Nicaragua – Ortega-Murillo : un sulfureux tandem à la tête du pays

Le Monde 10/11/2016
daniel_ortegaSans surprise, le président sortant du Nicaragua, Daniel Ortega, est arrivé largement en tête d’élections générales dimanche, obtenant son troisième mandat d’affilée (le quatrième en tout).
Selon les résultats définitifs, « El Comandante », l’un des chefs de la guérilla ayant mené la révolution sandiniste en 1979, a remporté 72,5 % des suffrages, loin devant les 15 % de Maximino Rodriguez, avocat de 55 ans, du Parti libéral constitutionnaliste (PLC, droite). BBC

398525_3_82ed_rosario-murillo-a-r-ussi-imprimer-sa-marque-jusq_7607cb507b3d011aa4a15cf0d689139b

Rosario Murillo a réussi à imprimer sa marque jusqu’aux visuels du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), qui a troqué ses couleurs anarcho-syndicalistes – rouge et noire – pour le rose fuchsia. OSWALDO RIVAS / REUTERS
Son parti, le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) a également remporté environ les deux tiers des sièges du Parlement lors de ce scrutin qui était également législatif. L’opposition de son côté a refusé de reconnaître ces résultats, dénonçant une abstention supérieure à 70 %, bien plus que le chiffre officiel de 31,8 %.
untitled-bmprosariomurillonicaragua-la-premiere-dame-rosario-murillo-est-une-sorciereMais le vrai enjeu de cette campagne consistait dans l’élection au poste de vice-présidente de son épouse, Rosario Murillo, « devenue la figure de proue », très populaire auprès des femmes et des pauvres. The Independent
Derrière la figure déclinante de Daniel Ortega, qui fêtera ses 71 ans le 11 novembre, Rosario Murillo, 65 ans, offre une image de femme excentrique et omniprésente. Surnommée « la Chamuca » (« la diablesse »), c’est elle qui tire les ficelles du pays. « Drapée dans des étoffes bariolées, les doigts chargés de bagues », cette ancienne militante sandiniste est poétesse et mère de dix enfants. Le Temps
Rosario Murillo est « intimement impliquée dans tous les sujets du gouvernement », de la politique sociale aux informations de la population sur les tremblements de terre. « Elle n’est pas la vice-présidente, mais la coprésidente », relève un ancien colistier de M. Ortega. The New York Times
La longévité politique des Ortega s’explique également par la situation économique plutôt favorable. Bien que le Nicaragua soit le deuxième pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, les programmes sociaux mis en place par le gouvernement (financés grâce au pétrole fourni à des conditions préférentielles par le Venezuela) ont contribué à réduire le taux de pauvreté de 43 % en 2009 à 30 % en 2014. La croissance du PIB y a dépassé 4 % pour la cinquième année de suite en 2015. Les finances publiques sont solides. The Economist

41662172

Jouée d’avance, « la farce électorale nicaraguayenne » augure un possible glissement vers un régime dictatorial, souligne dans un éditorial The New York Times. Déjà président de 1985 à 1990, Daniel Ortega, réélu en 2006 et en 2011, avait ainsi fait modifier la Constitution pour autoriser la réélection illimitée du président. M. Ortega et Mme Murillo « ont passé ces dix dernières années à consolider le pouvoir, à museler les opposants politiques et à détruire un système de freins et contrepoids avec une intention claire d’établir une dictature dynastique ».

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, International, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.