Fillon à la Maison-Blanche

Charlie Hebdo –23/11/2016 – l’Édito de Riss –160922-primaires-droite-deligne

En politique, il ne faut pas grand-chose pour devenir quelque chose. Après son premier débat télévisé avec Nixon en 1960, Kennedy fut donné en tête des sondages. Ce jour-là, Nixon était malade, il avait refusé d’être maquillé et passait son temps à s’essuyer le visage devant les caméras, alors que Kennedy semblait beaucoup plus à l’aise. La belle gueule de JFK avait davantage séduit les téléspectateurs que la sale gueule de Nixon. Pourtant, les sondages réalisés auprès des Américains qui avaient écouté le débat uniquement à la radio, sans voir les visages des candidats, donnaient Nixon gagnant. Il faudrait faire la même chose avec les candidats de chaque élection présidentielle. Les regarder un peu moins et les écouter un peu plus. Les Américains ont peut-être trop regardé Trump et ne l’ont pas assez écouté.
Dans ce petit monde médiatique, il ne fat pas non plus grand chose pour exister : une bonne bouille, deux ou trois formules bien ciselées, et vous avez une chance de faire un trou dans les sondages. La facilité avec laquelle les médias vous accordent de l’importance si vous savez comment leur parler donne aux élections des airs de jeu télévisé. Trump a remporté un jeu télévisé qu’il n’avait probablement pas sérieusement prévu de gagner. La facilité avec laquelle le plus malin peut accéder aux plus hautes fonctions est tout simplement flippante.
Aux États-Unis, les partis politiques ressemblent à des rayons de supermarché. On y trouve de tout.  Chez les républicains américains, les plus modérés, qui en France auraient leur place au Modem de Bayrou, côtoient des xénophobes-racistes-anti-IVG qui ici militeraient au Front national. Chez es démocrates, les partisans anticapitalistes de Bernie Sanders se retrouvent aux côtés d’hommes d’affaires qui finançaient Hillary Clinton. Pour ne présenter qu’un candidat à l’unique tour de l’élection américaine, le pragmatisme américain fait passe au second plan les divergences idéologiques. Aux États-Unis, la primaire constitue donc le le premier tour de la présidentielle, organisée en interne par les partis eux-mêmes.
En France, les primaires ne servent qu’à régler des problème d’ego
Pourquoi la France s’est-elle convertie aux élections primaires alors qu’il existe un premier tour qui a déjà pour fonction de désigner les deux finalistes du second tour ? Parce que la France est le pays des petits coqs de basse-cour ou chaque candidat se prend pour napoléon ou De Gaulle, et croit incarner à lui seul le pays tout entier. Il est difficile de réfréner les tendances irrépressibles de hommes politiques français, toujours convaincus d’avoir raison contre tout le monde. En France, les primaires ressemblent à une comparution devant un juge pour enfants tenant de remettre dans le droit chemin des adolescents qui se comportent comme des chefs de bande. Dans cette primaire de la droite, les débats d’idées ont été modestes puisque les candidats avaient à peu près le même programme. Leurs divergences idéologiques devant les caméras semblaient surjouées, car si demain la droite revient à l’Élysée, presque tous se retrouveront à Matignon autour de la table du Conseil des ministres. Finalement, en France, les primaires ne servent qu’à régler des problèmes d’ego.

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A cette primaire, Fillon n’avait pas grand chose de plus que ses concurrents. Mais il n’avait pas leurs handicaps. Pas aussi âgé que Juppé, pas aussi exposé que Sarkozy. il aura suffi qu’il fasse deux ou trois interventions déterminées pendant les débats télévisés pour séduire les électeurs. En octobre 2002, Fillon avait évoqué « la responsabilité du Front populaire dans l’effondrement de la nation« , reprenant un argument utilisé par Vichy pour accuser la gauche de la défaite de 1940. Marine Le Pen a du souci à se faire. Si la gauche finit dans les choux, elle risque de devoir combattre au second tour de la présidentielle un homme qui aurait pu être son père.

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