cause de la météo) et voilà les Beaucerons qui tendent la sébile. En Île-de-France, fin août, Valérie Pécresse afait un chèque de 6,5 millions d’euros aux 4 000 céréaliers franciliens pour « soutenir leurs investissements et préserver le capital génétique de la filière céréalière française« . Ils vont donc acheter leurs semences à peu cher, c’est toujours ça de pris. Semences certifiées (industrielles, souvent hybrides) car les semences fermières sont exclues du soutien régional : l’argent reste dans le circuit des amis. C’est l’économie circulaire à la mode Pécresse. ces mêmes céréaliers ont déjà obtenu en juillet le soutien de Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture : année blanche bancaire; dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti; délais de paiement et remises d’impôt; report des cotisations sociales; possibilité d’encaisser les subventions européennes sans respecter les conditions environnementales – excusez du peu ! Au printemps, dans le même esprit secourable, Emmanuel Macron leur a offert une réduction d’impôts à la hauteur de 40 % des investissements en matériel agricole (tracteurs, machines, robots, irrigation, etc.) pour la période avril 2015-avril 2016. Tant d’argent public pour des entreprises privées déjà subventionnées par la politique agricole commune prouve l’impasse du libéralisme en agriculture. Quitte à payer, que les citoyens choisissent leur modèle agricole !
cm2snaaw8aere1xL’économie circulaire
Lire aussi : Xavier Beulin, patron de la FNSEA et nabab de l’agrobusiness tentaculaire

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