France : le cul-de-sac du tout-carcéral. Et si on regardait ailleurs…

Siné Mensuel – novembre 2016 – Dossier de Léa Gasquet –
La France a été condamnée à de nombreuses reprises par la Cour européenne des droits de l’homme pour « mauvaises conditions de détention ». Mais à chaque poussée de fièvre dans les prisons, (100 incarcérations pour 1000 000 habitants), les gouvernements successifs n’ont eu qu’une réponse : construisons de nouveaux centres pénitentiaires.
sans-titreUne cuvette de chiottes, une télé, deux tables, trois chaises, trois hommes. Incroyable ce que l’administration pénitentiaire parvient à caser dans 11 m2 ! « Sans compter la faune, les cafards, les tiques, les punaises de lit, ça fait du monde. A Fresnes, quelques 2 500 prisonniers se partagent 1 300 places. « On te traite comme un animal et tu finis par en devenir un« , raconte Nasser. « Les portes des cellules ne s’ouvrent que cinq fois par jour : trois pour les « gamelles », deux pour les « promenades » dans une petite cour où s’amoncellent poubelles et déjections de rats. Le reste du temps, chacun le tue allongé sur sa couchette, 20 heures sur 24. N’importe quelle requête doit être formulée par courrier à l’administration. « Même si tu as une rage de dents à t’en cogner la tête contre les murs, tu dois faire une demande écrite pour aller à l’infirmerie. Si tu as de la chance, on t’emmène dans la salle d’attente 24 heures plus tard. Là, tu poireauta avec trente mecs dans une pièce grande comme une cellule, debout pendant des heures. C’est des bagarres à coup sûr. Idem pour participer aux ateliers ou obtenir une formation.  Quant au travail, c’est simple, il n’y en a pas. Sans argent, pas de télé pour s’occuper,  ni de « cantine » pour améliorer l’ordinaire… » 
Le taux d’occupation bat de nouveaux records chaque année : 120 % en moyenne en 2016 dans le pays. Il dépasse même 15 % dans une quarantaine d’établissements et quartiers pénitentiaires. Difficile dans ces conditions de se remettre »sur les rails », la surpopulation entrave toute chance de réinsertion. Sur trois personnes libérées sans aménagement de peine, deux récidiveront dans les cinq ans. »Les prisons débordent ? Construisons-en plus ! » s’écrient Valls et Urvoas. Ils continuent de foncer droit dans le mur carcéral.
Aux Pays-Bas, en Italie, les prisons se vient et  la récidive diminue ! Cherchez l’erreur…
Touchés par la surpopulation carcérale au début des années 2000, les Pays-Bas ont renversé la tendance au point de fermer aujourd’hui des établissements pénitentiaires. Chaque année, 30 000 peines de probation et autant de travaux d’intérêt général sont ordonnés aux Pays-Bas? « La justice a de plus en plus recours aux peines alternatives à la prison« , affirme le professeur Van der Laan, criminologue à l’université d’Amsterdam. « Les peines de travail dans la communauté existent depuis longtemps. Mais au début des années 2000, d’autres mesures ont vu le jour, comme les peines « suspensives » associées à des obligations de suivi et de soins. Elles ont été plébiscitées par le ministère de la justice pour remplacer les courtes peines d’emprisonnement« , explique ce spécialiste du système de probation. « A cette époque, nous avions le même problème de surpopulation que la France. Nous avons construit et rempli de nouvelles prisons avant que l’idée que nous ne pouvions pas continuer indéfiniment dans cette voie s’impose. » Avec un taux d’incarcération parmi les plus bas d’Europe (69 pour 10 000 habitants en 2015 contre 134 en 2005), les prisons néerlandaises se vident. Un tiers des places restent inoccupées. Le Premier ministre prévoyait, il y a deux an la fermeture de vingt-six établissements pénitentiaires. Le temps de trouver des repreneurs, certains ont été temporairement aménagés en espaces de co-working pour start-up ou en centres d’accueils pour demandeurs d’asile. D’autres sont loués à la Belgique et à la Norvège…
img_0475Réhabiliter plutôt qu’enfermer Le service de probation néerlandais fournit aux juges, avant le procès, des rapports sur la personnalité des prévenus. A raison de trente à quarante dossiers par agent (contre cent en France), le système supervise et organises les travaux d’intérêt général. L’enjeu : limiter la récidive en accompagnant au mieux les personnes condamnées. Beaucoup se sentent alors utiles et s’accrochent à leur mission de bénévole « pour ne pas retomber ». La diminution globale des taux de récidive aux Pays-Bas depuis 2006 conforte les partisans d’une justice plus « humaine ». Mais si l’idée à trouvé écho dans la classe politique, c’est aussi pour des questions de budget. Car la construction de nouveaux établissements et le maintien en détention coûtent cher à l’État.
Italie : la loi de la nécessité
Depuis 2010, le nombre de prisonniers a diminué de plus de 30 % en Italie. C’est le résultat de cins ans de politique de déflation carcérale. C’est par nécessité plus que par militantisme, que Mattéo Renzi et ses prédécesseurs se sont lancé dans un vaste programme de réforme pénale pour désengorger les prisons. Épinglée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’homme pour violation de la convention sur la torture et les traitements inhumains, l’Italie se heurtait aussi à un grave problème de surpopulation carcérale. En 2010,  Sept détenus, dont un certain Torregianni portent plaint contre leurs conditions de détention. L’Italie se voit condamnée à verser aux plaignants 100 000 € de dommages et intérêts pour le préjudice subi. L’indemnisation des détenus, dont les plaintes se multiplient depuis pourrait coûter cher à l’État. La coalition de centre gauche alors au pouvoir augmente les crédits de réduction de peine et assouplit les critères de libération conditionnelle pour faire sortir plusieurs milliers de personnes. A l’autre bout de la chaîne, les juges sont invités à limiter le recours à la détention provisoire, qui, vu la lenteur de la justice italienne, peut durer des années. Un dispositif alternatif est créé : la mise à l’épreuve. Néanmoins, faute de moyens, les agents de probation chargés de mettre en œuvre la politique de non-incarcération sont cantonnés à un rôle de contrôle plus que d’accompagnement.
Même le Texas évite la prison
Dans cet État ultra-conservateur qui détient le record des exécutions, un programme contre la récidive des jeunes délinquants a été initié par le très républicain Rick Perry, afin d’éviter la construction de nouvelles prisons. Chrétiens, Tae Party, démocrates ou policiers, tous s’accordent à dire qu’il ne suffit pas de punir, il faut accompagner.

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