Primaire de la droite : Le camp Sarkozy montre des signes d’inquiétude

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L’ancien chef de l’Etat continue de décrocher dans les sondages. Sa campagne très droitière ne porte pas les fruits attendus, pas plus que ses attaques contre le centre.
Le Monde | 26.10.2016 
Le camp Sarkozy montre des signes d’inquiétude
A l’approche de la primaire, le candidat semble à court de munitions
Les jours se suivent et les sondages se ressemblent pour Nicolas Sarkozy. A chaque nouvelle enquête, l’ancien chef de l’Etat recule pendant qu’Alain Juppé consolide son avance au sein de presque toutes les catégories de potentiels votants à la primaire de la droite. Une situation très critique pour l’ancien président de la République, qui aime à répéter qu’une campagne se joue sur la dynamique.
Si la panique n’a pas encore gagné les rangs, les signaux d’alarme sont déjà bien allumés. Car il ne reste plus que trois semaines et demie avant le premier tour et le candidat a déjà dévoilé de nombreuses cartes.
Bayrou le chiffon rouge
Depuis quelques jours, les sarkozystes ont lancé une nouvelle offensive contre M. Juppé. A  chacune de leurs interventions, ils dénoncent le soutien du centriste François Bayrou au maire de Bordeaux. Honni par une partie de la droite pour avoir voté François Hollande en  2012, le président du MoDem est le parfait chiffon rouge pour électriser la foule des meetings.  » Comment sortir du socialisme avec celui qui nous y a fait rentrer ? « , a lancé M. Sarkozy, mardi 25  octobre, devant ses partisans à Marly (Moselle).
Dimanche 23  octobre, 165 proches de l’ancien chef de l’Etat ont signé une tribune dans Le  Journal du dimanche où ils accusent M.  Bayrou de vouloir  » soumettre la future majorité à ses propres idées « . Selon eux, M.  Juppé aurait les mains liées par cette alliance.  » Il fallait clarifier les choses « , glisse un sarkozyste.
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Le maire de Bordeaux n’a jamais caché son intention de vouloir ouvrir sa majorité aux centristes. Une stratégie d’ailleurs récemment utilisée par des signataires de la tribune eux-mêmes, comme Laurent Wauquiez ou Christian Estrosi, élus aux élections régionales en faisant une alliance avec le MoDem.
 » Alain Juppé annonce qu’il dira tout avant pour tout faire après. Encore faut-il avoir une majorité conforme à son programme « , estime pourtant Eric Wœrth, secrétaire général du parti Les Républicains (LR), qui a déclaré mardi sur LCI :  » On n’a pas besoin d’un Hollande de droite. « 

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 » Cette obsession contre François Bayrou, ça commence à bien faire ! (…) Je n’ai pas approuvé le choix de Bayrou en  2012, aujourd’hui, il est en faveur de l’alternance, on ne va pas l’excommunier « , a répondu M.  Juppé sur France Inter.
Mais cette bataille contre le centre cache mal le fait que la campagne de Nicolas Sarkozy tourne en rond depuis le début du mois d’octobre. Fossé entre le peuple et les élites, identité française et immigration, alternance dure contre alternance molle… Le candidat ressasse des thèmes déjà utilisés en  2012 ou lors de son retour à la vie politique en  2014. Lors de sa campagne pour la présidence de l’UMP, à l’automne 2014, il faisait déjà huer François Bayrou lors de ses meetings.
L’idée récente de proposer des référendums – sur la suspension du regroupement familial et sur l’internement des fichés  » S  » – n’est en fait qu’un recyclage d’une stratégie soufflée par Patrick Buisson en  2012. Alors qu’il a  plus que jamais besoin de reconquérir des électeurs perdus, l’ancien président prend le risque de ne charmer que les convaincus.
Nicolas Sarkozy a-t-il les capacités de rebondir grâce à de nouvelles propositions ? A cette question, ses proches apportent pour le moment des réponses qui relèvent plus de la technique électorale que du débat d’idées.
Après l’impression d’un tract tiré à près d’un million d’exemplaires – moins que François Fillon qui va distribuer 1,5  million de  » Journaux de campagne  » –, les sarkozystes veulent mettre les élus locaux à contribution.
 » Juppéthon « 
Ils ont tous reçu la consigne d’envoyer des mails à tous leurs contacts pour mobiliser en faveur de l’ancien président. Les ténors sont envoyés faire des meetings dans toute la France pour représenter le candidat (environ 150 annoncés). Ce dernier veut aussi densifier l’entre-deux-tours. Alors qu’un seul meeting était prévu, son équipe planche maintenant sur deux à trois réunions publiques.
En coulisses, les proches de M.  Sarkozy se livrent aussi à des pinaillages sur l’organisation du scrutin. Gérald Darmanin, coordinateur de la campagne, a obtenu qu’une nouvelle procédure soit mise en œuvre lors du dépouillement des votes dans les bureaux.
Les signatures des votants en bas de la charte de la primaire devront elles aussi être recomptées en plus de celles consignées dans le registre d’émargement. Une opération supplémentaire censée rassurer les sarkozystes qui craignent que des électeurs ne signent pas cette charte mais qui ralentira le comptage des voix.
Du côté du parti, Laurent Wauquiez, président par intérim, et Daniel Fasquelle, trésorier, complexifient la vie de la Haute Autorité de la primaire présidée par Anne Levade. Après avoir signé une convention de prêt avec cette instance qui avait besoin de 5  millions d’euros pour financer l’organisation du scrutin (location des bureaux de vote, impression des bulletins, etc.), ils insistent pour connaître le montant exact des frais alors que certaines dépenses sont toujours en cours.
 » Nous recevons encore les fac-tures de certaines salles de vote « , plaide Mme Levade, qui prévoit un budget compris entre 6 et 9  millions d’euros qui sera sans doute largement autofinancé par les 2  euros dépensés par les électeurs.
Voir les proches de l’ancien président s’inquiéter des dépenses provoque l’ironie des juppéistes.  » Au pire, on organisera un Juppéthon « , grince l’un d’entre eux en référence au Sarkothon, une opération qui avait permis de récolter 11  millions d’euros apportés par les militants pour rembourser les frais de campagne du candidat Sarkozy en  2012.
Sur le fond des idées, en revanche, la nouvelle martingale électorale n’a toujours pas été trouvée. Comme si le logiciel de l’ancien chef de l’Etat n’avait pas eu de mises à jour depuis le printemps 2012. En attendant, son entourage semble se raccrocher à l’idée que les sondages se trompent. D’abord, parce qu’on ne connaît pas le corps électoral de la primaire. Ensuite parce qu’ils sont toujours persuadés qu’elle attirera moins d’électeurs que prévu.
 » Les sondages sont une bonne photographie de l’opinion mais pas un bon reflet de ceux qui se déplaceront le jour du vote. N’oublions pas que certains électeurs auront 25 kilomètres à faire jusqu’à leur bureau « , plaide M.  Darmanin. A court d’idées, les sarkozystes espèrent au moins que leurs électeurs auront du carburant.
Par Matthieu Goar © Le Monde

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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