Editorial – Exodes …

La lettre  » touchante  » de Mme Rabin, députée socialiste de Loire-Atlantique
Ouest-France 29/10/2016
Réfugiés, migrants, qu’on se souvienne un peu de ce que nous-mêmes nous avons vécu : en 1940, des populations entières sont jetées sur les routes de France.
Elles fuient vers l’Ouest, traînant quelques misérables paquets, des gosses et des femmes épuisées et, par-dessus tout cela, les Stuka qui mitraillent.
En 1938, c’est la fuite éperdue des républicains espagnols qui espèrent trouver leur salut dans la France voisine. Mais, bientôt, ils sont rattrapés par les nazis.
Puis, les juifs qui fuient comme ils peuvent la persécution qu’Hitler veut finale.
Puis, fin de la guerre d’Algérie, les Pieds-Noirs qui traversent la Méditerranée et se retrouvent plus ou moins perdus dans une France pas toujours accueillante.
Aujourd’hui, il s’agit de populations diverses qui fuient par millions, au risque de perdre leur vie. L’Italie n’en peut plus, elle essaie de partager le fardeau avec ses voisins européens qui se rebiffent comme la Hongrie, ou se font prier comme la France. Seule l’Allemagne et les pays scandinaves accueillent massivement. Les Anglais, quant à eux, se referment.
Calais : il fallait démanteler cette « jungle ». L’opération a été menée aussi bien que possible et nous devrions nous en réjouir et accepter les bras grands ouverts ces quelques rares migrants qui nous sont envoyés. S’il y a eu quelques protestations et signes de haine, s’il y a eu des politiques qui, honteusement, se sont dressés contre ces nouveaux venus ainsi que certains présidents de Région l’ont fait, qui ne proposent rien, sinon le refus. Nous avons assisté aussi à des élans de générosité qui font chaud au coeur et qui manifestent ce qu’est vraiment la France.
C’est en sauvant les autres…
Ainsi, cette lettre de Mme Rabin, députée socialiste de Loire-Atlantique : « Je ne sais pas ce que tu as fui, la guerre, la faim, la torture, l’extrême pauvreté. Je sais que, forcément, ce fut pour toi un déchirement absolu de quitter ta famille, ta maison, ton métier. Certains Français trouvent que ta place est là-bas. Sache que ces Français-là ne reflètent pas l’âme de la France. Ici, à Saint-Brévin-Les-Pins, nous te ferons un lieu de repos et nous t’accompagnerons dans tes démarches et ta reconstruction personnelle. Je veux te redire que nous n’avons pas peur de vous. Toi et les tiens, vous êtes nos amis, nos frères, des êtres humains avec vos faiblesses et vos forces. Trop souvent, on pense que seul l’étranger a besoin de nous, mais moi je veux que tu saches combien nous avons besoin de toi. La relation humaine vraie ne se construit que dans l’échange. »
Combien d’autres témoignages nous sont parvenus de tous côtés, contredisant le sentiment d’hostilité générale à l’égard des étrangers que certains s’efforcent de répandre.
De toute manière, nous sommes en présence d’un fait que nous devons traiter et que nous ne pouvons éluder. Soixante millions de personnes environ sont déplacées, trente-huit dans leur pays, vingt hors de leur pays. Liban, Jordanie, Turquie accueillent par millions ces nouveaux venus. Comment ne pourrions-nous en accueillir nous-mêmes quelques milliers ?
Exode, un grand mot, un grand drame à travers toute l’histoire de l’humanité. L’exode, concentré de souffrances physiques, morales, affectives. Quel honneur nous devrions voir dans le fait que ce flot d’humanité se tourne vers l’Europe. Celle-ci doit se montrer à la hauteur de ce qu’elle a voulu être. Elle le peut. La France généreuse se doit d’être non seulement présente mais de plus en plus active. C’est en sauvant les autres qu’elle se sauvera elle-même.
par François RÉGIS HUTIN.

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A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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