Libye – Le parlement britannique étrille Sarkozy

Nexus – novembre/décembre 2016 –
Le 24 septembre dernier, la commission des affaires étrangères du Parlement britannique rend un rapport (1) sans concession. Au cours de ces 53 pages, les représentants de Westminster indiquent que l’intervention en Libye « fut fondée sur des postulats erronés, avec une analyse partielle » de la situation et sans vérification préalable de la « menace réelle » qui pesait sur les civils libyens.
Petit rappel : en 2011, la Libye se soulève contre Khadafi. Benghazi, deuxième ville du pays devient un symbole en tombant entre les mains de rebelles. La menace d’un bain de sang apparaît alors lorsque Khadafi envoie ses troupes récupérer la ville. Tous s’accordent de dire que ce sont les efforts diplomatiques de la France qui ont été décisifs dans la décision de la coalition d’intervenir militairement et de faire chuter le régime de Mouammar Khadafi. En effet, c’est la France qui, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, fait adopter une résolution au conseil de sécurité de l’Onu (2), lui permettant d’intervenir par voie aérienne.

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Des raisons pas si humanistes
Reprenant des informations confidentielles livrées par un conseiller d’Hillary Clinton, alors secrétaire d’État américaine, le rapport du Parlement britannique égrène la liste des raisons qui auraient poussé Nicolas Sarkozy à faire la guerre : « le souhait d’obtenir une plus grande part de la production de pétrole libyenne« , « accroître l’influence française en Afrique du Nord« , « permettre aux armées françaises de réaffirmer leur position dans le monde« , « répondre aux projets de Khadafi de supplanter la France en Afrique francophone« , et « améliorer sa situation politique en France. Le cinquième représentait l’intérêt politique personnel du président Sarkozy« , notent également les députés anglais.  
80052_remerciement-a-nicolas-sarkozy-lors-d-une-manifestation-de-libyens-le-18-mars-2011-a-benghaziSurtout, comment est-il possible de lire l’histoire de ce fiasco militaire sans prendre en compte les soupçons de corruption qui frappent le clan de Nicolas Sarkozy par le régime de Khadafi ? Actuellement, ces soupçons font l’objet d’une instruction judiciaire potentiellement explosive pour l’ancien chef de l »État et ses proches. On parle là du financement de la campagne électorale de 2007, époque où Mouammar Khadafi et Nicolas Sarkozy étaient de bons amis.
Une enquête en France ?
Contrairement à ce qui se passe en Grande-Bretagne, aucune commission d’enquête parlementaire n’a été créée en reconstruire-libyeFrance sur la guerre en Libye. Un député socialiste, Nicolas Bays, vice-président de la commission de la Défense, avait pourtant tenté le coup et saisi, le 24 novembre 2014, le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone. « Au regard de l’implication nette de la France dans la chute du régime libyen […], il est légitime de s’interroger sur le nature des relations entre la République française et le régime de Mouammar Khadafi sur la période 2007-2011« , pouvait-on lire dans sa missive, finalement restée lettre morte. Malgré tout, si Nicolas Sarkozy est désigné pour représenter la droite aux prochaines élections présidentielles, ces questions ne manqueront pas de ressurgir.
(1) www.publications.parliament.uk/pa/cm201617/cmselect/cmfaff/119/119.pdf
(2) www.un.org/press/fr/2011/CS10200.doc.htm

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