Solidarité – En Isère, des bénévoles « ouvrent leurs maisons » aux migrants

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Créé en mai, un collectif d’habitants de la région de la Matheysine, en Isère, vient en aide aux migrants à hauteur de ses moyens. Un reportage de notre série #FrançaisesFrançais.
Le Monde | 18.10.2016
En Isère, un collectif d’habitants au secours des migrants
Soixante-dix bénévoles se relaient pour héberger et aider des exilés

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Pour le déjeuner, Elisabeth Forest a fait réchauffer des haricots verts.  » Elle adore ça, les haricots verts « , dit-elle en se tournant vers la table du séjour où est assise Maria (le prénom a été changé), qui acquiesce dans un sourire. Depuis le mois de mai, le régime alimentaire de cette jeune Kosovare de 35 ans est une des préoccupations principales d’Elisabeth et de son mari, Pierre. Mais aussi de dizaines d’autres habitants du plateau matheysin, en Isère. Lorsqu’elle est arrivée chez eux, Maria ne mangeait presque rien.  » Elle est descendue à 39  kg pour presque 1,80  m « , s’inquiète Marie-Paule André, une autre de ces bénévoles.
Maria est discrète. Elle a les cheveux tirés en arrière et le visage anguleux. Quand elle est arrivée en France après avoir fui le Kosovo, elle a vécu dans la rue pendant trois ans. Jusqu’à ce que les membres du Collectif d’accueil des réfugiés en Matheysine (CARM) lui ouvrent leurs portes.
Sur ce territoire perché à 1 000 mètres d’altitude, à 40  km au sud de Grenoble, la crise migratoire est d’abord arrivée par les médias. La photo du petit Aylan, la situation à Calais ont marqué les esprits. Mais c’est une exposition qui a servi de déclic. En avril, Betsie Pequignot, une artiste plasticienne de  » presque 70 ans « , figure de la vie locale, a disposé des dizaines de  » bouteilles à la mer  » remplies d’images et de témoignages de migrants sur le sol d’une ancienne chapelle.  » Ce soir-là, les gens venaient sans arrêt me demander : “Qu’est-ce qu’on peut faire pour les aider ?” « , raconte Betsie. Elle décide alors d’organiser une réunion publique pour réfléchir à des solutions. Le CARM est né dans la foulée. De douze membres au départ, ils sont aujourd’hui soixante-dix.
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Si tous sont animés par le même désir de  » faire « , chacun a aussi ses propres raisons. Pour Jacqueline Zanichelli, 84 ans, c’est une histoire de famille : ses grands-parents ont accueilli des immigrés italiens dans les années 1930, ses parents ont caché des juifs pendant la seconde guerre mondiale.  » Donc pour moi ça ne pouvait pas être autrement « , affirme la doyenne du collectif. Catherine Frier, enseignante de 54 ans, évoque plutôt un questionnement intérieur :  » Je me suis toujours demandé comment je pourrais raconter que, en  2016, des gens se noyaient aux portes de l’Europe, et qu’on n’a rien fait. «  Il y a encore Hubert Mingarelli, écrivain de 60 ans :  » J’ai toujours eu un peu honte d’être indigné, d’avoir de bonnes idées mais de ne jamais rien en faire. «  Et il y a aussi Marie-Paule et Jacques André, tous deux retraités et membres de l’Action catholique ouvrière, qui ont pris la résolution  » d’ouvrir davantage notre maison, parce qu’on a trop de choses « .
 » Là-bas, c’est le chaos « 
Les migrants accueillis par le CARM ne sont pas des Syriens fuyant la guerre vus à la télévision. En réalité, peu d’entre eux arrivent dans la région de Grenoble : ce sont plutôt des Guinéens, des Congolais (de RDC), ou des Kosovars, comme Maria.  » Son pays, on en parle très peu. Pourtant, là-bas c’est le chaos « , a depuis compris Jacqueline Zanichelli.
Le collectif a mis en place un système d’hébergement  » glissant  » : chaque famille accueille un migrant pendant 15 jours, avant qu’une autre ne prenne le relais. Un fonctionnement qui rassure ceux qui accueillent : ils s’engagent sur une période courte. Parmi les 70 membres, seuls une quinzaine hébergent des demandeurs d’asile. Les autres offrent des trajets en voiture, des vêtements, une contribution financière… Les hébergeurs sont la plupart du temps retraités et vivent seuls ou en couple dans une grande maison familiale.
Pour les demandeurs d’asile, changer d’hébergement tous les 15 jours n’est pas idéal, mais les avantages de loger chez l’habitant compensent largement le manque de stabilité. Maria considère aujourd’hui ses hôtes comme sa famille. Avec eux elle pratique le français, fait des rencontres, partage des repas. Bref, s’intègre.
 » Les collectifs, ça les retape ! « , constate Marie-Pierre Fournier, bénévole à l’ADA (Accueil demandeurs d’asile), une association grenobloise. L’ADA est en lien avec une douzaine de collectifs comme le CARM qui essaiment en Isère depuis un an. Avec ce système, en six mois, le CARM a accueilli une Angolaise enceinte de 4 mois avec son fils de 16 mois et Maria.  » C’est une goutte d’eau, c’est sûr, mais bon, on fait « , commente Elisabeth Forest sans rougir.
La demande d’asile déposée par Maria il y a un an a été rejetée en première instance. L’audience de son recours a eu lieu le 10  octobre devant la Cour nationale du droit d’asile, à Paris. Ce jour-là, Maria a détaillé les raisons qui l’ont poussée à fuir son pays : son enlèvement, sa séquestration, la prostitution forcée… En plus de son témoignage, la Cour dispose d’un document signé de tous les membres du CARM attestant de la volonté de Maria de s’en sortir. La Cour rendra sa décision le 31  octobre. D’ici là, le CARM retient son souffle.
Par Elvire Camus  © Le Monde

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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