Les sénateurs rejettent encore la bio !

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L’âge de faire – journal mensuel alternatif – novembre 2016 – Nicolas Bérard –
En début d’année, le groupe écologiste avait tenté, une première fois, de faire adopter une loi imposant 20 % de bio dans la restauration collective (cantines scolaires, hôpitaux, maisons de retraite…) Adoptée à l’unanimité par Assemblée nationale, elle avait été retoquée par les sénateurs, qui avaient notamment argué que l’offre ne pourrait pas répondre à la demande et que la France devrait alors se tourner vers l’importation. Un argument fallacieux, assure Julie Portier, chargée de la restauration collective à la Fnab (Fédération nationale d’agriculture biologique) : « Pour fournir 20 % de bio dans les établissements, il faut 400 000 hectares de champs biologiques. En France, il en existe déjà 1,3 million. Et il existe dans quasiment toutes les régions des plate-formes regroupant les producteurs bio pour servir d’interlocuteur à la restauration collectiove. Le problème qui se pose n’est pas celui de l’offre mais de la demande.« 

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Absentéisme et lobbying  
Le calendrier prévoyait d’ailleurs une hausse progressive du pourcentage de bio, laissant le temps aux filières de se structurer et d’accorder leurs violons avec les établissements publics. La légitimité de l’introduction d’aliments locaux et bio dans les cantines publiques est notamment fondée sur le fait qu’une large majorité des Français soutient de telles initiatives. Le 13 janvier 2016, un sondage de l’Institut français de l’opinion public (Ifop) révélait que 76% des citoyens français sont favorables « au vote d’une loi imposant l’introduction d’aliments issus de l’agriculture biologique, locaux et de saisons dans la restauration collective publique« . La députée Brigitte Alain a donc proposé un amendement au sein du projet de loi « Égalité et citoyenneté » pour tenter, une nouvelle fois, de faire accepter ce seuil de 20 % d’ici 2020. 

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Las ! Adopté à l’Assemblée nationale, les sénateurs ont de nouveau rejeté la proposition, jugeant cette fois qu’il s’agissait d’un amendement « cavalier » (n’ayant pas de rapport avec l’objet de la loi). Comment expliquer cet acharnement des sénateurs à refuser de développer la bio ? Stéphen Kerckhove, du réseau Agir pour l’environnement – à l’origine d‘une pétition sur le sujet -, évoque une dose d’incompétence des occupants du palais du Luxembourg, leur conservatisme,mais aussi l’absentéisme chronique » s’ajoutant au lobbying de l’agro-alimentaire.  Résultat : en début d’année, une dizaine de sénateur présents dans l’hémicycle, « pour la plupart des porte-flingues de l’agriculture conventionnelle« , avait suffit à faire capoter le projet. Et cette fois ci, ils étaient encore moins nombreux pour juger, en commission, que l’amendement, n’était pas à leurs yeux recevable. 
Pour la filière bio, une telle loi se fait pourtant attendre « Le Grenelle de l’environnement prévoyait déjà d’atteindre 20 %   de bio en 2012, rappelle Julie Portier. On n’en est qu’à 3,2 %, mais au moins, ça avait amorcé un développement. Aujourd’hui, on a besoin d’un nouveau signal de l’éxécutif pour que la bio reprenne sa progression. » Pour Stéphen Kerckhove, l’espoir reste encore permis de voir une telle loi adoptée avant la fin du quinquennat…
Voir aussi : Mais qui sont les sénateurs anti-bio ?

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