« Ils ont payé deux euros pour voter… blanc ou nul. »

Le Figaro – 25/11/2016 – Caroline Piquet –
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Lors de la primaire de la gauche, ils avaient été plus de 11.000 à voter blanc ou nul au premier tour. Photo d’illustration. Crédits photo : DAMIEN MEYER/AFP
« Voilà une donnée qui en a surpris plus d’un. Dimanche dernier, 9 883 Français se sont déplacés pour voter blanc ou nul au premier tour de la primaire de la droite et du centre. C’est presque autant que le nombre de voix recueillies par Jean-François Copé (12 715) arrivé en dernière position. Mais pourquoi payer pour voter blanc ? «  Ça peut paraître absurde au regard de l’offre politique et du rapport coût/bénéfice », admet Jérémie Moualek, chercheur en sociologie. « Mais il faut aller plus loin et réinsérer l’électeur dans son environnement social. » Selon ce spécialiste, qui consacre sa thèse au vote blanc et nul, il existe trois types d’électeurs.
D’abord ; celui qui ne veut pas se faire repérer. Dans certains territoires – souvent ruraux -, dans certaines familles, ne pas aller voter à une primaire revient à dévoiler ses convictions politiques. De peur d’être démasqués, certains vont donc voter alors qu’ils ne partagent pas les valeurs des candidats. « C’est ce que j’appelle une stratégie de contournement du contrôle social. En bref, on brouille les pistes pour ne pas être pointé du doigt », détaille Jérémie Moualek.
Certains électeurs refusent de s’abstenir, mais aussi de faire un choix : aucun candidat ne les convainc mais ils veulent voter par sentiment d’appartenance à une famille politique. Il existe enfin le vote contestataire : « Là, on détourne le vote pour faire passer un message », enchaîne Jérémie Moualek. Dans ce cas, l’électeur va glisser un tract politique dans l’enveloppe, annoter un bulletin ou mettre la photo d’une personne pour laquelle on aurait voulu voter.
Kate, 50 ans, appartient sans doute à la troisième catégorie. « C’était un vote de révolte pour manifester ma colère vis-à-vis de ces politiques qui n’écoutent plus le peuple », explique cette qui a voté blanc dimanche dernier. Excédée, elle évoque le chômage dans son département et les fins de mois difficiles. « Je voulais faire passer ce message de ras-le-bol », poursuit Kate, ajoutant qu’elle fera de même à la primaire de la gauche et et à la présidentielle. » Sur les 9 883 votants il y a un certain nombre d’électeurs de gauche (environ 15 %, soit presque 1 000 personnes). Kate s’apprête à faire la même démarche dans l’autre sens ! Le vote blanc ou nul se joue ainsi des barrières idéologiques.

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